REPORTAGE

Transition au Tchad : le dilemme des Tchadiens, entre recherche de sécurité et besoin de changement

Un manifestant le 27 avril 2021 à Ndjamena.
Un manifestant le 27 avril 2021 à Ndjamena. © Issouf Sanogo/AFP

À Ndjamena, entre les jeunes qui manifestent pour dénoncer la mise en place du Conseil militaire de transition (CMT) ainsi que la situation économique et sociale délétère du pays et ceux qui soutiennent les militaires, garants de la sécurité, de nombreuses personnes, notamment des cadres civils et des hauts diplômés, font face à un dilemme. Ils veulent un changement dans le pays mais doivent composer avec les institutions qui se mettent en place. Surtout, ils espèrent qu’un dialogue réel aura lieu pour limiter les incertitudes et empêcher le pays de plonger dans la crise.

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Avec nos envoyés spéciaux à Ndjamena, François Mazet et Boris Vichith

Mahamat nous reçoit dans sa cour. De retour de France où il a conclu ses études, cet employé d’ONG s’inquiète des tâtonnements de la transition. Il se dit solidaire de la contestation qu’il aimerait voir gagner d’autres quartiers de N’Djamena: « Ils sont en train de manifester leur ras-le-bol. En fait, c’est ça le vrai problème de la situation. Les quartiers sont divisés, tu vois d'un côté les gens en train de manifester et de l’autre, c’est silence radio, alors qu’on subit les mêmes réprimandes. »

Absence de la culture du dialogue

Haroun est un pharmacien issu d’une grande famille de l’Est du pays. Il déplore l’absence de la culture du dialogue au Tchad: « Je pense qu’il y a ce manque de volonté de dialoguer des deux parties, parce que j’accuse aussi un peu l’opposition. Quand tu dis « non, je ne veux pas », tu dois proposer. »

Cadre au ministère de la Santé publique, Daouda a envie de croire aux promesses d’ouverture formulées par le chef du CMT, sans pour autant blâmer les manifestants: « Ils ont leur part de vérité dans ça et donc personne ne peut leur en vouloir parce que c’est leur avis. Chacun a le droit d’exprimer sa position mais nous pensons que toutes ces expressions-là puissent converger vers un pont commun de sorte que tous les Tchadiens puissent passer par ce pont, pour arriver à bon port. »

Tous les trois espèrent que la suite de la transition permettra au Tchad de partir sur de nouvelles bases.

Manifestations pour le retour à l’ordre constitutionnel

A Sarh, ville du sud du Tchad, les habitants sont descendus dans la rue, ce samedi matin, à l’appel d’un collectif de la société civile pour un concert de casseroles. Ils réclament le retour à l’ordre constitutionnel mais la manifestation a été réprimée par les forces de sécurité qui auraient, selon plusieurs témoignages, tiré à balles réelles sur les manifestants. Plusieurs blessés dont au moins un grave sont à déplorer. La police aurait également procédé à des arrestations.

Les forces de l’ordre ont vivement réprimé les manifestants avec des balles réelles. Il y a des blessés ; il y a eu plusieurs arrestations. […] A Koumra, ville voisine, il y a eu aussi des manifestations qui ont aussi été réprimées par les forces de l’ordre.

Témoignage d’un habitant sous couvert de l'anonymat.

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