Crise sécuritaire Mozambique: nouvelles routes du trafic illicite au Cabo Delgado

Une vue aérienne prise le 24 février 2021 montre des maisons temporaires dans le centre agraire de Napala du district de Metuge, à Cabo Delgado, dans le nord du Mozambique. L'endroit fonctionne comme un centre pour les personnes déplacées qui ont fui en raison d'attaques d'insurgés armés dans la région nord de la province de Cabo Delgado. 3 000 personnes y vivent actuellement selon les chiffres du gouvernement.
Une vue aérienne prise le 24 février 2021 montre des maisons temporaires dans le centre agraire de Napala du district de Metuge, à Cabo Delgado, dans le nord du Mozambique. L'endroit fonctionne comme un centre pour les personnes déplacées qui ont fui en raison d'attaques d'insurgés armés dans la région nord de la province de Cabo Delgado. 3 000 personnes y vivent actuellement selon les chiffres du gouvernement. AFP - ALFREDO ZUNIGA

La crise sécuritaire au Cabo Delgado ne pèse pas seulement sur l'économie légale, notamment sur l'arrêt des activités gazières de Total après l'attaque fin mars de la ville de Palma. Cette crise a aussi un impact sur les réseaux de trafiquants dans toute la région. Dans la province de l'extrême nord du Mozambique, à la frontière tanzanienne, l'insurrection armée née en 2017 monte en puissance. Elle a fait allégeance à l'État islamique. Et l'intensification du conflit avec les forces gouvernementales pousse les passeurs à modifier leurs trajets. 

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Les experts ont d'abord pensé que les insurgés tenteraient de prendre le contrôle des circuits du commerce illicite pour se financer. Le Cabo Delgado est historiquement une zone de passage et de trafic en tout genre. Par la route via la frontière tanzanienne, ou par la mer, le long de la côte swahili jusqu'à Zanzibar. Mais lors de leur mission de terrain en janvier et février, les enquêteurs de Global Initiative constatent que les routes de la contrebande contournent pour le moment le territoire des insurgés.

La drogue destinée à la consommation locale ne passe plus par le poste frontière de Negomano, trop militarisé, mais plus à l'ouest, après deux jours de route supplémentaires. Tandis que sur la côte, les voiliers transportant l'héroïne et la méthamphétamine afghanes ne débarquent plus à Mocimboa da Praia, mais à 700 km au sud, dans la province de Nampula. Il en va de même pour la route migratoire maritime, qui part de la Corne de l'Afrique, fait étape à Zanzibar, débarque les clandestins au Cabo Delgado avant qu'ils ne rejoignent l'Afrique du Sud en bus. Ce flux est pour l'instant totalement à l'arrêt. 

Pour comprendre pourquoi la crise sécuritaire au Cabo Delgado a modifié temporairement la cartographie du trafic illicite dans la zone, Amélie Tulet de la rédaction Afrique de RFI, a interrogé le sud-africain Alastair Nelson, expert et analyste auprès de l'ONG Global Initiative. Il a vécu plusieurs années au Mozambique. Il y est retourné l'an dernier et en ce début d'année pour enquêter sur les routes de la drogue, des migrants, du bois et des rubis au Cabo Delgado. Pour lui, plusieurs raisons expliquent pourquoi pour le moment les insurgés ne s'en sont pas emparés : 

Alastair Nelson : Au départ, les initiateurs de cette insurrection dénonçaient justement les trafics et la corruption. Leur discours pour recruter était d'accuser le gouvernement en disant : le gouvernement est corrompu, il vole votre futur. Il laisse les criminels proliférer. Et il prend votre terre et ses ressources. Comme les concessions de rubis, comme la péninsule où se trouve le projet gazier. Ils se sont insurgés contre la corruption et les activités criminelles associées. Donc d'une certaine manière, cela a freiné leur implication dans la contrebande. 

Ensuite, il faut ajouter que pour les trafiquants, c'est tout simplement une perte d'argent de passer par la zone sous contrôle des insurgés. Vous devez payer un pot-de-vin, une taxe aux insurgés pour passer et à nouveau, vous devez payer les militaires pour passer les check points. 

Donc si vous pouvez déplacer votre marchandise en vous évitant ces coûts supplémentaires, vous le faîtes, c'est logique.  

RFI: Quelles sont les sources de financements des insurgés ?

Alastair Nelson : En 2019 jusqu'au milieu de l'année 2020, les insurgés étaient très mobiles, il y avait encore une activité économique au Cabo Delgado. Les villes principales fonctionnaient. Ils attaquaient ces villes tous les mois ou tous les deux mois, braquaient les banques et volaient l'argent.

Ils pillaient les magasins et volaient de la nourriture. Ils volaient des armes et des munitions dans les avant postes qu'ils attaquaient. Pendant un temps, ils ont fait comme ça.

Quand en août dernier, ils ont pris la ville de Mocimboa da Praia, cela a changé les choses. C'était utile, car cela leur faisait une base sécurisée pour leurs recrues. Mais les banques ont toutes fermé dans leur zone d'influence. 

Or quand vous regardez l'attaque de Palma fin mars, la première chose qu'ils ont faite l'après midi de l'assaut, c'est de piller les banques. C'est leur source de financement pour le moment. 

Je ne pense pas que c'est viable sur la durée. Je pense que cela va changer. Et je ne suis pas naïf. Les insurgés vont certainement s'impliquer dans le trafic illicite tôt ou tard. Car ils vont réaliser qu'il y a beaucoup d'argent à faire dans la contrebande. 

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