Reportage

Éthiopie: au Tigré, une Pâques orthodoxe entre fête, tristesse et deuil

Autour de l’église Lideta Mariam, des dizaines de croyants écoutent les sermons, drapés de leur «gabi», la couverture traditionnelle en coton blanc.
Autour de l’église Lideta Mariam, des dizaines de croyants écoutent les sermons, drapés de leur «gabi», la couverture traditionnelle en coton blanc. © Sébastien Németh / RFI

Ce dimanche en Éthiopie, on célébrait Dagmay Tensae, une sorte de seconde Pâques pour les orthodoxes du pays. Au Tigré, dans le nord, alors que la guerre continue depuis novembre, les croyants ont tenté de respecter la tradition, mais difficile de célébrer dans un tel contexte.

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Avec notre envoyé spécial à Mekele, Sébastien Németh

Autour de l’église Lideta Mariam, des dizaines de croyants écoutent les sermons, drapés de leur gabi, la couverture traditionnelle en coton blanc. Memher Muse est l’un des administrateurs. Pour lui, les célébrations ont un goût amer. « Nous pensons à tous les gens tués. Les prêtres assassinés. Les bibles brûlées, les églises détruites. Nous sommes partagés entre la tristesse de cette tragédie et la fête d’aujourd’hui qui nous réconforte un peu. »

Pour la première fois, l’église n’a déployé que les drapeaux du Tigré. Celui de la région Amhara voisine, dont les forces ont conquis une partie de la région, a été retiré. Un diacre venu de Waldeba a d’ailleurs trouvé refuge au sein de la congrégation.

« Des prêtres Amharas de mon église m’ont dénoncé, raconte Debremeskel Tikaimanot. J’ai passé 23 jours en prison. Ensuite, trois amis Amharas m’ont tabassé et j’ai dû fuir. Il y a déjà eu des réconciliations, mais là, le pardon semble impossible. »

Le diacre n’est pas le seul à s’être réfugié à Lideta Mariam. Orian Abragebremeten est administrateur de l’église St Giorgis, à Zalembessa, près de la frontière avec l’Érythrée. Il raconte la destruction de son église.

« L’Érythrée a bombardé puis ses soldats ont pillé l’église, tué et emporté nos animaux. C’est comme si une malédiction s’abattait sur nous. Mais je veux dire à ma communauté qu’un jour la paix reviendra et que bientôt nous nous retrouverons. »

Dès qu’il le pourra, le religieux promet d’ailleurs de retourner à Zalembessa, de reconstruire son église et de recommencer à zéro.

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