Témoignage

Le drame des migrants expulsés par l'Algérie et abandonnés dans le désert

Un migrant dans le désert au nord du Niger, le 22 janvier 2019. (image d'illustration)
Un migrant dans le désert au nord du Niger, le 22 janvier 2019. (image d'illustration) AFP - SOULEYMANE AG ANARA

Mardi dernier sur RFI, le ministre de l’Intérieur du Niger Alkache Alhada affirmait que des discussions devaient avoir lieu prochainement avec le gouvernement algérien autour de la question migratoire. Notamment, pour aborder la question de l’expulsion systématique des migrants par l’Algérie vers le Niger. Ces migrants sont déposés au milieu de nulle part et doivent marcher 15 km pour rejoindre la frontière du Niger. Témoignage.

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En 2016, ce jeune Camerounais tente de fuir la misère. Il a alors 18 ans et décide avec un ami de partir vers le nord. « La réussite ou bien la mort, c’est ce qu’on avait focalisé dans nos têtes. On avait toute la volonté. Aller au moins dans un endroit où on peut gagner mieux et aider nos proches. »

La route est difficile et l’insécurité les pousse toujours plus loin. Jusqu’à Oran en Algérie. Finalement, il tente de passer au Maroc pour rejoindre l’Europe. « A 20 km de la frontière marocaine, une patrouille algérienne nous a pris. »

Plusieurs personnes sont blessées, tuées, en tentant de fuir. Puis c’est l’expulsion. Ils sont près de 400 à être acheminés jusqu’à ce qu’on appelle le « Point zéro ». En plein désert, entre la frontière algérienne et nigérienne.

« Quand ils nous ont laissés, ils ont commencé à tirer en l’air. Ils ont dit "sauve qui peut, voici la route du Niger là-bas". C’est 15 km, sans eau, sans rien. Et sans tenir compte des gens blessés, sans tenir compte des gens malades qui étaient souffrants… »

Il ne possède plus rien et décide de poursuivre sa route. Mais il se perd. Et va errer dans le désert. « On était déjà pratiquement à sec, on voyait notre mort en face. Si tu marches, tu n’as pas d’eau mon ami, tu meurs. »

Il a la chance d’être sauvé par un voyageur qui le ramène à Agadez. C’est là qu’il est installé aujourd’hui. Plusieurs ONG, dont Médecin sans frontières, dénoncent ces traitements inhumains.

Selon les témoignages qu’on récolte, ces personnes sont d’abord arrêtées lors de rafles policières ou bien à leur domicile, avec un recours à la violence qui est rapporté. Elles sont ensuite incarcérées arbitrairement dans des centres de détention pendant des jours, des semaines, des mois. (…) Ensuite les forces de sécurité algérienne obligent ces personnes à monter dans des bus ou des camions et les déposent ensuite à ce fameux « point zéro ». Selon diverses sources, il y a eu des personnes perdues, certaines retrouvées sans vie et beaucoup dont on a plus reçu aucune nouvelle.

Nour El-Houda Nafti, porte-parole de MSF pour le Sahel

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