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Ethiopie : les habitants de Tuhuli, dans le Tigré, racontent l'enfer

Vue du village de Tuhuli à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Mekelle, la capitale provinciale du Tigré, en Éthiopie, mai 2021.
Vue du village de Tuhuli à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Mekelle, la capitale provinciale du Tigré, en Éthiopie, mai 2021. © RFI/Sébastien Németh

Une nouvelle série d’exactions aurait été perpétrée par l’armée éthiopienne au Tigré. Le conflit opposant depuis novembre l’armée fédérale à l’ancien pouvoir provincial du TPLF a déjà entraîné des milliers de morts. Chaque camp est accusé d’avoir commis des crimes contre la population. Notre envoyé spécial, Sébastien Németh, s’est rendu à Tuhuli, un village à une trentaine de kilomètres à l’ouest de la capitale provinciale Mekelle. Les habitants auraient subi une attaque brutale de l’armée fédérale mardi et mercredi derniers.

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Avec notre envoyé spécial à Tuhuli, Sébastien Németh

Les habitants parlent de 24h de calvaire. Les soldats seraient arrivés en grand nombre. Peut-être plusieurs centaines. Ils auraient fait du porte-à-porte, frappant et dépouillant ceux qui leur ouvraient. Tedros, 39 ans, a été gravement blessé à l’œil.

« Six soldats ont enfoncé la porte. Ils ont demandé mon identité, ont pris mon argent et m’ont tabassé. L’un d’eux a tenté de m’étranger, un autre a battu mon œil à coups de bottes. J’ai fui pendant qu’ils comptaient l’argent qu’ils m’avaient volé. »

Mais les militaires s’en sont également pris aux femmes. Le nombre de victimes est encore inconnu, mais une infirmière parle d’au moins une vingtaine de viols. Azadamara, 45 ans est en larmes lorsqu’elle raconte l’enfer que 3 militaires lui ont fait subir.

« Ils m’ont violé un par un. Ils ont voulu m’étrangler et ont frappé mes parties génitales. Ça a duré pendant 4h. Ils m’accusaient d’être la mère de rebelles. Aujourd’hui, mon corps et mon esprit sont brisés. »

La honte et la pression sociale empêchent beaucoup de victime de se faire connaître. Agent de santé, la sœur Tayir est basée sur place et n’a jamais vu une telle tragédie. « Le désir sexuel est une chose normale. Mais là, c’est différent. Des viols en série, systématiques, pour moi c’est de la haine, pour détruire la dignité des Tigréens. »

Pour certaines victimes, les sévices sexuels viseraient à stériliser les femmes et empêcher l’émergence d’une nouvelle génération de Tigréens, qui chercheraient à venger leurs parents.

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