L'Allemagne reconnaît avoir commis un «génocide» en Namibie pendant la colonisation

Un crâne humain, appartenant au peuple Herero ou Nama, exposé lors d’une cérémonie à Berlin, le 29 août 2018.
Un crâne humain, appartenant au peuple Herero ou Nama, exposé lors d’une cérémonie à Berlin, le 29 août 2018. REUTERS - CHRISTIAN MANG

Les massacres commis par les troupes coloniales germaniques entre 1904 et 1908 sont considérés comme le premier génocide du XXe siècle. Après de longues négociations avec la Namibie, l’Allemagne a reconnu ce vendredi avoir commis un génocide et annoncé des aides au développement.

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De notre correspondant à Berlin,

Il aura fallu plus de cinq ans de longues et laborieuses négociations avant d’arriver à un accord. « Nous qualifierons maintenant officiellement ces événements pour ce qu’ils sont, un génocide », a déclaré le ministre des Affaires étrangères allemand Heiko Maas.

L’Allemagne, puissance coloniale à partir de 1884, a réprimé violemment au début du XXe siècle des révoltes des tribus herero et nama, utilisant des méthodes génocidaires avec massacres de masse et camps de concentration. 60 000 à 80 000 personnes en furent les victimes.

Début 1904, les Hereros, privés de leurs terres et de leur bétail dans ce territoire semi-désertique du Sud-Ouest africain (la dénomination officielle à l’époque de l’actuelle Namibie), se révoltent contre la puissance coloniale. La répression est féroce. « Tout Herero avec ou sans arme, avec ou sans bataille doit être abattu », ordonne le général Lothar von Trotha. Cette minorité ne représente plus que 7% de la population namibienne actuelle contre 40 % au début du XXe siècle. Les Namas qui se révoltent un an plus tard voient leur révolte réprimée tout aussi violemment.

Plus de dix ans depuis les premières excuses allemandes

La présence coloniale allemande sur place s’achève dès 1915. Après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, des affrontements opposent la colonie germanique à l’Afrique du Sud qui l’emporte. Le Traité de Versailles en 1919 met fin à la présence coloniale en Afrique et ailleurs. Après la Seconde Guerre mondiale, le travail de mémoire, avec retard, se focalise en Allemagne sur le Troisième Reich et les crimes du nazisme. Le passé colonial du pays passe à l’arrière-plan.

► À écouter aussi : La marche du monde - Namibie: le génocide des Herero et des Nama

Un siècle après, une ministre allemande présente des excuses pour les « atrocités » commises. L’ambassadeur de Namibie à Berlin réclame en 2008 la restitution de crânes envoyés en Allemagne pour des expériences scientifiques un siècle plus tôt. Des ossements de guerriers hereros et namas sont restitués à la Namibie durant la dernière décennie.

Le ministre des Affaires étrangères de l’époque Frank-Walter Steinmeier lance en 2015 des négociations avec la Namibie pour parvenir à un accord final sur ce dossier douloureux. Des discussions qui auront donc duré plus de cinq ans. C’est le même Frank-Walter Steinmeier, aujourd’hui président de la République allemande qui pourrait se rendre sur place et demander officiellement pardon à la Namibie et aux descendants des victimes pour les crimes commis par son pays.

1,1 milliard d'euros versés sur 30 ans

Les laborieuses négociations ne conduisent pas à des dédommagements et n’ouvrent pas la voie à des indemnisations individuelles. Berlin estime que l’introduction du terme de « génocide » dans le droit international après la Seconde Guerre mondiale sans effet rétroactif ne permet pas une telle reconnaissance formelle avec les conséquences juridiques qui y sont liées. Cet aspect a joué un rôle important durant les négociations. L’accord aurait finalement eu lieu ce printemps par crainte de la Namibie que l’arrivée d’un nouveau gouvernement en Allemagne à l’automne n’oblige à reprendre tout ou partie des discussions.

Berlin s’engage toutefois à verser 1,1 milliard d’euros sur 30 ans pour soutenir des projets d’infrastructures au profit des populations hereros et namas. Les défenseurs de ces minorités craignent toutefois que ces sommes qui font l’objet d’un accord intergouvernemental ne soient pas nécessairement utilisées aux fins prévues.

En Namibie, le gouvernement a estimé qu’il s’agissait d’un « pas dans la bonne direction ». Mais des voix critiques se font aussi entendre. Un représentant de la minorité herero, Vekuii Rukoro, estime dans le quotidien allemand Die Welt que l’accord n’est qu’un « show » et menace de boycotter une cérémonie au parlement namibien en présence du président allemand Steinmeier. Il dénonce l’absence d’indemnisations pour les descendants des victimes du génocide. Le juriste a tenté il y a quelques années, sans succès, une procédure à cette fin contre l’Allemagne devant des tribunaux américains. Il envisage de saisir la cour internationale de La Haye, même si celle-ci n’accepte que les plaintes d’États.

L’accord qui vient d’être trouvé doit être signé, probablement par les ministres des Affaires étrangères allemand et namibien. Il doit ensuite être ratifié par les parlements des deux pays ce qui doit avoir lieu au Bundestag avant les élections de septembre.

► À lire aussi : L'Allemagne poursuit son processus de réparation envers les Herero de Namibie

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