Volcan Nyiragongo: après l'exode des populations de Goma, le défi de l'accueil des réfugiés

Distribution d'aide aux personnes déplacées après l'éruption du  Nyiragongo, le 26 mai 2021.
Distribution d'aide aux personnes déplacées après l'éruption du Nyiragongo, le 26 mai 2021. AFP - GUERCHOM NDEBO

C'est à un véritable exode que l'on a assisté à Goma. Les informations qui parviennent de la plus grande ville de l'est de la RDC ont montré les habitants fuyant la région alors que le volcan Nyiragongo menace depuis plusieurs jours d'entrer en éruption. Un calme relatif règne aujourd'hui dans Goma, désormais en partie désertée par ses habitants.

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Les habitants de Goma continuent d’arriver à Bukavu, écrit notre envoyé spécial, William Basimike. Comme par exemple ces enfants à bord d'un bateau qui vient d’accoster, tôt ce 28 mai. Des personnes âgées arrivent également. Les personnes évacuées ont eu le choix entre trois routes : celle de l’Est et du Rwanda, celle du Nord vers Rutshuru, rouverte par les autorités et la délégation ministérielle hier ; et celle de l’Ouest, par laquelle beaucoup depersonnes évacuées ont gagné Saké, à une trentaine de kilomètres de Goma. Arrivées à Sake, d’autres ont poursuivi leur chemin vers le sud par la route de Bukavu.

Certains ont passé la nuit dans des conditions difficiles manifestement. Parmi ces déplacés, Zacharie Bachiwa, du club RFI de Goma. Il a quitté la ville jeudi. Ce vendredi matin, il était bloqué dans un cortège sur la route du Sud, en raison d’un affaissement de la piste. Il espère atteindre Bukavu ce soir. Lui et sa famille ont dormi à la belle étoile près de la localité de Minova.

« Tous les hôtels étaient déjà pris depuis samedi. Même si tu as l’argent, c’est devenu très compliqué de trouver une chambre d’hôtel, de trouver quoi se nourrir et encore moins à boire. Alors, on a été obligés de passer une nuit à la belle étoile sur la route. Tôt ce matin, on a repris le chemin. Là, on est à un endroit dit chez les Français. La route est totalement détériorée. Heureusement, il y a une équipe de la Monusco qui est en train d’épauler les gens pour faire passer les véhicules. Mais, là il n’y avait pas moins de 200, 300 véhicules stationnés », témoigne Zacharie Bachiwa.

Zacharie Bachiwa, du club RFI de Goma

 

Si certaines familles sont encore sur le départ, d‘autres seraient en train -malgré le danger potentiel- de revenir vers Goma. Ces familles déplorent des conditions d’accueil insuffisantes, notamment à Saké, ville toute proche où les autorités les ont invitaient à se rendre, comme l'explique Zacharie Kavunduma, le correspondant de Télé 50 à Goma : « Selon eux, à Saké, les conditions n’étaient pas réunies pour les accueillir. Le gouvernement a demandé à toute la population de se diriger dans la cité de Saké. Malheureusement, aucun site n’a été prévu pour les accueillir. Et déjà ce matin, certaines personnes ont encore décidé de rentrer à Goma afin de mieux vivre. »

Les habitants de Goma sont supposés attendre les recommandations de l'autorité provinciale avant de regagner leurs domiciles. Mais le gouvernement avait fait savoir hier que ce retour ne sera possible que lorsque la menace sera totalement écartée, autant dire qu’aucune date ne peut être envisagée pour le moment.

Identifier des zones d'accueil

Dans la province du Sud-Kivu, une réunion des autorités locales a eu lieu jeudi 27 mai, pour essayer d’aménager et d'accueillir au mieux ces déplacés. Plusieurs terrains ont déjà été identifiés pour les recevoir.

Le volcan Nyiragongo en éruption vu depuis le lac Kivu.
Le volcan Nyiragongo en éruption vu depuis le lac Kivu. Alex Miles AFP

Six jours après l’éruption du volcan Nyiragongo, Goma et ses environs sont toujours sous la menace. C’est une expérience inédite, souligne le gouvernement. Plusieurs questions sont encore sans réponses et les scientifiques congolais cherchent toujours à savoir pourquoi aucun signe avant-coureur n’a été enregistré et pourquoi les séismes ont continué. 

« Tableau inédit »

Pour Patrick Muyaya, ministre congolais de la Communication et des médias, qui a tenu une conférence de presse jeudi à Kinshasa, cet événement est inédit : « Ce qu’on a observé le 22 mai, c’est qu’il n’y a pas eu, comme par le passé, des tremblements qui précèdent. Vous comprenez que nous sommes devant un tableau inédit et les scientifiques n’ont pas encore de réponse claire sur ce qui se passe réellement. C’est ce qui justifie justement la décision du gouvernement de procéder à une évacuation des personnes qui sont le plus menacées, parce que les hypothèses renseignent qu’on peut aller dans un cas ou dans un autre, les risques d’accentuation de tremblements de terre ressentis de manière continue depuis le 22 mai dernier qui peuvent causer des pertes en vies humaines et des dégâts matériels importants. »

« Le risque d’une éruption volcanique secondaire, explique encore le ministre, partant des fissures créées par le mouvement sismique n'est pas négligeable. Ceux qui habitent Goma savent que depuis de précédentes éruptions il y a eu des fissures souterraines. Les tremblements de terre ressentis depuis le 22 mai - plus de 400 - ont encore ouvert d’autres fissures. Alors la crainte, parce qu’on ne sait pas, c'est si toute la lave s’est déjà vidée ou si la lave cherche, justement du fait de ces tremblements, à ressortir. »

Goma, une ville déserte

L'évacuation ne concernait en théorie que 10 des 18 quartiers de Goma, mais ce sont en fait la quasi-totalité des habitant qui ont manifestement déserté la ville. Goma est donc ce vendredi une ville qui vit au ralenti. Selon les témoignages recueillis par RFI, le centre-ville est quasi désert et c’est la même situation dans les quartiers populaires. Les banques sont fermées tout comme les magasins et les marchés. Pour éviter les pillages, les services de sécurité effectuent des patrouilles pour sécuriser les biens et les personnes.

Les activités tournent au ralenti. Certainement que la grande partie de la population de Goma est encore en fuite. Il y a certains éléments de la police qui sont en train de circuler dans certains points chauds de la ville de Goma pour rassurer.

Zacharie Kavunduma, correspondant à Goma de la télévision Télé 50

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