REPORTAGE

Éthiopie: manifestation suite aux sanctions américaines dues à la guerre au Tigré

Manifestation dans les rues de la capitale éthiopienne, à Addis-Abeba, contre les sanctions américaines, ce dimanche 30 mai 2021.
Manifestation dans les rues de la capitale éthiopienne, à Addis-Abeba, contre les sanctions américaines, ce dimanche 30 mai 2021. © Noé Hochet-Bodin/RFI

Une semaine après la mise en place de sanctions américaines contre l’Éthiopie, Addis Abeba se mobilise et contre-attaque. Des dizaines de milliers d’Éthiopiens ont manifesté leur mécontentement, après l’appel du gouvernement. Dans les rues de la capitale, le mot d’ordre était : « Ne touchez pas à l’Éthiopie ».

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Avec notre correspondant à Addis-Abeba, Noé Hochet-Bodin

Les sanctions américaines interviennent presque sept mois après le début de la guerre au Tigré. Washington accuse les autorités éthiopiennes de violations des droits de l’homme. Les Éthiopiens parlent, eux, d’ingérence.

Autour du stade national d’Addis-Abeba: différents slogans à l’adresse des États-Unis. On peut voir « Ne touchez pas à l’Éthiopie » ou encore « Solutions africaines pour problèmes africains ». Une autre bannière, beaucoup politique, réaffirme que le parti tigréen du TPLF, en guerre contre le gouvernement fédéral, est une organisation terroriste. Nathanael confirme: « Il y a encore des membres du TPLF aux États-Unis. Ils font du lobby contre l’Éthiopie car c’est comme ça que fait le TPLF. Ils s’ingèrent dans nos affaires intérieures. »

Parmi les manifestants, beaucoup sont des fonctionnaires éthiopiens. Dessalegn travaille au Minsitère des Affaires étrangères : « Nous sommes ici pour envoyer un message à tous les pays qui veulent s’ingérer dans nos affaires. Qu’importe si c’est l’Europe, les Etats-Unis ou le Soudan. Nous sommes souverains. »

« L’Amérique ne doit pas s’ingérer dans les affaires de notre pays », répètent en chœur des dizaines de jeunes. Parmi eux, Tewodros, un guide touristique. « Le gouvernement américain, s’il vous plait, laissez-nous tranquille. On aime le monde entier ici. Notre gouvernement réalise de merveilleuses choses pour les Africains, les Éthiopiens, les Érythréens. S’il vous plait, ne touchez pas à notre pays. »

Les officiels épinglés

Les sanctions américaines touchent des officiels éthiopiens et érythréens, épinglés pour leur gestion de la guerre au Tigré. Pour Joseph, ces sanctions ne sont pas seulement injustes mais illégitimes. « Les Américains doivent comprendre quelque chose. Nous avions un gouvernement avant eux. Leur histoire date d’il y a seulement 600 ans. La nôtre date de plus de 3 000 ans. On avait un gouvernement avant les Américains. »

Mauvaise passe ?

Pour certains, la tension entre les deux pays est juste une mauvaise passe. Pour d’autres, comme Nathanael, le divorce est consommé. « On était proches, on était amis avec les Américains, jusqu’à présent. Mais la position actuelle des États-Unis est très mauvaise. Donc, on ne les aime plus. C’est fini. Ils ne font que s’opposer à nous. » Le gouvernement éthiopien assurait, en début de semaine, qu’il réévaluerait ses relations bilatérales avec les États-Unis.

Soudan et Égypte également pointés du doigt

Pendant le rassemblement, il a aussi été question du Soudan tout comme de l’Égypte. Les deux pays s’opposent au second remplissage du Barrage de la Renaissance, le grand barrage éthiopien sur le Nil.

L’agence Reuters révèle entretemps que des officiels du Parti de la Prospérité, le parti du Premier ministre Abiy Ahmed, ont poussé certains jeunes d’Addis-Abeba à participer à cette mobilisation.

►À lire aussi: Sanctions de Washington contre l’Éthiopie : Addis-Abeba contre-attaque

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