Mali: faut-il laisser une place aux islamistes dans le jeu politique ?

Un camp de jihadistes repentis à Mopti dans le centre du Mali (Image d'illustration).
Un camp de jihadistes repentis à Mopti dans le centre du Mali (Image d'illustration). RFI

Le Mali est toujours en attente de l'annonce de la nomination de son nouveau Premier ministre. Plus d'une semaine après l'arrestation par les militaires du colonel Assimi Goïta des anciens président et Premier ministre de la Transition, le pays est toujours dans l'incertitude. Le président français, Emmanuel Macron, a menacé de retirer les troupes françaises engagées dans la lutte contre le terrorisme, si le Mali cédait à la « tentation de l'islam radical ».

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Ce week-end, la Cour constitutionnelle a reconnu le chef de la junte qui a mené le coup d'État d’août dernier, comme président par intérim. La Cédéao a suspendu le Mali de ses institutions. Le président français a, quant à lui, mis en garde les militaires maliens qui ont entamé des négociations avec les groupes terroristes.

« L'islamisme radical au Mali avec nos soldats sur place ? Jamais de la vie ! » Dans son interview au Journal du dimanche, Emmanuel Macron trace une ligne rouge, alors que des négociations avec les terroristes ont déjà démarré au Mali à échelle locale, notamment dans le Centre du pays.

« Discuter, à la base, avec certains jihadistes, pourquoi pas ? Ce n’est pas la même chose que de faire des concessions majeures au niveau de l’État. On peut craindre que les jihadistes exigent une interprétation très radicale de leur religion. Le pays est libre de le faire, s’il le souhaite, bien sûr, mais il ne faudra pas compter sur l’aide de la France, dans ce cas-là », explique Nicolas Normand, ancien ambassadeur français au Mali et chercheur indépendant.

Pour Boubacar Ba, chercheur au Centre d'analyse sur la gouvernance et la sécurité au Sahel, le président français se trompe de grille de lecture. C'est au contraire le dialogue qui permettra d'éviter plus de radicalisation.

« Dans une situation où 80 % le territoire est occupé, où les villages sont administrés par ces groupes armés et où le tout sécuritaire ne peut pas aboutir à bout de ce groupe armé, obligatoirement nous irons à un dialogue... Et il y a des élites, aujourd’hui, qui peuvent faire un débat doctrinal sur les enjeux de l’islam. La transition actuelle est en train d’y réfléchir et ce dialogue peut nous éviter un radicalisme qui n’est pas à l'ordre du jour », estime-t-il.

La nécessité de négocier avec les terroristes avait été clairement entérinée par le président Ibrahim Boubacar Keita, dès 2019, à l'issue du dialogue national inclusif.

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