Reportage

Éthiopie : des prières collectives pour la paix au Tigré

Cérémonie religieuse baptisée Melela à Aksoum en mai 2021. (Illustration).
Cérémonie religieuse baptisée Melela à Aksoum en mai 2021. (Illustration). © Sébastien Nemeth / RFI

En Éthiopie la guerre du Tigré continue. Les forces fédérales, appuyées notamment par des troupes érythréennes ont lancé une opération militaire de grande ampleur en novembre 2020. Les soldats affrontent les hommes de l’ancien pouvoir du Tigré, le TPLF. Le conflit a fait des milliers de morts. De multiples exactions contre les civils ont été commises. La région subit une grave crise humanitaire. Face à cette situation, de nombreux Tigréens se tournent vers Dieu. Dans beaucoup d’endroits, des groupes de femmes pratiquent des Melelas, des prières collectives pour que la situation s’améliore.

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De notre envoyé spécial à Aksoum, au Tigré, Sébastien Németh

Elles sont une trentaine devant l’église Tsion Santi Mariam. Drapées dans leur gabi, la couverture traditionnelle en coton blanc, elles tournent en rond, pieds nus, mains en avant. Asgaharia vient d’un village proche. « On demande à la vierge Marie de mettre fin au conflit, d’apporter la justice. On prie pour qu’elle rende nos vies plus sûres. On fait ça parce qu’il n’y a pas de paix. Nous avons peur. Nos enfants ne vont pas à l’école. Les violences détruisent la région. Donc nous sommes là. Après les prières on se sent mieux, nous ressentons de l’espoir. On sait que Marie écoute. Et au moins nous sommes en vie. »

Les Melelas sont pratiquées régulièrement pour demander bonne santé, protection ou même de bonnes récoltes. Mais la cérémonie du jour n’est pas comme les autres car Aksoum a été endeuillée par l’un des plus sanglants massacres de la guerre. Les soldats érythréens sont accusés d’avoir tué plus d’une centaine d’habitants en quelques jours. Abeba vit ici. Pour elle, participer à la cérémonie n’a rien d’anodin. « J’ai vu les corps de mes voisins morts par terre. Moi j’ai eu de la chance, les Érythréens ne se sont pas arrêtés chez moi. Depuis la tragédie, tout le monde se réfugie dans la prière à Axum. On a tous tellement pleurés. Ça a été un tel choc. Donc on demande à Dieu qu’il nous pardonne et nous accorde sa pitié. »

Demain, le groupe se retrouvera dans une autre localité. Car sept mois après le début du conflit, le groupe n’a pas l’intention d’abandonner ses prières.

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