Le Mozambique doit-il accepter une aide militaire face à la crise dans le Cabo Delgado?

Des soldats de l'armée mozambicaine font tomber une structure incendiée par des assaillants à Naunde, dans le nord du Mozambique, le 13 juin 2018. La région de Cabo Delgado est le théâtre d'attaques de groupes jihadistes qui se sont multipliées ces dernières années. La dernière attaque de grande ampleur a été menée à Palma, ce qui a conduit des dizaines de milliers de personnes ont fui vers Pemba, capitale de la région.
Des soldats de l'armée mozambicaine font tomber une structure incendiée par des assaillants à Naunde, dans le nord du Mozambique, le 13 juin 2018. La région de Cabo Delgado est le théâtre d'attaques de groupes jihadistes qui se sont multipliées ces dernières années. La dernière attaque de grande ampleur a été menée à Palma, ce qui a conduit des dizaines de milliers de personnes ont fui vers Pemba, capitale de la région. AFP - JOAQUIM NHAMIRRE

Dans un rapport publié vendredi 11 juin, le groupe de réflexion International Crisis Group (ICG) estime que le gouvernement mozambicain, jusqu'ici réticent à toute intervention étrangère, devrait accepter une aide militaire « mesurée » pour combattre les jihadistes qui terrorisent la province de Cabo Delgado, au nord du pays, depuis plus de trois ans.

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Le président Filipe Nyusi refuse jusqu'ici toute idée d'intervention militaire étrangère, même celle de la SADC, l'organisation régionale, pour une question de souveraineté.

Selon les experts d'ICG, un déploiement massif de troupes étrangères, pourrait en effet pousser d'autres jihadistes à venir combattre aux côtés des shebabs mozambicains une intervention internationale. Cependant, ICG explique qu'une aide militaire ciblée est absolument nécessaire.

Aujourd'hui, Maputo fait certes appel à un groupe paramilitaire privé sud-africain « mais cela ne suffit pas », explique Dino Mahtani, directeur Afrique d'ICG.  « Il faut un niveau approprié de soutien militaire pour faire pression sur ces groupes afin qu'ils envisagent de se rendre. Mais aussi leur offrir une porte de sortie », poursuit-il, encourageant au dialogue avec les rebelles notamment sur une amnistie.

Pour le moment, le président mozambicain réclame seulement un soutien matériel et financier qu'il a du mal à obtenir en raison des risques de détournement notamment. Des formations d'élite de l'armée nationale par les États-Unis et le Portugal sont néanmoins en cours.

ICG recommande par ailleurs au gouvernement mozambicain d'investir dans cette région pauvre afin de « donner des moyens de subsistance » aux populations locales qui pourraient être tentées de rejoindre le groupe armé.

Le gouvernement du Mozambique est réticent à accepter des troupes étrangères sur son territoire. Il préfère demander une assistance financière et matérielle, pour gérer ses propres problèmes sur son territoire. Ce vers quoi nous nous dirigeons, c’est que le Mozambique va recevoir un entrainement spécialisé de la part de ses partenaires Portuguais et Américain, afin que ses forces spéciales puisse se déployer de façon plus robuste ce mois-ci à Cabo Delgado.

Dino Mahtani, directeur du programme Afrique à l'ICG, et auteur du rapport

Dans un communiqué publié vendredi, le Haut commissariat aux réfugiés décompte près de 3 000 morts et 800 000 personnes ayant fui les violences du groupé désormais soutenu par l'État Islamique.

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