Algérie: les législatives, nouvelle étape dans la feuille de route du pouvoir

Un homme passe devant des affiches électorales pour les élections législatives, le 11 juin 2021.
Un homme passe devant des affiches électorales pour les élections législatives, le 11 juin 2021. AFP - RYAD KRAMDI

Les bureaux ont ouvert ce samedi 12 juin à 8 heures, heure locale. Quelque 24 millions d’électeurs sont appelés à élire les 407 députés de l’Assemblée populaire nationale, pour un mandat de cinq ans, lors d’élections législatives anticipées. Ce scrutin, organisé suite à la révision de la Constitution, constitue une nouvelle étape de la feuille de route que s’est fixée un pouvoir algérien en quête de légitimité, plus de deux ans après la chute de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika.

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Pas de file d’attente ce matin, à l’ouverture d’un centre de vote situé dans le centre-ville d’Alger, qui regroupe une douzaine de bureaux. Dans l’un d’eux, qui enregistre plus de 200 électeurs, seul une personne était venu glisser son bulletin dans l’urne, une heure après l’ouverture. Selon l’autorité des élections citée par l’Agence de presse officielle, le taux de participation à 10 heures, soit deux heures après l’ouverture des bureaux, était de moins de 4 % et à 16h le taux de participation était de 14%.

À la mi-journée, comme le rapporte notre envoyée spéciale Magali Lagrange, il n'y avait guère d'affluence dans les bureaux de vote de la commune algéroise de Hydra, pour faire son choix, parmi les candidats des 36 listes étalées sur une table.  

Le taux de participation, c’est pourtant l’un des enjeux de ce scrutin pour un pouvoir algérien en quête de légitimité. Ce sont les premières législatives depuis le départ de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika. Des élections anticipées, après la révision de la Constitution adoptée par référendum en novembre dernier, et pour laquelle l’abstention avait atteint les 76 %. 

Parmi les listes présentes, figurent celles du FLN et du RND, qui dominaient la précédente Assemblée. Mais la composition de celle-ci pourrait changer. Ces deux formations présentent des listes, mais sont largement discréditées par la crise que traverse le pays. La candidature du secrétaire général du FLN à ce scrutin a d’ailleurs été rejetée. Et pour la première fois, le nombre de listes qui s’affichent comme indépendantes, à l’affiliation parfois floue, dépasse celles présentées par une trentaine de partis politiques, dont plusieurs formations islamistes.

Escalade de la répression

Des absents sont aussi à noter, plusieurs partis d’opposition dont le RCD, le Parti des travailleurs ou le FFS, ont décidé de ne pas y prendre part. Le scrutin est aussi rejeté par le Hirak. Vendredi, plusieurs personnes croisées dans la capitale confiaient leur désintérêt pour ce vote, qui selon eux ne répond pas à leurs demandes de changement, quand d’autres défendaient son importance. 

Depuis plusieurs semaines, des organisations de défense des droits humains dénoncent une escalade de la répression, qui se traduit notamment par des interpellations et des poursuites judiciaires contre des hirakistes, opposants et journalistes. Jeudi soir, Karim Tabbou, figure du Hirak, a été interpellé, ainsi que les deux journalistes Khaled Drareni et Ihsan el Kadi. On a appris ce samedi 12 juin dans la matinée, que ces trois figures de la contestation avaient été libérées dans la nuit, après avoir passé plus de vingt-quatre heures à la caserne Antar, connue pour être un service de la sécurité intérieure. C'est une information du Comité national pour la libération des détenus (CNLD), rapportée par l'AFP. « Khaled Drareni, Ihsane El Kadi, Karim Tabbou (ont été) relâchés », précise le CNLD sur sa page Facebook.

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