Grand Sud de Madagascar: des plans très ambitieux, mais des besoins immédiats

Le fleuve Mandrare, dans l'extrême sud de Madagascar, totalement asséché, en novembre 2020.
Le fleuve Mandrare, dans l'extrême sud de Madagascar, totalement asséché, en novembre 2020. © Laetitia Bezain / RFI

Samedi 15 juin, Andry Rajoelina a listé une série de grands projets à mettre en œuvre pour le développement des régions Anosy et Androy principalement. Deux régions sinistrées, enclavées, où sévissent régulièrement une sécheresse et de graves problèmes de malnutrition.

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« C’est une promesse solennelle que je fais afin de sortir le Grand Sud de la pauvreté », a déclaré le président malgache samedi dernier à l’issue du colloque régional sur l’émergence du Grand Sud de Madagascar, à Fort Dauphin, dans le sud de la Grande Île.

Le projet se veut ambitieux. Avec notamment la construction d’un pipeline pour acheminer de l’eau dans cette région aride. Ou encore la construction d’une usine pour mettre de l’eau potable en sachets et approvisionner 60 000 personnes chaque jour. Sept cents kilomètres de routes doivent aussi être réhabilitées. En ce qui concerne l’énergie, « chaque district bénéficiera d'un parc solaire », promet le président malgache. Et pour lutter contre la malnutrition chronique, un centre de santé avec une banque alimentaire doit aussi voir le jour. Pour la sécurité, il y aura également des nouvelles bases militaires. Pour la jeunesse, des stades de sports. Et pour lutter contre le changement climatique : du reboisement, avec un projet de ceinture verte.

Un « cimetière de projets »

Le président Andry Rajoelina promet du concret face à l’urgence. Mais ce « Plan d’émergence du Grand Sud » n’est que partiellement financé. Et dans la région, de nombreuses promesses de développement ont déjà été faites au fil des ans, sans aboutir. Le Sud de la Grande Île est d’ailleurs connu pour être un « cimetière de projets ».

Or, dans l'immédiat, ces deux régions sont dans un état critique en matière d'insécurité alimentaire. Cette année, deux personnes sur cinq, soit 1,13 million de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire sévère, selon le Programme alimentaire mondial. Pour Bérengère Guais, responsable adjointe des urgences de Médecins sans frontières (MSF), actuellement présente à Ambovombe, la capitale de l’Androy, la situation humanitaire sur place est très grave.

MADAGASCAR _Son SOIR - Risque de famine dans le sud : SON témoignage

Suite à des sécheresses qui se sont répétées depuis plus de trois ans, on se retrouve dans certains villages où des personnes n'ont absolument rien à manger. Il y a peu de possibilité de cultiver et de faire des récoltes. On a observé des gamins complètement émaciés, qui sont dans un état de malnutrition aigüe, sévère, ou modérée, et on peut parler de famine dans certains endroits.
On est face à une population absolument fatiguée, qui doit marcher des heures et des heures pour accéder à un centre de santé. On est dans une région où les moyens de transport sont quasiment inexistants. Il y a une grosse composante de l'accessibilité à l'eau qui est très très compliquée, puisqu'on est vraiment dans une zone extrêmement aride. Les rivières qui existent sont complètement asséchées et ne permettent plus à la population de s'approvisionner en eau saine, potable. Donc, c'est une situation extrêmement compliquée pour la population.

► À écouter aussi : Madagascar: retour à Ankilimarovahatsy, où la famine a tué 9 habitants entre juin et août (Reportage Afrique 1/4, série sur la sécheresse à Madagascar)

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