Reportage

Centrafrique: Didier Kassaï dessine les visages des victimes de violences sexuelles

À Bangui, le dessinateur Didier Kassaï esquisse les traits d'Aïsha, victime de violences sexuelles, le 19 juin 2021.
À Bangui, le dessinateur Didier Kassaï esquisse les traits d'Aïsha, victime de violences sexuelles, le 19 juin 2021. © Carol Valade/RFI

Les visages des victimes de violences sexuelles s’exposent à Bangui. Dans la capitale, la Maison de la mémoire, un centre culturel consacré à l’histoire récente du pays, accueille les œuvres du célèbre auteur de bandes dessinées centrafricain Didier Kassaï.

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À l’ombre d’un arbre sur une petite chaise en plastique, Didier Kassaï a l’air concentré. Il croque un ultime visage : celui d’Aïsha, victime des milices anti-balaka. « C’est un portrait que j’ai fait uniquement au crayon, explique-t-il. Il n’y a pas de couleurs, donc du coup, pour ressortir ces effets il faudrait, soit jouer sur la lumière ou sur l’obscurité. C’est pour exprimer la douleur que la société n’est pas capable de voir. »

Le trait épais souligne un regard grave qui fixe le visiteur. Impossible de ne pas reconnaître Euphrasie Yandoka lorsqu’elle prend un selfie devant l’œuvre : « Ça, c'est mon portrait et ça m’a beaucoup émue, aujourd’hui. Si je souris, ce n’est pas pour moi, mais je souris pour la famille. Et vous avez vu, j’ai pleuré un peu et ça, c'est l’émotion. C’est l’émotion… Je vois qu’on n’est pas oubliés, on n’est pas abandonnés à nous-mêmes. »

 

 

Intitulée « De l’ombre à la lumière », c'est une initiative de la Cour Pénal Internationale (CPI) qui accompagne les victimes des derniers conflits. Mike Cole, le représentant à Bangui de l'institution, explique ce qui a poussé à mettre en place ce projet : « Ils sont invisibles… Quand vous avez une pièce de papier sans un visage, c’est impossible de voir la personne, cela ne touche pas le cœur. Maintenant, avec le visage, avec les mots, on peut comprendre la réalité et c’est la raison de l’exposition. »

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