Burundi: le dialogue continue entre Gitega et Bruxelles en vue d'une levée des sanctions

De nouveau efforts sont attendus de la part du pouvoir burundais par l'Union européenne notamment sur les droits de l'Homme.
De nouveau efforts sont attendus de la part du pouvoir burundais par l'Union européenne notamment sur les droits de l'Homme. AFP - TCHANDROU NITANGA

Au Burundi, le chef de la diplomatie Albert Shingiro et l’ambassadeur de l’Union européenne Claude Bochu entouré ses collègues des états membres vont reprendre ce mercredi matin dans un grand hôtel de Bujumbura, le dialogue politique en vue de la levée des sanctions prises contre Gitega en 2016. Ce dialogue, au point mort depuis lors a repris en février, à la suite de l’accession au pouvoir du successeur de Nkurunziza.

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Objectif affiché pour ce nouveau round de négociations, tenter de conclure le plus rapidement possible un dialogue politique qui a repris il y a à peine près de six mois, mais qui a déjà franchi une première étape avec la décision des groupes d’experts de Bruxelles de lancer le processus qui va conduire à terme, à une levée des sanctions budgétaires contre le gouvernement burundais.

En 2016, ces sanctions avaient été décidées au plus fort de la crise née de la décision de l'ancien président, aujourd'hui défunt, Pierre Nkurunziza, de briguer un troisième mandat, une année plus tôt. Le pouvoir burundais était alors engagé dans une répression sanglante qui a poussé à l'exil les principales figures de l'opposition, de la société civile et des médias, selon l'ONU.

C'est dans ce contexte que l'Union européenne et ses États membres ont fait le pari que l'imposition de sanctions devrait ramener à la raison les dirigeants du Burundi, alors classé parmi les cinq pays les plus pauvres du monde.

Il n'en a finalement rien été. Gitega s’est plutôt se radicalisé et a changé d'alliance en se tournant vers la Chine et la Russie, qui lui ont apporté un soutien sans failles dans les instances internationales, reconnaissent aujourd’hui des diplomates.

Situation différente

Cinq ans plus tard, la situation a radicalement changé. Le nouveau chef de l'État burundais, Évariste Ndayishimiye, a hérité d'un pays devenu aujourd'hui le plus pauvre du monde et dont l'économie est bord du gouffre. Alors que du côté européen, on est à la recherche d'un levier qui permette de peser de nouveau sur ce régime. Chaque partie a donc accepté de mettre un peu d'eau dans son vin.

C’est un « pas important » qui a été franchie grâce à « des évolutions positives qui ont été initiées par le président Évariste Ndayishimiye en termes de bonne gouvernance, d’état de droit et des droits de l’homme », s’est réjoui Claude Bochu lundi, juste après lui avoir annoncé « la bonne nouvelle ». Mais il prévient : « C’est une étape nécessaire qui vient d’être franchie, mais pas suffisante », avant de rappeler que d’autres progrès sont espérés au cours des prochains mois.

Les autorités attendues au tournant par l'UE

Ce dialogue va s'articuler autour de six axes convenus entre les deux parties depuis début avril : droits de l'homme, justice et état de droit, liberté d'opinion et de presse, bonne gouvernance, coopération régionale et internationale, et enfin, climat des affaires et investissements. « Aucun sujet qui fâche n'a été oublié », explique des sources européennes.

Et pour chacun de ces six axes, le gouvernement burundais a détaillé les actions déjà réalisées, celles en cours et enfin, les actions qu'il s'engage à mener à bien dans le futur, des propositions qui sont souvent « très vagues », reconnaissent nos sources. « C'est à l'autre partie d'amener sur la table de négociation des problèmes concrets dans ces cas », ont-elles ajouté.

Les ambassadeurs de l'Union européenne et ses États membres et le ministre burundais des Affaires étrangères vont se retrouver à intervalles réguliers avec entre deux rencontres, des discussions au niveau technique, jusqu'à ce qu'on aboutissent à un résultat « acceptable » des deux côtés, toujours selon nos sources.

Les ONG internationales et locales des droits de l’homme ont quant à elles dénoncé une annonce précipitée, en accusant le pouvoir burundais de faire des gestes plutôt « symboliques » tout en continuant à commettre de graves violations des droits humains. L’Union européenne en est consciente, selon un de ses diplomates. Mais c’est le prix à payer selon lui, pour avoir de nouveau un levier contre un pouvoir qui s’était montré intransigeant jusqu’ici.

La balle est donc dans le camp du pouvoir burundais, qui doit donner de nouveau gages à son principal bailleur de fonds européen. Mais pour le chef de la diplomatie burundaise, il ne s'agit nullement d'imposition de la part d'un maître à son élève. La « page sombre » de 2015 a été tournée, aujourd'hui il s'agit de « valeurs partagées ».

Albert Shingiro

►À lire aussi : Burundi: un an après son accession au pouvoir, quel bilan pour Évariste Ndayishimiye ?

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