Conflits: les 10 pays les moins pacifiés au monde

Le Global Peace Index passe 166 pays au crible de ses 23 indicateurs de mesure des conflits, de la sécurité et de la « militarisation » des sociétés.
Le Global Peace Index passe 166 pays au crible de ses 23 indicateurs de mesure des conflits, de la sécurité et de la « militarisation » des sociétés. Getty Images

L’édition 2021 du Global Peace Index, un indice de l'Institute for Economics and Peace (IEP), think tank basé à Sydney, voit figurer cinq pays d’Afrique parmi les 10 nations les moins en paix du monde.

Publicité

L’Afrique du Sud est en flammes, depuis l’incarcération de son ancien président Jacob Zuma. Elle risque de rejoindre, l’an prochain, la liste des pays les moins en paix du Global Peace Index, concocté par l’IEP, un think tank basé à Sydney. L’Islande, la Nouvelle-Zélande, le Danemark, le Portugal, la Slovénie, l’Autriche, la Suisse, l’Irlande, la République tchèque et le Canada sont les 10 pays les plus pacifiés au monde.

Aux antipodes, l’Afrique compte cinq des 10 États les plus conflictuels et insécurisés de la planète. Dans cet ordre du pire figurent l’Afghanistan, le Yémen, la Syrie, le Sud-Soudan (160e rang mondial), l’Irak, la Somalie, la République démocratique du Congo, la Libye, la République de Centrafrique et la Russie.  

En réduisant le focus sur l’Afrique, s’ajoutent à la liste des 10 pays les moins pacifiés le Mali (148e rang mondial), le Nigeria (146e), le Cameroun (145e), l’Ethiopie (139e) et le Niger (137e).

Le Global Peace Index, publié le 23 juin dernier par l’IEP, un think tank australien ayant des bureaux à Bruxelles, Harare, Mexico, La Haye et New York, passe 166 pays au crible de ses 23 indicateurs de mesure des conflits, de la sécurité et de la « militarisation » des sociétés. Globalement, le recul a été faible en 2020 (-0,07%), mais il se poursuit pour la neuvième année consécutive. Alors que 73 pays ont vu leur situation s’aggraver, 87 ont au gagné en paix.

Le plus fort recul du monde au Burkina Faso

Les manifestations violentes ont fortement augmenté, liées à la pandémie de Covid-19, de même que l’instabilité politique, en hausse dans 45 pays. « Le GPI a recensé 5 000 incidents violents dans le monde entre janvier 2020 et avril 2021 liés à la crise Covid, tandis que l’impact à long terme de la pandémie sur les crimes violents et le suicide reste encore flou », explique Serge Stroobants, le directeur de l’IEP à Bruxelles.

L’Ukraine et l’Irak ont le plus progressé, tandis que le Burkina Faso a connu le plus grave recul au monde en 2020. Selon le rapport, « la décision du gouvernement de financer et armer des groupes auxiliaires civils dans le combat contre les insurgés a augmenté l’accès aux petites armes et l’intensité du conflit. Le Burkina Faso se trouve en situation de guerre civile de faible intensité, avec 1 million de personnes déplacées fin 2020 ».

Tous les clignotants sont aussi au rouge en Zambie en raison de disputes frontalières avec la République démocratique du Congo (RDC) et de la hausse des dépenses militaires. Idem en Ethiopie, en raison du conflit tigréen avec intervention de l’Erythrée, mais aussi des 291 morts dans les manifestations qui ont suivi l’assassinat du chanteur Oromo Hachalu Hundessa, sans oublier les tensions avec les pays voisins autour du barrage de la Renaissance sur le Nil.

La violence a un coût: près de 12 % du PIB mondial

L’impact annuel de la violence est estimé par le GPI à la somme colossale de 15 000 milliards de dollars, soit 11,6 % du PIB mondial. Les dépenses militaires représentent 43 % de ce montant total, la sécurité internationale 31 % et la sécurité privée près de 8 %, le reste se répartissant entre les conflits (3 %), les crimes violents (3,1 %) et les homicides (7 %).

Encore plus intéressant, le sondage de grande ampleur sur lequel s’appuie le GPI, dénommé World Risk Poll et mené par la Lloyd’s Register Foundation auprès de 150 000 personnes de plus de 15 ans dans 142 pays. Globalement, les crimes violents et le terrorisme sont redoutés par 15 % des personnes interrogées, et perçus comme le second risque après les accidents de voiture.

L’Afrique en tête dans l’expérience vécue de la violence

Les cinq pays où la plus forte expérience vécue de la violence (par les personnes interrogées ou des connaissances) sur les deux dernières années se trouvent en Afrique : 63 % en Namibie, 58 % en Afrique du Sud, 56 % au Lesotho, 55 % au Liberia et 54 % en Zambie. Dans le monde, l’expérience de la violence la plus faible se situe au contraire au Turkménistan, en Ouzbékistan, au Japon, à Singapour et en Pologne.

La peur de la violence, elle, est la plus forte au Brésil (83 %, deux fois plus élevée que l’expérience vécue de la violence), en Afrique du Sud (79 %), à Maurice (76 %), au Malawi (75 %) et au Lesotho (74 %). La violence est perçue comme un risque principal au quotidien par plus de la moitié des personnes interrogées en Afghanistan, au Brésil, en Afrique du Sud, au Mexique et en République dominicaine.

Maurice représente un cas particulier, dans la mesure où il figure au premier rang des pays les plus sûrs d’Afrique, suivi par le Ghana, le Botswana, la Sierra Leone, la Gambie et le Sénégal (54e rang mondial, juste avant la France) selon le GPI. La peur a augmenté parce que l’île a vu son taux d’homicide doubler (passant de 1,8 à 2,9 pour 100 000 personnes) et des manifestations violentes se produire en raison de la gestion controversée d’une marée noire en 2020.

Deux autres exception sont à signaler : la Mauritanie, seul pays d’Afrique subsaharienne où moins de 20 % des personnes interrogées ont fait l’expérience de la violence dans les deux années précédentes, et Madagascar, seul pays où moins de 20 % des personnes se disent très inquiètes des crimes violents. 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail