Pegasus au Maroc: qui utilise le logiciel espion de l’entreprise israélienne NSO?

Le projet Pegasus, ce gigantesque scandale d’espionnage révélé lundi après des mois d’enquête, a provoqué indignation, critiques et tensions diplomatiques dans le monde.
Le projet Pegasus, ce gigantesque scandale d’espionnage révélé lundi après des mois d’enquête, a provoqué indignation, critiques et tensions diplomatiques dans le monde. Thomas SAMSON AFP/File

Pointé du doigt dans le scandale Pegasus, le Maroc dénonce une campagne médiatique mensongère. Le pays est l'un des principaux États indexés depuis le début de la semaine par un consortium de 17 journaux internationaux pour son utilisation du logiciel de surveillance israélien. L'affaire a pris une tournure encore plus embarrassante avec la révélation que des numéros de politiques français, dont l'un de ceux du président Macron, pourraient être la cible de tentative d'espionnage.

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Selon l’analyse conduite par Forbidden Stories, Amnesty International et publiée en France par le journal Le Monde, deux services marocains seraient des clients de l’entreprise israélienne NSO, créatrice de Pegasus. Il s’agit de la Direction générale des études et de la documentation et de la Direction générale de la surveillance du territoire. 

La première, dite DGED, est le service de renseignement extérieur du pays, chargé notamment du contre-terrorisme. Elle surveille, par exemple, les militants de la cause du Sahara occidental, y compris en France et, on l’imagine, au sein des autorités algériennes, principal soutien du Front Polisario. 

La seconde, dite DGST, est le service de surveillance intérieure. Selon Forbidden Stories, ce serait elle la principale utilisatrice du logiciel, pour surveiller journalistes, opposants, hommes politiques, mais aussi l’entourage du roi Mohamed VI, les personnes qu’il rencontre, sa famille, notamment son cousin Hicham Alaoui, critique du régime, appelé le « prince rouge » et déchu de son titre.

Cette affaire très médiatisée pourrait-elle aboutir une opération de nettoyage dans les rangs des services secrets marocains ? « Cela ne serait pas la première fois qu'une telle opération aurait lieu », commente Pierre Vermeren, professeur d’histoire contemporaine du Maghreb à l’Université Paris-I Panthéon-Sorbonne.

On peut imaginer que (le roi) soit amené à faire un grand nettoyage

Pierre Vermeren, professeur d’histoire contemporaine du Maghreb à l’Université Paris-I Panthéon-Sorbonne

Un allié historique

Des accusations embarrassantes pour Rabat, qui est l'un des principaux alliés des pays occidentaux sur les questions de renseignements et en premier lieu de la France, un allié historique. Emmanuel Macron avait réservé son premier voyage présidentiel au Maroc, signe de relations étroites, encore confirmées par la visite lundi soir du chef de la diplomatie marocaine à Paris pour y rencontrer son homologue, Jean-Yves Le Drian.

Le Maroc est connu pour l’efficacité de ses services, de son renseignement humain, mais aussi technologique, qui a permis de relativement préserver le royaume du terrorisme. Rabat a aussi fourni des informations cruciales sur plusieurs personnes en Europe, notamment en 2015, permettant la localisation de l’exécutant principal des attentats du 13-Novembre à Paris, le Belgo-Marocain Abdelhamid Abaaoud.

Le voisin algérien également sous surveillance

Le Maroc aurait largement utilisé le logiciel Pegasus pour espionner son voisin et rival algérien jusque dans les plus hautes sphères de l'État. Plus de 6 000 numéros de téléphone auraient été ainsi sélectionnés comme cibles potentielles. 

Deux ministres algériens des affaires étrangères successifs auraient notamment été dans le collimateur : Abdelkader Messahel et Ramtane Lamamra. Des généraux ont été également visés ainsi que d’anciens chefs des services de renseignement mais aussi des hommes d'affaires considérées proches du pouvoir, dont celui de l’ancien chef du patronat Ali Haddad. Preuve que la situation en Algérie semble avoir été la préoccupation première du Maroc, le diplomate Lakhdar Brahimi, qui avait été chargé de préparer la transition après le retrait d’Abdelaziz Bouteflika, aurait lui aussi été dans le viseur des services marocains.

Le royaume ne se serait d’ailleurs pas limité au territoire algérien. En France par exemple, il se serait intéressé au numéro de téléphone de l’ambassadeur d’Algérie Abdelkader Mesdoua et à celui de son attaché militaire. De l’autre coté de la Méditerranée, le numéro de l’ambassadeur de France de l’époque Xavier Driencourt a été ciblé, tout comme celui  attribué à l’attaché militaire de l’ambassade. 

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