Pfizer-BioNTech va produire 100 millions de doses par an en Afrique du Sud

Pfizer/BioNTech a trouvé un accord avec Biovac pour produire 100 millions de doses de son vaccin chaque année dans une usine du Cap en Afrique du Sud.
Pfizer/BioNTech a trouvé un accord avec Biovac pour produire 100 millions de doses de son vaccin chaque année dans une usine du Cap en Afrique du Sud. REUTERS - Dado Ruvic

Après Johnson&Johnson allié à Aspen, c’est au tour de Pfizer-BioNTech de s’associer à une entreprise sud-africaine pour produire leur vaccin anti-Covid. Le manufacturier a signé un accord avec l'institut Biovac, une entreprise semi-étatique installée au Cap. Ce sera la première fois qu’un vaccin à ARN Messager est produit en Afrique. Objectif : 100 millions de doses par an d’ici à 2023. La production pourrait commencer dès l’année prochaine. 

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Des vaccins produits en Afrique à destination exclusive des Africains. C’est toute l’originalité de l’offre Pfizer. Pour le continent, l’avantage c’est de réduire sa dépendance aux pays étrangers. On se souvient qu’au mois de mars, le Serum Institute of India avait suspendu l’exportation du vaccin AstraZeneca. L’Inde, frappée par une vague épidémique dévastatrice, voulait alors se concentrer sur sa demande nationale. Or, le continent africain, via le dispositif Covax, avait fait de ce laboratoire l’un de ses principaux fournisseurs.

Un « progrès majeur pour surmonter l’inégalité vaccinale »

Ce genre de déconvenue devrait être évitée avec une production réservée aux Africains. En revanche, le continent devra encore compter sur l’extérieur. C'est un accord de « fill and finish »  qui lie les entreprises, rapporte notre correspondant à Johannesburg, Romain Chanson. Les ingrédients seront importés d’Europe et assemblés en Afrique du Sud. Les deux laboratoires gardent ainsi la main sur l'élaboration de l'ARN messager, qui rend leur vaccin particulièrement efficace y compris contre les variants, puisque le sérum sera acheminé depuis leurs usines européennes. Il sera donc mis en flacons et distribué exclusivement au sein des 55 pays membres de l'Union Africaine. Une grande et bonne nouvelle pour le Centre africain de prévention et de contrôle des maladies. D'après Albert Bourla, président de Pfizer, les deux laboratoires ont toujours eu à cœur d'assurer « un accès juste et équitable à leur vaccin, pour tous et partout ».

Le président Ramaphosa a qualifié ce partenariat de « progrès majeur pour surmonter l’inégalité vaccinale ». La première étape du processus sera le transfert -dès à présent- de technologies vers l'Afrique du Sud et l'installation d'équipements adaptés dans les locaux de Biovac. Selon le calendrier annoncé : à la fin de cette année, le site de la ville du Cap doit être capable de distribuer des vaccins Pfizer-BioNTech à destination des différents pays du continent. 

L'étape suivante sera la partie conditionnement, c'est-à-dire la mise en flacon du sérum livré par les deux laboratoires qui doit pouvoir commencer l'année prochaine et à terme, sortir des usines sud-africaines de Biovac les 100 millions de doses annuelles annoncées et destinées uniquement aux pays africains.

Pour le Dr John Nkengasong, directeur du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies de l'Union africaine, ce type de partenariat est un premier pas, mais il faut plus. « Cela nous permet d'acquérir des vaccins, mais il faut que ces partenariats aillent plus loin. Ils ne peuvent pas s'arrêter aux simples achats, je voudrais voir ces partenariats s'étendre à l'échelle de tout un programme de vaccination, de la fabrication jusqu'à l'administration aux patients. Et pour cela, nous avons besoin que tout le monde coopère », plaide-t-il.

Pour Strive Massiwiya, millliardaire zimbabwéen et envoyé spécial de l'Union africaine pour l'acquisition de vaccins, ce qui manque c'est une demande structurée. Une fois ce problème résolu, le transfert de technologie suivra.

« Les fournisseurs indiens comme Serum Institute fournissent 94% des doses commandées pour l'Afrique par l'Alliance pour les vaccins GAVI et l'Unicef. Donc l'enjeu c'est que ces institutions qui achètent des vaccins avec l'argent des donateurs passent commande chez des producteurs africains. Les laboratoires africains sont là, le marché existe, maintenant il faut régler les questions de la demande et des financements. »

Désaccord autour de la levée des brevets

Cet accord est loin des ambitions du président Cyril Ramaphosa qui bataille devant l'Organisation mondiale du commerce pour obliger les manufacturiers à partager la recette de leurs vaccins. Alors que plusieurs pays émergents et des ONG plaident pour la suspension des brevets afin de permettre une production massive de vaccins, les grands laboratoires rechignent à transmettre leur savoir-faire. « Affaiblir la propriété intellectuelle ne fera que décourager l'innovation », répète Albert Bourla, le PDG de Pfizer. Washington et Paris y sont favorables, contrairement à l'Allemagne, qui préfère, comme BioNTech, des accords de production.

► À écouter aussi : Débat du jour — Faut-il lever les brevets sur les vaccins ?

Lever un brevet, outre le fait que ce soit une pratique très réglementée, implique aussi d'avoir des capacités de production conformes aux exigences sanitaires et réglementaires, et c'est justement ces infrastructures qui manquent dans les pays les plus pauvres. Pour l'instant, l'Afrique dépend principalement du mécanisme international Covax et de dons, qui arrivent au compte-gouttes.

Le programme d'aide, qui devait garantir aux pays défavorisés un accès équitable aux vaccins anti-Covid, a distribué jusqu'à présent plus de 135 millions de doses dans 136 pays. Mais aujourd'hui, les inégalités géographiques restent criantes face à la pandémie, avec d'un côté les nations développées qui ont mis en place des programmes de vaccination tous azimuts, et de l'autre les pays les plus pauvres, très en retard : seulement 1,6% des doses administrées dans le monde l'ont été en Afrique, qui représente pourtant 17% de la population mondiale.

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