Tunisie: pendant la crise politique, la vaccination reste prioritaire

Dans le centre de vaccination du palais des congrès, à Tunis, les vaccination s'enchaînent, comme ce jeudi 29 juillet 2021.
Dans le centre de vaccination du palais des congrès, à Tunis, les vaccination s'enchaînent, comme ce jeudi 29 juillet 2021. © Charlotte Cosset/RFI

La Tunisie est toujours dans l’attente de la nomination d’un nouveau Premier ministre alors que le président Kaïs Saïed a limogé Hichem Mechichi dimanche 25 juillet. Mercredi, le président a fait plusieurs annonces. Parmi elles : la création d’une cellule de crise coordonnée par l’armée pour lutter contre le Covid-19.

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Avec notre envoyée spéciale à Tunis, Charlotte Cosset 

Les images de militaires vaccinant les populations dans les provinces circulent. Et à Tunis, les grands centres de vaccinations poursuivent leur mission malgré la situation politique incertaine. Le centre vaccination du palais des congrès est l’un des plus grands centres de vaccination de Tunis. Il peut accueillir jusqu’à 2 000 personnes par jour. 

Mahrbouba 60 ans, vient du quartier populaire de Dendem. Elle est assise, alignée en file indienne prête pour sa deuxième injection. « Il y a beaucoup, beaucoup de cas. C’est énorme. Dans ma famille, il y a ma cousine qui est décédée à cause du Covid. Dans chaque famille, il y a des décès. Il y a même des familles entières qui nous ont quittés ».

Quand nous lui avons demandé pourquoi elle ne s'est pas faite vacciner plus tôt, elle nous confie : « Avant j’avais vraiment peur et quand l’épidémie s’est propagée alors là j’ai eu encore plus peur de mourir. » 

« Il y a des milliers de morts »

Mohamad est aussi venu pour sa deuxième injection. « On aimerait bien que la vie reprenne en Tunisie. » Il travaille dans le secteur de la santé. Il est déçu par la gestion de la crise sanitaire. « Entre les deux gouvernements, il y a une grande différence. Avec l’ancien Premier ministre Elies Fakhfakh et son gouvernement, on était descendu à zéro cas. En ce qui concerne Hichem Mechichi, ça a été la catastrophe. Il y a des milliers de morts et des milliers de contaminations. »

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Une infirmière circule entre les chaises avec son chariot. Elle vaccine à la chaîne. Un personnel soignant confie la difficulté du travail au quotidien : la difficulté à gérer les angoisses des gens, la crise qui dure et les effectifs qui ne sont pas suffisants. Les derniers bilans officiels font état de près de 19 000 morts du Covid-19 dans le pays.

Pour le Dr. Rafla Tej Dellagi, médecin responsable du centre du palais des Congrès, l’annonce de la création du comité de gestion coordonné par l’armée et sur la situation dans son centre pourrait être une solution, même si cela nécessite « un organe de coordination ».

Surcharge de travail

« C'est un temps de guerre, poursuit-elle. Ce  n'est pas seulement le ministère de la Santé, c'est une guerre, là. Donc, toutes les parties prenantes doivent être présentes et doivent contribuer. »

Selon elle, le succès de la campagne de vaccination est clairement visible. « Depuis deux semaines, nous avons un taux d'attraction du centre - si on calcule ça par rapport au nombre de rendez-vous -, qui est de l'ordre de 80 à 90%. Là où il y a des problèmes, c'est quand il y a des vaccins, comme le vaccin chinois, ou l'AstraZeneca, qui a posé des problèmes en France. Ça marque. Mais surtout, il y a cette situation qui est alarmante et tout le monde veut se faire vacciner. » 

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Par rapport à la disponibilité des vaccins, il n'y a apparemment pas de problème, mais le Dr. Rafla Tej Dellagi s'inquiète de la gestion de la foule. « Il y a une surcharge de travail, et nous n'arrivons pas à gérer. 2 000 personnes, cela veut dire qu'il peut y avoir des cafouillages, des conflits. Il faut que l'équipe soit disponible, présente, qu'ils répondent à ces citoyens qui sont stressés par rapport à ce vaccin, par rapport à la maladie, par rapport à ce qui se passe également à l'extérieur. Je voudrais ici rapporter quelque chose : le lendemain de ce qui s'est passé du point de vue politique en Tunisie, nous avons fait 2 000 doses ici. Cela veut dire, outre le fait que nous sommes dans une situation qui n'est peut-être pas stable, que les institutions travaillent. Nous avons continué la vaccination. »

« Dans toutes les familles, il y a eu la maladie »

Selon elle, le succès de cette campagne est à recherché du côté du nombre de décès. « Dans toutes les familles, il y a eu la maladie, il y a eu quelqu'un qui a eu des complications graves et qui est décédée. Ils sont aussi inquiets par rapport à la disponibilité des vaccins qui sont là. Mais si on veut protéger les Tunisiens, il faudrait augmenter le nombre d'actes qui doivent être fournis en Tunisie. Il faudrait des centres de proximité, plus de gouvernance. Non pas au niveau central, mais au niveau local. »

Ce jeudi à Tunis, un avion militaire a ramené du matériel médical et des vaccins provenant de l'aide internationale (Malte, Autriche et Luxembourg), pour soutenir la Tunisie dans la lutte contre la pandémie.

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