RDC: la mise au point de la Cenco et de l'ECC sur les attaques contre l’Église et la Céni

L’abbé Nsholé, le secrétaire général de la conférence épiscopale, au premier plan (image d'illustration).
L’abbé Nsholé, le secrétaire général de la conférence épiscopale, au premier plan (image d'illustration). © RFI - Sonia Rolley

En RDC, l’Église catholique condamne les attaques dont elle fait l’objet. Il y a depuis avril des profanations de lieux lui appartenant Kasaï-Oriental, mais depuis ce dimanche 1er août, ces attaques prennent une tournure plus politique encore avec des attaques contre l’archevêché à Kinshasa et la résidence du cardinal Ambongo, en pleine polémique sur la désignation du président de la Céni. Lors d'un point de presse, la Cenco catholique et l'ECC protestante en ont profité pour faire une mise au point sur la polémique avec six des autres confessions autour de la désignation du président de la Céni. 

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Avec notre envoyée spéciale à Kinshasa, Sonia Rolley

Six confessions religieuses, sur huit officiellement reconnues, ont déposé le nom de leur candidat, Denis Kadima, sans l’accord des Églises catholique et protestante qui ont la présidence de la plateforme des confessions. « Même si la majorité s’exprime, si ça se fait dans un cadre illégal, ça reste illégal », assure le révérend Eric Nsenga, le numéro 2 de l’ECC. Pour lui, c’est illégal à plusieurs titres. Les six confessions ont voté alors que la séance avait été suspendue, et le PV ne porte pas la signature du président de la plateforme qui est le seul selon la charte à pouvoir l’engager. Et la nouvelle loi sur la Céni n’habilite que les confessions ayant une expertise et une expérience avérée en matière électorale à désigner ses membres ; ce qui n’est pas le cas de la plupart des confessions.

Menaces et pressions

Le révérend Eric Nsenga et l’abbé Nsholé de la Cenco ont ensuite rappelé que les huit confessions ont signé un communiqué faisant part de menaces et de pressions à leur encontre et que le débat entre les confessions religieuses ne porterait sur la réalité de l’existence de ces témoignages mais se limiterait à savoir si c’est suffisant ou non pour écarter la candidature de Denis Kadima. Quant aux affirmations que la Cenco et l’ECC s’opposeraient à cette candidature parce que Denis Kadima serait kasaïen, l’abbé Nshole rétorque : « Je lance un appel à nos frères kasaïens de ne pas se laisser manipuler par un petit groupe qui n’a pas leur intérêt à cœur ».

La mise au point des Églises catholique et protestante

Le secrétaire général de la Cenco dit que les débats entre confessions religieuses ont été enregistrés pour éviter ce type d’accusations déjà proférées dans le passé et que si c’était nécessaire, il pourrait mettre les audios à disposition.

La Cenco a pointé ce lundi que ces attaques étaient intervenues au lendemain de la diffusion d’une vidéo au cours de laquelle le secrétaire général du parti présidentiel, l’UDPS, avait eu des mots très durs envers le cardinal. L’épiscopat a appelé la police et la justice à identifier les assaillants qui avaient agi « à visage découvert ». La Ligue des jeunes de l’UDPS se dit estomaquée par cette déclaration et met en garde tous ceux qui oseraient la citer sans aucune preuve judiciairement valable.

Ces gens ont opéré à visage découvert

Abbé Nsholé, secrétaire général de la conférence épiscopale

Après le cri d’alarme de l’évêque de Mbuji-Mayi hier sur RFI et ces réactions de la Cenco et de l'ECC aujourd'hui, des personnalités politiques, indépendantes et des organisations de la société civile ont également exprimé leur indignation ce lundi, rapporte notre correspondant Pascal Mulegwa.

D’abord au niveau du gouvernement, le Premier ministre Jean-Michel Sama Lukonde a condamné, fortement, dit-il, les actes de profanations, de violence et de vandalisme contre l’Église catholique. « Le vandalisme et la violence n’ont aucune place dans le Congo d’aujourd’hui. »

Pour Moïse Katumbi, resté membre de la coalition présidentielle, « jamais pareils actes sacrilèges ne s'étaient produits avec une telle intensité en RDC ». Sur son compte Twitter, l’ancien gouverneur du Katanga appelle à mettre fin à l’intolérance.

Pour sa part, Jean-Pierre Bemba, ancien vice-président de RDC, juge ces actes « inadmissibles ». De « tels comportements doivent être impérativement sanctionnés », a-t-il déclaré. Vital Kamerhe, l’ancien chef du cabinet présidentiel a utilisé le même canal pour condamner les violences. Il estime que ces actes accompagnés de discours incendiaires « risquent de replonger le pays dans le chaos des années 60 ». Il appelé à un sursaut patriotique pour la cohésion.

Condamnation aussi de l'opposant Martin Fayulu pour qui ces actes inacceptables sont l’œuvre « d’une catégorie de personnes en perdition qui doivent très vite se ressaisir ».

La police affirmait ne pas être informée de ces violences. L’évêque de Mbuji-Mayi a été convié, lundi, par les autorités provinciales à la réunion du conseil de sécurité pour évoquer la situation.

Même si les profanations se sont intensifiées en juillet, Mgr Emmanuel-Bernard Kasanda, estime qu’elles ne sont pas liées à la brouille actuelle entre les confessions religieuses pour le choix du président de la commission électorale.

À lire aussi : Désignation de la Céni en RDC: des dissensions au sein de l'Union sacrée

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