Côte d’Ivoire: l’affaire de la NCI relance le débat sur la culture du viol

L’affaire de la chaîne privée NCI a ravivé le débat sur la culture du viol en Côte d’Ivoire. (Image d'illustration)
L’affaire de la chaîne privée NCI a ravivé le débat sur la culture du viol en Côte d’Ivoire. (Image d'illustration) © Wikimedia Commons CC BY-SA 4.0 Georges Hermann Njiale Njiale

Une émission de télévision diffusée en direct il y a trois jours a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux. L’animateur de la chaîne privée NCI avait invité un ancien détenu, condamné pour viol, à faire une démonstration d’une agression sexuelle sur un mannequin en plastique, accompagnée par les rires et les applaudissements de l’animateur et du public. Mercredi 1er septembre, Yves de Mbella a été condamné à une peine de prison avec sursis de 12 mois et une amende de 3 000 euros. Une victoire pour les associations ivoiriennes de lutte pour les droits des femmes qui se battent intensivement ces dernières années contre la culture du viol.

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Avec notre correspondant à Abidjan, François Hume-Ferkatadji

L’affaire de la NCI a ravivé le débat sur la culture du viol en Côte d’Ivoire. Meganne Boho, présidente de la Ligue ivoirienne des droits de la femme, se bat depuis trois ans au sein de cette organisation contre la banalisation de ce crime sexuel : « Quand on parle de culture du viol, on pense que ce sont les personnes qui sont dans les villages, qui ne sont pas éduquées… La culture du viol n’a rien à voir avec le niveau d’études. Lorsque qu’une émission a été pensée, réfléchie, aller chercher un ex-violeur, l’amener sur la place publique, ça montre déjà une légèreté de la télévision, parce qu’on se dit que ça va choquer des personnes. Mais non, c’est dépassé. »

La nouvelle génération de féministes engagées dans le débat public en Côte d’Ivoire est rapidement montée au créneau après l’émission de la NCI, jugée outrageante. C’est également il y a trois ans que Bénédicte Joan a créé une organisation de lutte pour les droits des femmes, Stop au Chat Noir, du nom de cette expression utilisée en Côte d’Ivoire pour définir le viol. « C’est très utilisé dans nos conversations, confie-t-elle. C’est très facile de dire : "J’ai été Chat Noir". Donc, on dit : "J’ai violé quelqu’un". Ça fait partie, en fait, de la culture du viol, ça devient normal de dire : "J’ai été Chat Noir". » 

Grâce à ce travail de fond de ces organisations, Anne-Letissia Konan, militante féministe et étudiante, estime que les lignes sont actuellement en train de bouger dans le pays : « Il y a quelques années, ça n’aurait pas suscité cet engouement-là. Donc, je pense que ça change. Si on dérange, c’est que quelque part, c’est en train de changer. »

► À lire aussi : Côte d’Ivoire: scandale après la diffusion à la télé d’une séquence sur la «démonstration» d'un viol

Les organisations féministes se félicitent de la condamnation de l’animateur, mais demandent désormais une réparation de la chaîne NCI, qui pourrait passer par la programmation d’une émission consacrée aux violences sexuelles. Désirée Denoa, secrétaire générale de la Ligue ivoirienne des droits des femmes, se demande « pourquoi la chaine n’a pas été sanctionnée », alors que les textes prévoient une peine pour les responsables éditoriaux. Elle estime également que la peine signifiée à l’animateur Yves de Mbella aurait du être assorti d’une interdiction de pratiquer la profession.

Le professionnel des médias s’est par ailleurs défendu au cours de son audience, expliquant avoir voulu faire une émission de sensibilisation et de prévention. L’instigatrice de la pétition demandant la suppression de son émission, et qui a déjà récoltée plus de 50 000 signatures, se félicite cependant de la manière dont l’opinion publique s’est saisi du débat, poussant les autorités judiciaires à réagir rapidement.

En réalité, des sanctions contre la chaîne pourrait tomber dans les prochaines semaines. Elles seront prononcées par la Haute Autorité de la Communication audiovisuelle (HACA).

Bénédicte Joan, présidente de l’association Stop au Chat Noir, considère également que la peine contre l’animateur est trop clémente, elle se dit satisfaite en revanche de la sanction prononcée contre l’invité, qui s’est présenté comme un ex-détenu et ancien violeur. Il a été condamné à deux ans de prison ferme et a déjà décidé de faire appel de cette décision.

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