Élections locales et législatives au Maroc: claque électorale pour le Parti justice et développement

Les journalistes suivent l'annonce des résultats électoraux au Maroc, le 9 septembre 2021.
Les journalistes suivent l'annonce des résultats électoraux au Maroc, le 9 septembre 2021. AFP - FADEL SENNA

Claque électorale au Maroc pour le PJD, le Parti justice et développement, majoritaire depuis dix ans au parlement et à la tête du gouvernement sortant n'est même pas dans le trio de tête après les législatives d'hier, mercredi 8 septembre. Les résultats provisoires ont été annoncés dans la nuit

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Avec notre envoyée spéciale au Maroc, Amélie Tulet

Selon des résultats provisoires, le « parti de la Lampe », comme on surnomme le Parti justice et développement, n'obtient que douze des 365 sièges du Parlement marocain, lui qui était pourtant sorti vainqueur des précédentes législatives de 2011 ou 2016. Vote sanction après une décennie aux affaires ou conséquence de la réforme du calcul du quotient électoral qui désavantage structurellement le PJD ? Il faudra une analyse plus fine des résultats, circonscriptions par circonscriptions pour le savoir. Les commentateurs parlent d’un « séisme électoral », « d’un recul d’une ampleur inattendue » pour un PJD qui n’a pas réussi à défendre son bilan.

En attendant, c'est inévitablement une page qui se tourne au Maroc. Puisque du parti majoritaire aux législatives est issu le Premier ministre nommé par le roi. Le vainqueur, selon les chiffres annoncés par le ministère de l'Intérieur, c'est le RNI, le « parti de la Colombe », parti du ministre de l'Agriculture, Aziz Akhannouche, l'une des plus grandes fortunes du Royaume : 97 sièges à la Chambre des représentants.

Ce jeudi, Aziz Akhannouch est arrivé sous les applaudissements au siège national de son parti. Costume bleu, chemise blanche, le ministre de l’Agriculture du gouvernement sortant s’est exprimé en arabe, remerciant ses militants, tous au look jeunes cadres dynamiques. Un discours de vainqueur, sans attaques contre aucun opposant. Puis, quelques instants plus tard, dans le calme de son bureau, à la question est-il prêt à être Premier ministre, Aziz Akhannouch a répondu qu’il faut respecter les étapes. Sa majesté le roi Mohammed VI nommera la personnalité qui sera chargée de former le gouvernement. Et cette majorité sera issue du parti majoritaire.

Avec qui gouvernera-t-il ensuite ? Aziz Akhannouch évoque l’idée d’un gouvernement resserré autour des partis arrivés en tête à ces législatives. Le peuple « a fait un choix, il veut le changement. À partir de là, en voyant le mode de scrutin, on pensait qu'il y aurait une dispersion dans les résultats, mais on voit qu'ils sont ramassés et qu'il y a deux ou trois partis capables... Donc dans ce gisement de ces partis qui sont dans les premières lignes, il va y avoir des discussions et on va essayer de trouver des accords. »

Aucun parti ne remporte la majorité absolue

Juste derrière, on trouve le PAM, le « parti du Tracteur », avec 82 sièges. Enfin, à la troisième marche du podium se trouve l'Istiqlal, avec 78 sièges. Ensuite, on compte quatre partis, dont l'Union socialiste des forces populaires, avant d'arriver au PJD et ses 12 sièges. Il n'y a pas de sondage d'opinion au Maroc, donc pas de données chiffrées pour faire des pronostics avant un scrutin. Les observateurs de la vie politique marocaine s'attendaient à une perte de terrain du PJD, entre usure du pouvoir, désenchantement des électeurs et réforme désavantageuse du quotient électoral, mais pas à une telle dégringolade.

Aucun parti ne remporte à lui seul la majorité absolue au Parlement marocain. Il faudra donc des alliances et une coalition gouvernementale. Un nouveau chapitre va s'ouvrir. Les chiffres définitifs des élections seront annoncés dans la journée.

Un dernier chiffre attendu, celui de la participation. Elle est à un peu plus de 50% au niveau national avec un pic de presque 67% dans la région de Laayoune.

Le pouvoir use et ils ont choisi des gens amorphes.

Paroles de Marocains après les résultats des élections législatives

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• Le RNI, un parti engagé sur les réseaux sociaux

Cette victoire, c’est le résultat d'une campagne intense commencée très tôt dans les communes et sur les réseaux sociaux.

Cette stratégie s’est révélée payante. Elle s’est révélée payante pourquoi? Parce qu’il ne faut pas oublier que dans les grandes villes marocaines, le taux de participation aux élections reste particulièrement faible. Et le RNI a ciblé dans sa campagne des électeurs plus jeunes, des femmes. Et il a pu ainsi défendre à la fois son bilan au gouvernement et notamment, la bonne gestion de la crise Covid par ses ministres dans un contexte de très forte abstention.

David Goeury, géographe

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