RDC: les énormes défis des états généraux de l’Enseignement supérieur

L'université de Kinshasa, en République démocratique du Congo.
L'université de Kinshasa, en République démocratique du Congo. (CC)/Humprey J. L. Boyelo/Wikipédia

L’ouverture des états généraux de l’enseignement supérieur et universitaire a eu lieu ce vendredi 10 septembre à Lubumbashi. Les recteurs des universités publiques et privées, venus de tout le pays, ainsi que les responsables des institutions supérieures  vont procéder à un audit du système actuel de l’enseignement supérieur, relever les maux qui le rongent et proposer de nouvelles réformes.

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Avec notre correspondante à Lubumbashi, Denise Maheho

Les défis à relever dans le secteur de l’enseignement supérieur et universitaire congolais sont énormes.

Il y a plus de 50 ans, l’université de la RDC occupait la 3e place en Afrique. Aujourd’hui, elle ne figure même pas parmi les 200 meilleures universités du continent. La dégradation du système de l’enseignement rongé par la corruption et la mauvaise gestion figurent parmi les causes.

« Ces anti-valeurs se manifestent, entre autres, par la prolifération des universités et des écoles d’études supérieures non viables avec souvent un personnel enseignant et administratif sous-qualifié, a déclaré Muhido Nzambi, ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire. Ces institutions peuvent être appelées des cantines à diplômes à tout prix. »

Selon le ministre, il faut remettre de l’ordre. Un autre défi à relever, c’est celui de la formation académique qui doit être compétitive. La RDC forme plus de demandeurs d’emploi que d’entrepreneurs. D’où la nécessité de généraliser le système LMD (Licence- Master-Doctorat), très avantageux, comme l’indique, de son côté, le Professeur Alexie Takizala : « Le système LMD doit permettre que l’étudiant soit employable aussitôt qu’il est sorti de sa formation. » Et pour y arriver, il faudra améliorer la gestion financière des universités.

Baisse du niveau

Les participants à ces assises déplorent la politisation du système de l’enseignement supérieur, la commercialisation de l’éducation, le mauvais recrutement des étudiants et les mauvaises conditions de travail des enseignants. Pour certains enseignants, le pays organise une université des masses, qui accueille tous les jeunes sans une bonne orientation. Professeur Budi Mabyala estime que ce système a échoué. « Tout le monde va à l’université alors qu’il y a des gens qui peuvent faire de bonnes écoles professionnelles et être très utiles dans la vie. »

Un avis que partage Sylvain Katombe, délégué des étudiants congolais. Il déplore la multiplicité des filières qui ne répondent pas aux besoins locaux. Conséquence, des milliers d’universitaires sont voués au chômage. « Quand vous êtes par exemple dans la province du Kasai oriental, territoire de Luilu ou on forme un étudiant en relations internationales. Un étudiant qui n’a jamais vu une ambassade est formé là-bas, il espère devenir un jour ambassadeur, ce qui n’est pas le cas. »

Pour sa part , le professeur Joseph Lukadi de l’Université pédagogique nationale affirme que les mauvaises conditions salariales du personnel sont l’une des causes de la baisse du niveau. « La personne qui devrait se consacrer à l’enseignement seulement devient cumulard. Il est en politique, il est commerçant et en même temps enseignant parce que l’enseignement seul ne lui permet de survivre. »

Conscients de la catastrophe qui menace l’université Congolaise, les enseignants s’engagent à relever le niveau et recommandent à l’Etat Congolais d’allouer au secteur un budget conséquent. Ils attendent notamment de ces travaux un engagement du gouvernement sur l’amélioration des conditions salariales. Chaque année, en effet, ils sont en grève pour exiger une meilleure reconnaissance. 

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