Érythrée: il y a vingt ans, le pays sombrait dans le totalitarisme

Vue aérienne d'Asmara, la capitale de l'Érythrée
Vue aérienne d'Asmara, la capitale de l'Érythrée REUTERS/Thomas Mukoya

Ce samedi 18 septembre, cela fait vingt ans jour pour jour qu'une vague d'arrestations se déroulait en Érythrée et plongeait le pays dans le totalitarisme. Profitant du fait que l'attention du monde entier était alors tournée vers les États-Unis et les attentats terroristes du 11-Septembre, le président Issayas Afeworki, en difficulté après l'échec de la guerre meurtrière livrée contre l'Éthiopie, faisait jeter en prison ses compagnons de combat pour l'indépendance.

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Ceux qui avaient connu dans le maquis la guérilla indépendantiste d'Érythrée n'ont pas eu de mal à identifier les hommes arrêtés ce matin du 18 septembre 2001. C'était la plupart de leurs chefs : le charismatique Petros Solomon, l'homme qui avait libéré Asmara, le populaire Mahmoud Sherifo qui avait été le président intérimaire après la libération, le chef de l'armée, le général Ogbe Abraha, même Haile Woldetensae, dit « Durue », l'ami d'enfance du président ainsi que six autres personnalités de premier plan, membres du comité central du parti au pouvoir, avec 20 ou 30 ans d'expérience de combattant clandestin.

Arrestations de journalistes

Une semaine plus tard, les plus importants journalistes d'Asmara étaient arrêtés eux aussi. Tous coupables de n'en plus pouvoir de la dérive dictatoriale de leur vieux compagnon de route, l'ombrageux Issayas Afeworki, devenu le premier président du pays indépendant, et le conduisant, selon eux, à la catastrophe.

Et parmi eux, on trouvait un citoyen suédois, Dawit Isaak. Après avoir vécu en exil en Europe, cet écrivain à succès, devenu un journaliste célèbre, était retourné dans son pays natal pour participer à la reconstruction du pays. Il écrivait dans Setit, le journal le plus lu du pays. Il reste à l'isolement complet jusqu'en 2005 où seul parmi les autres, sans doute en raison de sa double nationalité, il a été soudain libéré. Il s'est présenté chez sa sœur et a téléphoné à ses enfants restés en Suède. « Il pensait retourner en Suède quelques mois plus tard » raconte le suédois Bjorn Tunback de Reporters sans frontières, un proche de la famille. Après deux jours de liberté Dawit a été arrêté de nouveau et on ignore pourquoi. En 2020, il aurait été vu vivant en prison par un autre prisonnier qui depuis a fui le pays. 

Tout comme pour Dawit Isaak, on ignore tout du sort des autres prisonniers. Parfois un ancien maton enfui à l'étranger donne des nouvelles incertaines. On apprend ainsi lequel d'entre eux serait mort et lequel serait encore vivant, si l'on peut dire. Leur famille ne savent rien, d'autant que la plupart ont fui l'Érythrée à la première occasion. Les autorités érythréennes quant à elle demandent qu'on ne se mêle pas de leurs affaires intérieures.

Samson Yemane (Érythréen exilé) sur le 18 septembre 2001: «Depuis cette date-là, c'est vraiment un autre pays»

►À écouter aussi : Érythrée: « le moyen du totalitarisme c'est la terreur »

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