Cameroun: la nouvelle stratégie des séparatistes

Buea, au Cameroun anglophone, le 27 avril 2018 (image d'illustration).
Buea, au Cameroun anglophone, le 27 avril 2018 (image d'illustration). © ALEXIS HUGUET / AFP/Archives

Le Premier ministre camerounais Joseph Dion Ngute est en visite depuis mardi 21 septembre et jusqu’à vendredi dans la région du sud-ouest, l’une des deux régions anglophones du pays en proie aux violences depuis quatre années. Le but de ce déplacement est le « suivi des résolutions du grand dialogue national » qu’il avait organisé début octobre 2019, sans les groupes séparatistes. Après une phase d’apparente stabilisation, de récentes attaques meurtrières contre des militaires dans la région voisine du nord-ouest ont contraint le gouvernement à avouer un « changement de paradigme », c'est-à-dire de situation.

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Si les mois suivants le « grand dialogue national » pouvaient donner l’impression d’une accalmie, les groupes rebelles étaient en réalité en train de se réorganiser, selon plusieurs analystes.

Plutôt que de frapper les centres urbains à la recherche du chaos, par exemple en visant les écoles, les miliciens ont gagné les maquis, d’où ils ciblent en priorité l’armée depuis le début de l’année.

C’est ce qui s’est passé la semaine dernière lorsqu’un groupe actif à l’est de Bamenda a pour la première fois utilisé des engins explosifs improvisés et des lance-roquettes pour immobiliser des véhicules blindés, et infliger de lourdes pertes aux militaires.

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Un possible lien avec l’IPOB

Ces attaques ont amené le ministère de la Défense à reconnaître un « changement de paradigme » né selon lui d’une « jonction avec d’autres entités terroristes opérant hors des frontières » du Cameroun, sans vouloir les citer.

Si le trafic d’armes interfrontalier dure depuis le début du conflit, les experts s’interrogent sur un possible lien avec l’IPOB, le groupe séparatiste biafrais de Nmandi Kanu, emprisonné au Nigeria. De quoi amener les deux gouvernements à discuter du sujet en août dernier à Abuja.

Cette tactique de harcèlement a pour but d’épuiser l’armée camerounaise et de contraindre les autorités à engager de véritables négociations. Un analyste affirme que l’état-major est « exaspéré » par la situation, et souhaiterait un déblocage politique du conflit.

Au fur et à mesure que l'armée a monté en puissance, ces groupes ont augmenté leur matériel, certains sont sur le terrain depuis déjà cinq années. Ils ont aussi changé de tactique.

Arrey Elvis Ntui, analyste principal sur le Cameroun pour International Crisis Group

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