À Madagascar, les avortements clandestins sont la deuxième cause de décès maternels

Femmes et enfants malgaches.
Femmes et enfants malgaches. Getty images/Atlantide Phototravel

À Madagascar, les résultats de la plus grande enquête sur les pratiques de l'avortement viennent d'être publiés. Elle a été effectuée dans les 6 chefs-lieux de province de la Grande Île par le mouvement Nifin'Akanga, organisation de la société civile qui lutte en faveur de la dépénalisation de l'avortement. Même si la loi l'interdit, les avortements clandestins sont nombreux à Madagascar et ils représentent la deuxième cause de décès maternels, selon une estimation du ministère de la Santé. Pour le mouvement Nifin'Akanga, les résultats de cette enquête prouvent qu'il est temps que la loi change.

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avec notre correspondante à Antananarivo, Laetitia Bezain

Un avortement sécurisé pour toutes : c'est la demande du mouvement Nifin'Akanga. Avec cette enquête dont les résultats cassent les stéréotypes sur les femmes qui avortent dans le pays, il attend un sursaut de la part des législateurs. « Le discours habituel sur l'avortement stigmatise les plus jeunes, qui seraient des filles frivoles, nous explique Kemba Ranavela, co-fondatrice du mouvement, et donc dépénaliser serait ouvrir la porte à toutes les débauches et donc on casse tous ces préjugés par les résultats qu'on a obtenu.

Il n'y a pas plus de jeunes femmes que de femmes plus âgées. Toutes les femmes avortent sans distinction de classe sociale ou d'âge. Des grossesses non désirées il y en a dans tous les couples parce que cette enquête a montré que le profil type de la femme qui avorte c'est une femme qui vit dans un couple stable, qui a déjà des enfants, qui a fait des études. Elle prouve que beaucoup de femmes avortent et donc la loi n'a aucun sens. Elle est bafouée. Donc le droit est faible. Cette loi ne sert à rien, il est temps de la changer. »

Une loi très restrictive

A Madagascar, la loi sur l'avortement est l'une des plus restrictive au monde. L'avortement est un crime, puni par le Code pénal, hérité du code napoléonien de 1810. Selon son article 317, quiconque pratiquerait l'avortement encourt jusqu'à dix ans de prison et les femmes qui y ont recours jusqu'à deux ans d'emprisonnement. L’interruption volontaire de grossesse reste punie par la loi, même en cas de viol, inceste ou lorsque la vie de la femme est en danger.

« On a mis au jour les réalités sur les pratiques de l'avortement et on espère qu'en voyant ces données, les législateurs se disent qu'il est temps de changer les choses, à commencer notamment par l'avortement thérapeutique, l'interruption médicale de grossesse qui est aussi clandestine dans notre pays »poursuit Kemba Ranavela.

52 % des avortements se font dans des endroits inappropriés comme le domicile des femmes ou des praticiens et 31% sont pratiqués par des personnes n'ayant reçu aucune formation médicale, révèle l'étude.

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« Les interruptions de grossesse faites à la maison, n'importe comment ou avec des tisanes ou des objets qui ne sont pas stérilisés, évidemment ça peut tuer des femmes. Les législateurs, les personnes qui nous dirigent sont censés protéger, sont censés faire en sorte qu'on puisse exercer nos droits, or il se trouve que les femmes ne peuvent pas exercer leurs droits quand on les oblige à mourir »explique encore la co-fondatrice du mouvement.

La grossesse précoce et la grossesse non désirée font partie des trois premières raisons données par les femmes enquêtées qui ont avorté. Pour Nifin'Akanga, ces résultats soulignent aussi l'échec de la contraception et le manque d'éducation sexuelle dans le pays.

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