Journée mondiale du refus de la misère

Madagascar: au bidonville La Réunion Kely, on vend des ordures pour survivre

La Réunion Kely à Madagascar, l'un des plus grands bidonvilles de la capitale, Antananarivo.
La Réunion Kely à Madagascar, l'un des plus grands bidonvilles de la capitale, Antananarivo. © Laetitia Bezain/RFI

À Madagascar, près de 80% (77,4%) de la population vit sous le seuil de pauvreté, c'est-à-dire avec moins de deux dollars par jour, selon les statistiques de la Banque mondiale. Dans la capitale, Antananarivo, qui fait face à une pression démographique très forte, les habitations de fortune et les bidonvilles sont de plus en plus nombreux. Entre aigreur et résignation, leurs habitants tentent de survivre au quotidien. 

Publicité

Avec notre correspondante à Antananarivo, Laetitia Bezain

À La Réunion Kely, l'un des plus grands bidonvilles au cœur de la capitale, Sola, 53 ans, est sur le point de sortir. « C'est ça notre quotidien. Le soir, nous allons dans les bennes à ordures pour récupérer tout ce que l'on peut. On vend ensuite ce que vous voyez là : des boîtes de conserve, des bouteilles en plastique, des os de zébus, du charbon... tout ce qu'on trouve. »

Les centaines d’habitants de ce bidonville vivent de la récupération de déchets qu'ils alignent devant leurs habitations faites de bâches et de planches de bois. Avec ce commerce, Sola gagne tout au plus 5000 ariary par jour, soit 1,10 euro.

« Il y a peu d'acheteurs en ce moment et c'est très difficile. Bien manger ici, ça n'existe pas. Avec 1000 ariary, on boit un café le matin et on donne à manger à notre fils. Mon mari et moi, nous ne mangeons que le soir, du riz avec beaucoup d'eau. On garde le reste pour pouvoir envoyer notre fils à l'école. ça fait très longtemps que l'on vit ici. On a été obligé de venir ici parce qu'on ne pouvait plus payer notre loyer. »

Le niveau de vie de Sola et sa famille a basculé lorsque son mari a perdu son travail de chauffeur de camion dans une grande entreprise de bâtiment. Depuis, Benjamin Rakotoarivelo n'a jamais pu retrouver un travail décent :

« À cause de la crise politique de 2002, l'entreprise a licencié ses employés. J'ai des compétences mais mon travail c'est de chercher des ordures pour les revendre. Je ne suis pas en colère mais très triste parce que nous sommes tous des êtres humains. Pourtant, il y en a qui sont en haut et d'autres qui sont en bas. Ceux d'en haut ne considèrent jamais ceux d'en bas. En ce moment, il y a beaucoup de gens qui fouillent les ordures parce que la vie est très difficile. On voudrait avoir un vrai travail pour pouvoir vivre normalement mais il n'y en a pas. On voudrait qu'il y ait plus d'entreprises pour qu'il y ait du travail pour nous. »

Deux milliards d'ariary pour un jardin botanique

Il y a cinq ans, Hilda Hasinjo Ravelonahina, a initié le mouvement Un repas pour 1000 pour venir en aide, notamment, aux familles démunies d'Antananarivo. Elle est maintenant conseillère municipale.

« Il y a de plus en plus de bidonvilles, de mendiants, de personnes qui n'arrivent pas à mettre de côté au cas où ils seraient malades. Il y a des parents qui envoient leurs enfants faire la manche. À côté de cela, l'accès à l'eau potable et à l'électricité est encore problématique pour de nombreux ménages. On ne peut qu'être désolé et bouleversé par cette situation », dit-elle. Poursuivant : « Je ne fais pas partie des classes aisées et je comprends très bien la situation. C'est pour ça que dans ma position actuelle de conseillère municipale, j'essaie de me battre pour plus de justice sociale, pour que la commune accorde plus de budget pour réduire cette misère et qu'elle se ressente un peu dans les foyers Tananariviens. L'État donne beaucoup trop d'argent pour investir dans des infrastructures qui ne sont pas prioritaires. Par exemple, à Antananarivo, nous avons utilisé deux milliards d'ariary pour la création d'un jardin botanique en centre ville alors que cette somme-là est l'équivalent du budget de fonctionnement de toute une région. »

Avec la crise engendrée par la pandémie de coronavirus, 1,4 million de Malgaches sont tombés dans l'extrême pauvreté en 2020, selon la Banque mondiale. La Grande Ile est l'un des pays les plus pauvres de la planète.

► Lire aussi : Madagascar: «On assiste à une détérioration progressive de la situation alimentaire depuis des mois»

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail