Madagascar: la corruption dans le secteur de l'électricité au cœur d'une enquête

Vue de nuit de la capitale malgache, Antananarivo.
Vue de nuit de la capitale malgache, Antananarivo. © Wikimedia Commons CC BY-SA 3.0 Souvaroff

« Lumière obscure », c'est le titre de cette investigation menée dans différentes régions de Madagascar par Transparency International. Elle met en évidence le favoritisme et la mauvaise gouvernance qui gangrènent Jirama, la société publique de distribution d'électricité et d'eau.

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Avec notre correspondante à Antananarivo,  Laetitia Bezain

Des contrats qui lèsent la Jirama, la société publique de distribution d'électricité, pour favoriser certaines entreprises privées qui lui fournissent l'énergie. Ces contrats lui valent une dette de 155 millions d'euros (707 milliards d'ariary).

« Dans l'investigation, le ministre [de l'Énergie ndlr], lui-même, a reconnu que la Jirama paie des sommes faramineuses à ces sociétés et ils savent que s'ils ont conclu un contrat pour telle puissance, seulement la moitié de cette puissance est livrée, explique Ketakandriana Rafitoson, la directrice de Transparency International à Madagascar. Mais la Jirama doit quand même payer la totalité. La multiplication de ces contrats léonins fait partie des sources des problèmes récurrents de la Jirama. »

D'après Transparency International, c'est le cas notamment d'un contrat passé avec la société Enelec du groupe Filatex pour l'approvisionnement en électricité de la ville portuaire de Tamatave. Si Enelec doit fournir 32 mégawatts par jour à la Jirama et les lui fait payer, elle n'en produit en réalité que 19 MW, indique l'enquête. 

« Il s'agit d'un visage de la corruption puisque ces contrats-là n'auraient pu se conclure sans l'aval des pouvoirs successifs​​​, souligne Ketakandriana Rafitoson. La Jirama étant une société d'État, il est clair que le ministère de l'Énergie avait toujours un droit de regard sur ces contrats. Donc l'impression que ça donne, c'est que ces contrats sont conclus pour protéger, pour servir peut-être, les intérêts d'une minorité : ce sont ces entreprises productrices d'énergie électrique. Ces entreprises qui, à leur tour, soutiennent financièrement les campagnes électorales des candidats aux présidentielles. Donc c'est ça le schéma de renvoi d'ascenseur dans le secteur de l'électricité. »

« Jirama et Enelec ont convenu de faire des travaux majeurs de révision des moteurs qui entraînent la fluctuation de la puissance disponible [...]. Cet exercice de révision est largement impacté par les retards de paiement de la Jirama », a répondu l'entreprise Enelec à Transparency International

Commissions, vols, trafics et primes faramineuses

La majorité des activités de la Jirama sont exercées par des entreprises privées. Une trentaine lui vendent de l'énergie.

« On a l'impression que l'on veut vraiment maintenir la Jirama dans cette position et qu'il faille à tout prix que ses centrales et ses installations ne fonctionnent pas pour que les producteurs indépendants puissent se proposer pour la dépanner, poursuit Ketakandriana Rafitoson. Il y a aussi toutes ces commissions qui sont prélevées sur les paiements des factures. Il y a aussi les vols de carburants, les trafics de matériels, le paiement de primes faramineuses aux dirigeants de la Jirama. Primes dont on ignore la source exacte, ni pourquoi elles sont payées. »

Transparency International plaide pour un assainissement rapide du secteur pour permettre à la société publique de se relever. À Madagascar, seuls 17% de la population a accès à l'électricité. L'État ambitionne d'atteindre 50% d'ici à 2023.

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