Le Soudan, coupé du monde, a vécu sa journée la plus meurtrière depuis le putsch

Des opposants soudanais au coup d'État dans les rues de Khartoum Nord, le 13 novembre 2021.
Des opposants soudanais au coup d'État dans les rues de Khartoum Nord, le 13 novembre 2021. © AFP

Mercredi 17 novembre, au moins 15 manifestants ont été tués par balle lors de manifestations à Khartoum contre le coup d'État militaire du général al-Burhan. De source médicale pro-démocratie, on déplore aussi des « dizaines de blessés », dont plusieurs « grièvement ». Les forces de sécurité assurent néanmoins ne pas tirer à balle réelle.

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Avec notre envoyée spéciale à Khartoum, Florence Morice

Le dernier bilan fait d'ores et déjà de ce mercredi la journée la plus meurtrière depuis le coup d'État du 25 octobre. Un bilan encore provisoire. À l'hôpital Royal Care, dans la soirée, on recensait au moins 15 morts dont une grande partie par balle. Le Royal Care s'apprêtait à accueillir des patients en provenance du quartier Bourri, dont l'hôpital était débordé par l'afflux de blessés.

À l'extérieur, un manifestant, le t-shirt encore maculé de sang, racontait avoir conduit à l'hôpital, à moto, un jeune de 23 ans blessé à la jambe par un tir à balle réelle alors qu'il manifestait au milieu d'une foule pacifique d'hommes et de femmes de tous les âges.

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« Meurtres prémédités »

Le bras de fer sanglant entre civils et militaires se poursuit. L'Association des professionnels soudanais accuse les forces de l'ordre de « meurtres prémédités ». Selon un syndicat de médecins de nombreuses victimes ont été fauchées par des balles qui visaient « la tête, le torse ou le cou ». Le même syndicat accuse les hommes du général Burhan d’avoir pourchassé les manifestants jusque dans les hôpitaux et tiré des gaz lacrymogènes sur les blessés et les ambulances

Cette fois encore, police, armée, forces de soutien rapide et services de renseignement étaient déployés en nombre. Avec un objectif : empêcher coûte que coûte les manifestants de se rassembler et de rejoindre les principales artères de la ville.

Malgré cela, et malgré aussi la coupure totale du réseau de téléphone désormais dans plusieurs quartiers, des rassemblements ont eu lieu. Des motos circulaient d'un cortège à l'autre pour diffuser des mots d'ordre aux manifestants qui, en dépit des nombreuses entraves sur leur route, sont restés toute la journée déterminés pour faire entendre leur voix.

« Ce pays mérite le meilleur. Je n'ai pas peur de manifester. Quelqu'un doit le faire. Tellement de gens se sont sacrifiés pour cette révolution. Tout le monde a son rôle à jouer. (...) Le conseil militaire veut revenir à l'ancien régime. Nous n'allons pas laisser faire. À moins qu'ils nous tuent tous, nous n'allons pas permettre ça. »

Soudan: «Tellement de gens se sont sacrifiés pour cette révolution. Tout le monde a son rôle à jouer»

Mercredi soir, des centaines de manifestants continuaient de tenir leurs barricades, notamment dans la banlieue nord de la capitale. Car si cette répression brutale a sans doute entamé la mobilisation, elle a aussi conforté les manifestants dans leur refus de céder au moindre compromis avec les forces armées. Depuis le 25 octobre, les manifestations n'ont pratiquement jamais cessé.

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