RDC: le président Tshisekedi révoque Albert Yuma de la présidence du conseil d’administration de la Gécamines

En RDC, Albert Yuma (photo) et tout le conseil d'administration de la Gécamines ont été écartés par le président Tshisekedi.
En RDC, Albert Yuma (photo) et tout le conseil d'administration de la Gécamines ont été écartés par le président Tshisekedi. AFP - JACQUES DEMARTHON

Le président Felix Tshisekedi a remplacé Albert Yuma, président du conseil d’administration de la Gécamines, la compagnie minière d’Etat. Depuis le 19 novembre, l’enquête Congo Hold-up avait régulièrement évoqué son nom. A coups de dizaines de millions de dollars, la compagnie minière d’Etat avait alimenté les comptes du premier cercle de Joseph Kabila, via la BGFI Bank. Il faisait aussi l’objet d’une enquête de l’Inspection générale des finances.

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Le président Tshisekedi a remplacé tout le conseil d’administration de la Gécamines dont son président Albert Yuma, son directeur général et directeur général adjoint. Beaucoup de malversations ont été dénoncés dans le cadre de l’enquête Congo Hold-up.

A titre personnel, le désormais ancien patron de la Gécamines est impliqué dans le dossier Egal,une société dont il est actionnaire et qui a détourné 43 millions de dollars d’argent public au profit du premier cercle de Joseph Kabila.

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Sous son contrôle, la Gécamines fait de nombreux virements qu’elle présente comme des avances fiscales, c’est-à-dire une avance sur impôts à venir. 

L’IGF parle elle d’un demi-milliard ainsi détournés. Car au lieu de verser l’argent sur le compte du Trésor, elle va par exemple le verser à Sud Oil qui appartient à des membres de famille de Joseph Kabila. Par exemple le 13 juin 2016, ce sont 2 millions qui disparaissent sous l’intitulé « solde avance de fiscalité ».

 Le 2 août 2017, la Gécamines vire, cette fois, 15 millions de dollars à Sud Oil sous le libellé « paiement alimentation de notre compte ».  Mais il n’en reste pas moins qu’Albert Yuma est le patron de la Fédération des entreprises du Congo, il a été réélu en novembre dernier à l’issue d’une élection contestée.

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A noter que vendredi, lors d'un débat, un représentant de l'inspection générale des finances a qualifié les preuves de Congo Hold-up de fausses dans le dossier Egal. L'IGF assure qu'Egal dont Albert Yuma est l'un des actionnaires n'a pas détourné les 43 millions de dollars qui était sous un compte à son nom. Pour l'IGF, seule la BGFI Bank, la banque contrôlée par le frère de l'ancien président, aurait détourné cet argent et promis de le rembourser depuis mai ; a priori rien n’a été fait. Contactée par l'enquête Congo Hold-up, la BGFI n'a pas réagi.

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Du côté des réactions, c’est quasiment le silence dans les rangs du PPRD de l’ancien président, rapporte notre correspondant à Kinshasa, Patient Ligodi. On est bien loin de l’époque où la famille politique de Joseph Kabila faisait bloc pour défendre Albert Yuma. « On lui cherche une faute. Si on apprend que quelque chose de mal lui est arrivé, je vais donner un mot d'ordre, nous allons nous soulever et nous allons mettre tout le monde debout et paralyser ce pays », disait Emmanuel Ramazani dans une réunion publique. 

Du côté la société civile, on estime qu’il était plus que temps de revoir la gouvernance de la Gécamines. « On se souvient de tous les contrats conclus avec l’homme d’affaire Dan Gertler, rappelle Jean-Claude Mputu, porte-parole de la campagne Le Congo n’est pas à vendre. On se souvient de la cession des royalties pour lesquels nous demandons des saisis par le gouvernement. On se souvient des millions de la Gécamines soi-disant payés comme avances fiscales et retirés plus tard ». 

George Kapiamba, président de l’Association congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ), ne souhaite pas, dit-il, personnaliser le débat et plaide à présent pour la révision de certains contrats signés sous la présidence d'Albert Yuma. « Nous savons par exemple qu’avec les Chinois, beaucoup de ces entreprises ont obtenu des carrés miniers ayant appartenu à la Gécamines. Et ces dernières n’ont pas respecté leurs engagements. Nous n’avons jamais cessé de demander une résiliation ».

Aujourd’hui, les regards sont tournés vers l’enquête lancée par l’Inspection générale des finances sur la gestion de la Gécamines.

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