Soudan: l’Union européenne hausse le ton face aux militaires

Des milliers de personnes ont manifesté, le 9 janvier à Khartoum, contre la prise du pouvoir par les militaires en octobre dernier.
Des milliers de personnes ont manifesté, le 9 janvier à Khartoum, contre la prise du pouvoir par les militaires en octobre dernier. - AFP

Dans un communiqué diffusé ce mardi 18 janvier 2022, le haut représentant pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell s'en est pris aux militaires au pouvoir, les accusant d'utiliser une force excessive contre les manifestants. Ce lundi, la 14e journée de rassemblement depuis la prise de pouvoir des militaires le 25 octobre 2020, a été l'une des plus sanglantes avec le décès de sept manifestants à Khartoum.

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Sept morts et des dizaines de blessés, c’est le bilan encore provisoire de la journée de ce lundi. Quand des milliers de manifestants ont bravé l’important déploiement sécuritaire dans la capitale pour descendre dans la rue et exiger un retour à un gouvernement civil, le rassemblement a rapidement tourné à l’affrontement. Les forces de sécurité ont lancé des grenades lacrymogènes directement sur les manifestants et ont tiré à balles réelles.

Nombreux blessés

Lundi soir, les organisateurs du rassemblement faisaient état de nombreux blessés dans les hôpitaux et ont appelé à des dons de sang. Ils évoquaient également de nombreuses arrestations parmi les manifestants. Depuis, les Forces de la liberté et du changement – une des organisations civiles derrière la contestation – ont décrété deux jours de désobéissance civile à partir d’aujourd’hui, demandant aux Soudanais de rester chez eux. 

Pour Khalid Omar Yussuf, un des représentants de cette organisation, qui a appelé à la désobéissance civile, ce nouveau massacre montre le véritable visage du régime en place.

« Depuis le début du coup d’État en octobre dernier, les militaires ont fait preuve d’une violence excessive envers les manifestants et cela montre d’une part la brutalité de ce régime, mais également leur faiblesse et leur isolement, dit-il. Ils n’ont pas de soutien politique au sein de la société. Ils veulent juste diriger, même si c’est par le sang. Nous avons toujours dit que ce régime – qui dit vouloir discuter – n’est pas sincère. Personne ne peut vouloir engager des discussions tout en tuant le peuple dans la rue. Et ces violences de lundi prouve que nous avions raison. Ils ne tuent pas uniquement les gens, mais également le processus politique qui devait amener à une transition pacifique et au rétablissement de l’ordre constitutionnel. »

« Force spéciale antiterroriste »

Lundi, les autorités militaires ont annoncé la création d'une « force spéciale antiterroriste » pour faire face « à des menaces potentielles ». Cette annonce inquiète la communauté internationale qui craint l'escalade. D’où le communiqué de l’UE qui juge l’utilisation de la force disproportionnée et estime que la réaction des autorités militaires montre qu'elles ne sont pas prêtes à négocier et trouver une solution pacifique à la crise. Dans le même temps, la secrétaire d'État américaine adjointe pour l'Afrique, Molly Phee, et le nouvel émissaire américain pour la Corne de l'Afrique, David Satterfield, sont attendus à Khartoum dans les prochaines 48 heures.

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