La colonne «ethnie» d'un questionnaire bureaucratique suscite l'inquiétude au Burundi

Rue de Bujumbura, capitale du Burundi.
Rue de Bujumbura, capitale du Burundi. AFP/Esdras Ndikumana

La polémique monte autour d’un questionnaire envoyé par le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique à de nombreux responsables burundais et étrangers oeuvrant dans le pays.

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Le questionnaire cherche à identifier chaque membre de leur personnel, jusqu'au plus petit, par plusieurs éléments dont son nom, son âge, sa province d’origine ou encore depuis quand il a été engagé. Mais c’est surtout la colonne « ethnie » de ce document qui envoyé en début de semaine et qui a fuité dans la presse qui suscitent interrogations et inquiétude.

Au départ, le tout-puissant ministre burundais de l’Intérieur et de la Sécurité publique avait visé large, de l’administration publique aux sociétés à participation publique, en passant par les ONG étrangères.

Mais il a dû faire marche arrière très rapidement en ce qui concerne ces organisations. Plusieurs d’entre elles refusent depuis trois ans de faire un recensement ethnique de leur personnel, en dénonçant une demande qui viole leurs principes.

 « L’exigence du ministre est tombée à un pire moment alors que Gitega s’attend à une levée des sanctions budgétaires de l’Union européenne d’ici peu », explique une source diplomatique à Bujumbura.

Le général Gervais Ndirakobuca s’est donc fendu il y a deux jours d’une nouvelle circulaire qui exclut cette fois les ONG étrangères de ce décompte, mais pour les autres catégories, la directive est d’aller vite.

Quelques responsables ont déjà commencé à « exiger » de leurs personnels des réponses à ce questionnaire, selon une source syndicale.

L’accord de paix d’Arusha de 2000 avait prévu des quotas de 60% pour la majorité hutu et 40% pour les Tutsi au gouvernement, au Parlement et dans la haute administration, et de 50-50 dans les corps de défense et de sécurité. Plusieurs concernés n’ont pas caché leur « profonde » inquiétude, ils disent de craindre de faire les frais de cette politique.

Un membre du Sénat burundais qui a commandité s’est voulu rassurant. Le Sénat joue son rôle constitutionnel, dit-il, en rappelant que la loi fondamentale a changé en 2018. « L’objectif est de veiller au respect des équilibres prévus par la loi », a-t-il expliqué.

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