Au Sud-Kivu, SOS Secours, l'application qui aide les femmes à donner l'alerte en cas de violences sexuelles

Femmes à l'hôpital Panzi à Bukavu, dans la province du Sud-Kivu en République démocratique du Congo, le 6 octobre 2018.
Femmes à l'hôpital Panzi à Bukavu, dans la province du Sud-Kivu en République démocratique du Congo, le 6 octobre 2018. AFP - ALAIN WANDIMOYI

Lutter contre le viol en utilisant la technologie, c’est désormais possible au Sud-Kivu dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Dans cette province, les violences faites aux femmes sont encore très présentes, commises par des civils mais aussi par les combattants des nombreuses milices et groupes armés qui sévissent dans la zone. 

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De notre correspondante,

Ils sont deux à avoir eu l'idée de développer SOS Secours : un journaliste, Amisi Musada, et un informaticien, Didier Bacigale. C'était il y a quatre ans. La voisine de Didier Bacigale, victime de violences conjugales récurrentes, n'était aidée par personne. Ni la police, ni ses proches ne lui venaient en aide. Didier, étudiant à l’époque a commencé à coder cette application désormais accessible à toutes et à tous.

L’objectif de l'application SOS Secours est de prévenir les cas de violences conjugales, mais aussi les cas de viol ou plus largement les violences basées sur le genre. Le principe est simple : l’utilisatrice (l’application s’adresse essentiellement aux femmes, mais bien sûr, les hommes peuvent aussi s’y inscrire) ouvre son application lorsqu’elle se sent en danger, lorsqu’elle sort de chez elle la nuit par exemple.

►À écouter aussi :  Priorité Santé à l'Hôpital Panzi de Bukavu : soigner le corps des femmes et prise en charge psychosociale des femmes victimes de violences sexuelles 

Secouer son téléphone cinq fois

En cas d’attaque, la personne secoue son téléphone cinq fois. Aussitôt une alerte et une géolocalisation sont envoyées par message à ses proches. L’alerte est aussi envoyée à un réseau d’associations locales partenaires de SOS Secours.

Pour les concepteurs de l’application, il s'agit de rester discret. Dans le Sud-Kivu (la région où est développée Sos secours) mais plus largement dans l’est de la RDC, les victimes de violences vont rarement dénoncer leur agresseur dans les commissariats. D’abord parce que les viols sont parfois commis par d’anciens combattants ou militaires. Dans la province du Nord-Kivu, 43% des auteurs de viols sont des anciens combattants selon une étude de 2020 de l’Institut espagnol d’études stratégiques.

Ensuite, parce que saisir la justice peut-être une expérience traumatisante tant le système judiciaire est défaillant en la matière en RDC. Des victimes pointent du doigt la corruption de certains magistrats ou des arrangements pour éviter à l’agresseur la prison. Donc en contournant la justice et les services de sécurité et en prévenant discrètement les proches et les associations locales, l’application permet aux victimes d’éviter ce parcours du combattant et permet dans le même temps d’être secourue, de dénoncer et d’être prise en charge en cas d’agression.

►À écouter aussi : Viols en RDC: quelle reconnaissance et réparation judiciaire des femmes victimes ?

Le viol, une arme de guerre

Dans cette région, les violences sexuelles sont endémiques depuis les deux guerres qu’a connues le pays entre 1996 et 2003. Le viol était utilisé contre les femmes et les jeunes filles. Et les violences sexuelles aujourd’hui n’ont pas disparu. Rien qu’en 2020, l’ONG Médecins sans frontières (MSF) a accueilli dans ces centres près de 11 000 victimes de violences sexuelles. Un chiffre qui reste en deçà de la réalité selon l’ONG.

►À lire aussi : Le viol comme arme de guerre, le fléau de l'est de la RDC

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