Que signifie la «relégation» diplomatique entre l'Ethiopie et l'Erythrée ?

Le président érythréen Issaias Afewerki et le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed hissent le drapeau érythréen lors d'une cérémonie d'inauguration marquant la réouverture de l'ambassade d'Érythrée à Addis-Abeba, le 16 juillet 2018 (image d'illustration).
Le président érythréen Issaias Afewerki et le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed hissent le drapeau érythréen lors d'une cérémonie d'inauguration marquant la réouverture de l'ambassade d'Érythrée à Addis-Abeba, le 16 juillet 2018 (image d'illustration). MICHAEL TEWELDE / AFP

Existe-t-il des tensions diplomatiques entre l'Ethiopie et son alliée l'Erythrée ? La presse éthiopienne se pose la question, après que l'ambassadeur érythréen à Addis Abeba a été remplacé par un simple « chargé d'affaires » la semaine dernière. Les deux pays devraient pourtant être étroitement liés depuis l'accord de paix de 2018 et la guerre dans le Tigré en novembre 2020, où leurs deux armées combattent de concert.

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L'échange d'ambassadeurs, après vingt ans de rupture, était l'un des acquis de l'accord de paix de 2018. Or officiellement, au nom de l'Erythrée, il n'y a plus à Addis Abeba depuis le 30 mars que ce qu'on appelle un « chargé d'affaires en pied », le jeune diplomate Biniam Berhe, en remplacement de l'ancien ambassadeur Araya Desta, malade et qui a pris sa retraite. Dans le jargon diplomatique, ce titre désigne un diplomate « en poste de manière prolongé, en l'absence de nomination d'un ambassadeur ».

Quant à l'ambassadeur d'Ethiopie en Erythrée, le haut fonctionnaire Fekadu Beyene a été nommée le 17 mars. Mais ses lettres de créances n'ont pas encore été acceptées par le président érythréen Issayas Afewerki.

Cette dégradation protocolaire des relations entre les deux pays interroge donc la presse éthiopienne, qui titre comme le site pro-gouvernemental Borkena sur la « relégation » de la représentation diplomatique entre les deux pays pourtant alliés ou la radio Wazema, qui parle de « rétrogadation ».  Mais du côté du ministère éthiopien des Affaires étrangères, on minimise la situation, expliquant qu'il s'agit d'une pratique courante entre deux nominations.

« Les canaux de communication essentiels, c'est-à-dire militaires, sont toujours actifs », explique de son côté le journaliste érythréen Amanuel Ghirmai, de Radio Erena. « Le président érythréen, continue-t-il, aime jouer avec les nerfs de ses partenaires pour conserver un levier de négociation. »

Alors qu'on évoque des pourparlers de paix avec le leadership tigréen, le blocage est donc, selon lui, une façon pour Asmara de maintenir la pression sur Addis Abeba pour rappeler que l'objectif commun de l'Ethiopie et l'Erythrée devrait rester son élimination.

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