RDC: Joseph Kabila et Moïse Katumbi se serrent la main au cours d'une messe à Lubumbashi

L'opposant Moïse Katumbi à Kigali au Rwanda le 27 avril 2018.
L'opposant Moïse Katumbi à Kigali au Rwanda le 27 avril 2018. Yasuyoshi CHIBA / AFP

Le forum sur l’unité et la réconciliation des Katangais vient de fermer ses portes ce dimanche 22 mai à Lubumbashi. La cérémonie a eu lieu au cours d’une messe dite par Monseigneur Fulgence Muteba, archevêque de Lubumbashi. À cette occasion, des centaines de personnalités ont assisté à une poignée de main entre Joseph Kabila et Moïse Katumbi. Il faut rappeler que ces deux hommes politiques viennent de passer une longue période de forte tension suite à leurs opinions politiques.

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Avec notre correspondante à Lubumbashi, Denise Maheho

À 10 heures, les alentours de la cathédrale Saint Pierre et Paul sont bondés de monde. Personne ne veut rater la cérémonie de réconciliation. Une heure plus tard, c'est le début de la messe.

Dans la cathédrale, Moïse Katumbi, habillé en chemise blanche, est assis à droite de l'autel. À gauche, Joseph Kabila, ancien chef de l’État, occupe seul une place qui lui a été réservée. La messe dure plus de deux heures. Puis vient le moment tant attendu.

L’archevêque de Lubumbashi annonce que les deux leaders Katangais ont décidé de poser un geste de réconciliation. Moise Katumbi s’avance alors vers Joseph Kabila. Tout souriants, les deux hommes se serrent la main sous les applaudissements.

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Autre moment fort, c’est le rite de réconciliation. Les deux hommes politiques se sont lavés les mains dans une bassine d'eau, symbole qui marque un nouveau départ. Cette cérémonie s'est déroulée à la fin de la messe sur le parvis de la cathédrale, en présence de tous les chefs religieux et des curieux.

Enfin, tous ont partagé un repas, où Joseph Kabila s’est adressé aux jeunes les appelant à faire le suivi des recommandations du forum, car dit-il, la cérémonie de ce jour vise plus l’unité du Katanga. Les participants au forum ont aussi recommandé la libération des Katangais arrêtés pour leurs opinions politiques.

Je crois qu’on n’a pas eu tort de donner l’occasion à Moise Katumbi et à Kabila de se réconcilier parce qu’à travers eux se réconcilient d’autres Katangais, d’autres Congolais et les nations qui ont soutenu Kabila ou Moise , retrouvent aussi l’occasion de se réconcilier

Cette poignée de mains suscite beaucoup d’émotions parmi les personnes venues assister à la messe de réconciliation

Mais quel sens donner à ce geste? Faut-il y voir une réconciliation entre ces deux personnalités jusque-là en froid? Ou bien s'agit-il simplement d'un geste pragmatique en vue des échéances électorales de 2023 ?

C’est une accolade entre deux politiciens qui s’étaient séparé un temps et aujourd’hui, ils se réconcilient pour avoir une vue d’ensemble à l’avenir… Nous sommes au seuil des élections de 2023, il y a un calcul pour aller aux élections et les gagner. Et c’est fort probable que les politiciens fassent des calculs pour reconquérir le pouvoir en 2023.

Me Hubert Tshiswaka Masoka, le directeur de l'Institut de recherche en droits humains (IRDH).


• Vers une réconciliation ?

Après sept ans de brouille, les militants des deux hommes se félicitent de cette réconciliation. Il faut dire que leurs relations s’étaient fortement détériorées après la démission de Moïse Katumbi du PPRD de Joseph Kabila en 2015 pour rejoindre l’opposition. Une défection que l’ancien président ne lui avait pas pardonné, allant jusqu’à le comparer à Juda. Depuis les deux hommes ne se parlaient plus.

S’agit-il d’une réconciliation pour ces deux politiques originaires du Katanga ou d’un rapprochement en vue de la prochaine élection présidentielle de décembre 2023 ? D’ailleurs, en cas d’alliance qui soutiendrait qui ? Moïse Katumbi est perçu par certains comme le principal adversaire de l’actuel président Félix Tshisekedi alors que l’éventuelle candidature de Joseph Kabila au scrutin de décembre 2023 fait débat. En effet, la Constitution ne précise pas si un ancien chef d’État peut se représenter des années plus tard.

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