«L'agression est claire»: Denis Mukwege demande à la Belgique d'agir en pleine crise avec le Rwanda

Le roi Philippe de Belgique (2e à gauche) écoute le docteur Denis Mukwege (à droite) qui présente son équipe à l'hôpital Panzi de Bukavu, le 12 juin 2022.
Le roi Philippe de Belgique (2e à gauche) écoute le docteur Denis Mukwege (à droite) qui présente son équipe à l'hôpital Panzi de Bukavu, le 12 juin 2022. AFP - GUERCHOM NDEBO

Le prix Nobel de la paix 2018 Denis Mukwege a appelé dimanche 12 juin la Belgique à intervenir dans la crise entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, que Kinshasa accuse de soutenir la rébellion du M23. La ville de Bukavu était la dernière étape du couple royal belge, dans la province du Sud-Kivu où il a rendu visite aux survivantes des viols et violences sexuelles soignées et accompagnées par l’hôpital et la fondation Panzi du docteur Denis Mukwege.

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Lors de son discours devant le roi Philippe, en présence du premier ministre de la RDC Sama Lukonde, le Docteur Denis Mukwege a fustigé l’impunité des crimes commis depuis des années dans son pays, rapporte notre correspondant à Bukavu, William Basimiké.

Cela avant de pointer du doigt le Rwanda face au récent regain d'attaques du M23 : « C’est bien cette impunité garantie aux auteurs congolais et étrangers qui est une véritable tragédie qui nourrit les violences dans cette région, et des multiples agressions dont est victime notre pays. La toute récente, est celle du groupe M23 dont le soutien du Rwanda est connu de tous depuis des décennies. »

« L'agression du Rwanda à travers le M23, ce n'est pas une nouvelle chose ». À Bukavu, le docteur Denis Mukwege s'est exprimé à l'occasion de la visite du roi des Belges et de son épouse à son hôpital de Panzi et a interpellé le couple royal sur la montée de tensions avec le Rwanda voisin.

« Cette visite royale est un acte de courage exceptionnel (...), nous rendre visite en ce moment, où le Congo est victime d'une énième agression, est un acte humanitaire fort », estime-t-il, alors que des combats violents sont de nouveau signalés dans la province voisine du Nord-Kivu entre les forces gouvernementales et le M23, une ancienne rébellion tutsie vaincue en 2013 et réapparue en fin d'année dernière.

Non loin d'ici, dans le Nord-Kivu, les bruits des bottes du groupe armé M23, soutenu par le Rwanda, réveillent les tourmentes de notre population. Les trois dernières décennies ont été jalonnées de massacres horribles, de déplacements massifs de populations, mais également de viols et de violences de toutes sortes.

Denis Mukwege, médecin gynécologue-obstétricien et fondateur de l'Hôpital Panzi à Bukavu

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« La Belgique a une expertise sur le Congo (...), ce qui lui donne une certaine responsabilité », affirme le Dr Mukwege. Contre « la violence qui se passe actuellement au Congo, la Belgique peut jouer un rôle très important », dit-il avant de rappeler qu'en 2012, quand le M23 avait « attaqué pour la première fois, le président des États-Unis Barack Obama avait appelé (...) le président rwandais pour lui demander d'arrêter ». « Une semaine après, ce mouvement s'était replié au Rwanda, donc cet appel téléphonique nous a donné la paix pendant dix ans », ajoute-t-il.

« L'agression est claire, il faut la nommer, et la Belgique peut le faire », insiste Denis Mukwege en s'adressant au couple royal, en visite de six jours en République démocratique du Congo. « Je pense que la Belgique peut porter un plaidoyer très fort auprès de l'Union européenne et au niveau des Nations unies ».

La Belgique appelle à l'apaisement

La ministre belge à la coopération Meryame Kitir reconnaît le droit de la RDC à défendre son intégrité et sa population. Mais elle appelle à l’apaisement : « Tant la RDC que ses voisins, doivent faire des efforts internes pour assainir la situation sécuritaire. Les messages de haine vis-à-vis de certaines communautés sont à éviter. La mise en place d’une diplomatie dans la région pour rétablir la confiance et mener à un apaisement nous semble urgent. »

Après la visite du roi aux survivantes des violences sexuelles à l’hôpital de Panzi, la ministre belge de la coopération craint que les violences actuelles n'augmentent le nombre de victimes parmi les civils dans la région. Le souverain belge et sa délégation devraient quitter la RDC lundi 13 juin.

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