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Soudan

Soudan: Omar el-Béchir condamné à 2 ans de détention en centre spécialisé

Le président soudanais déchu Omar el-Béchir au tribunal de Khartoum, le 31 août 2019.
Le président soudanais déchu Omar el-Béchir au tribunal de Khartoum, le 31 août 2019. REUTERS/Mohamed Nureldin Abdallah
Texte par : RFI Suivre
4 mn

Au Soudan, l'ancien président Omar el-Béchir a été condamné à deux ans de détention en centre correctionnel pour personnes âgées pour corruption, quelques mois après sa destitution par l'armée sous la pression de la rue.

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Omar el-Béchir, 75 ans, destitué le 11 avril après 30 ans de pouvoir, était jugé par un « tribunal spécial » depuis le mois d'août pour fonds perçus de l'Arabie saoudite. L'ancien président soudanais a finalement été condamné à deux ans de détention ce 14 décembre 2019. Il sera placé dans un centre correctionnel pour personnes âgées, car selon la loi soudanaise, toute personne âgée de plus de 70 ans ne peut être détenu en prison.

À l'extérieur du tribunal, plusieurs dizaines de partisans de l'ex-président on manifesté leur mécontentement en scandant : « Il n'y a de dieu que Dieu ». L'ex-président fera appel de ce verdict « devant la cour d'appel et devant la haute cour », a dit à la presse à la sortie du tribunal un avocat, Ahmed Ibrahim, affirmant toutefois ne « pas avoir confiance dans le système judiciaire soudanais ». Le juge a également prononcé la confiscation des fonds retrouvés au domicile d'Omar el-Béchir après son arrestation.

« C'est un procès politique », a répété à la presse Mohamed al-Hassan, un autre avocat, qui a notamment assuré que l'argent n'avait pas été utilisé à des fins personnelles mais sous forme de dons. Selon un témoin au procès, l'ex-président aurait ainsi donné quelque cinq millions d'euros au groupe paramilitaire des Forces de soutien rapide (RSF). Si l'ancien chef d'État a reconnu avoir perçu un total de 90 millions de dollars de la part de dirigeants saoudiens, le procès ne concerne que 25 millions de dollars reçus, peu avant sa chute, du prince héritier Mohammed ben Salmane.

comment interpréter cette condamnation pour le moins clémente ? « Je crois qu'il ne faut pas voir ça comme une punition, c'est plutôt une façon de mettre à l'écart Omar el-Béchir qui est quelqu'un qui est dépositaire de beaucoup de secrets qui concernent les gens qui sont au pouvoir actuellement du côté des militaires ou bien des forces paramilitaires, qui ont été sous ses ordres et qui sont les véritables coupables. Donc il est mis hors-jeu pour des raisons financières qui sont assez cocasses parce que la somme en jeu est très peu importante compte-tenu des années qu'il a passées au pouvoir. Donc on a cette priorité pour les militaires qui est d'éviter qu'il soit transmis à la CPI et qu'il dévoile tout le fonctionnement de ce système », analyse Marc Lavergne, directeur de recherche au CNRS à l'université de Tours et spécialiste du Soudan.

Extradition ?

Ce premier procès n'a pas évoqué les lourdes accusations portées contre Omar el-Béchir par la Cour pénale internationale (CPI), qui a émis contre lui deux mandats d'arrêt pour « crimes de guerre », « crimes contre l'humanité » et « génocide » au Darfour. Cette province occidentale soudanaise a été le théâtre d'une guerre entre rebelles et forces progouvernementales qui a fait 300 000 morts et 2,5 millions de déplacés, selon l'ONU.

À ce jour, le gouvernement soudanais de transition n'a pas autorisé l'extradition de l'ex-dirigeant à La Haye où siège la CPI. Si le Soudan n'a pas ratifié le traité fondateur de la CPI, le pays a l'obligation juridique d'arrêter Omar el-Béchir. Car l'enquête sur les crimes au Darfour a été effectuée sous mandat de l'ONU, dont le Soudan est membre. Les Forces pour la liberté et le changement (FFC), qui ont mené la contestation contre M. Béchir, ont dit n'avoir aucune objection à une extradition.

En plus de l'affaire de corruption et les accusations devant la CPI, Omar el-Béchir pourrait devoir répondre d'autres crimes présumés devant la justice de son pays. Le 12 novembre, les autorités soudanaises ont émis un nouveau mandat d'arrêt à son encontre pour son rôle dans le coup d'État de 1989, sur lequel une commission spéciale du parquet enquête. Selon le procureur général, Omar el-Béchir est aussi mis en cause pour des meurtres commis lors des manifestations ayant conduit à son éviction. À ce jour, il n'a pas eu à répondre de ces accusations.

Pour Jehanne Henry, directrice adjointe de la division Afrique de Human Rights Watch, cette condamnation n'aidera en rien les victimes des crimes commis par l'ex-président soudanais : « C'est bien de voir qu'il y a une procédure judiciaire mais les accusations contre lui n'ont rien à voir avec les crimes de masse dont il est responsable et qui ont été commis au Darfour et dans le reste du Soudan. Donc les victimes d'attaques brutales tout au long de ces années ne vont pas être réconfortées par ce verdict. Il faut qu'il soit jugé pour les crimes dont il est responsable dans les zones de guerre du Soudan, que ce soit au Darfour ou ailleurs et ce verdict ne prend pas en compte tout cela. on ne sait pas encore si cette décision signifie qu'il y aura des procès pour violations des droits humains dont il est responsable. »

(avec AFP)

► À lire aussi : Soudan: le jour où le président Omar el-Béchir a été destitué par l'armée

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