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Reportage

États-Unis: Joe Biden et Bernie Sanders se battent pour le Michigan, l’État «imprévisible»

Zone pavillonaire de la banlieue de Detroit (Michigan). Ici, le vote des électeurs est particulièrement versatile, alors même que 125 grands électeurs sont choisis dans cet État-clé du mini-super Tuesday.
Zone pavillonaire de la banlieue de Detroit (Michigan). Ici, le vote des électeurs est particulièrement versatile, alors même que 125 grands électeurs sont choisis dans cet État-clé du mini-super Tuesday. Achim Lippold/RFI
9 mn

Après le Super Tuesday, les primaires du parti démocrate se sont transformés en un duel entre Bernie Sanders et Joe Biden. Les électeurs de six États vont se prononcer ce mardi 10 mars pour départager les deux principaux candidats. Tous les yeux se tournent vers le Michigan, dans la fameuse « Rust Belt », cette région industrielle. Quatre après la victoire surprise de Trump dans cet État-clé, quel est l’état d’esprit dans les banlieues autour de Détroit ?

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De notre envoyé spécial à Detroit,

Le comté de Macomb est à 20 kilomètres au nord de Detroit. C’est une banlieue de la classe moyenne, beaucoup d’habitants travaillent dans l’industrie automobile, où ce qu’il en reste après la fermeture récente de plusieurs sites. Leurs maisons en bois ou en briques sont bien entretenues, le gazon est coupé court.

Devant certaines terrasses flottent des drapeaux américains, comme chez Sherryl. La sexagénaire vit depuis plus de vingt ans à Warren. Elle est en train de hisser un drapeau pour la fête de la Saint-Patrick. Elle n’est pas Irlandaise, dit-elle avec un sourire, mais adore les drapeaux. « Ici nous avons des Noirs, des Blancs, des Indiens, tous les groupes ethniques. Et tout le monde s’entend bien. Il n’y a pas de problèmes ici. Tout le monde prend bien soin de sa maison ! »

« Je veux que l’Amérique soit à nouveau un grand pays »

En 2016, ces banlieues paisibles dans le nord de Detroit créent la sensation. Hillary Clinton perd de justesse contre Donald Trump dans cet ancien bastion démocrate. Le président républicain doit aussi son élection au vote de Sherryl. « J’ai voté pour Donald Trump. Avant j’avais voté pour Obama ». Et pourquoi a-t-elle choisi Donald Trump ? « Je n’ai pas aimé Hillary Clinton. Elle a menti. Je ne lui ai pas fait confiance. Elle avait caché ses emails avec des informations confidentielles. »

Pour les démocrates, impossible de récupérer le vote de Sherryl. Elle continue à soutenir Donald Trump, en partie à cause de sa politique d’immigration. « Il a réussi à faire reculer l’arrivée des migrants sans papiers », c’est une bonne chose explique Sherryl, qui regrette que les démocrates fassent « tout pour empêcher Donald Trump de travailler ». À la question, pourquoi elle vote à nouveau pour lui, cette habitante de Warren répond, en reprenant le slogan de la campagne du président : « Je veux que l’Amérique soit à nouveau un grand pays. Nous sommes en déclin. Les autres pays se moquent de nous. Ce n’est pas ça, notre pays. Nous méritons mieux. »

« Je ne veux plus que Donald Trump représente les États-Unis »

Le Michigan, État de la Rust Belt, compte le plus pour ce « mini-super Tuesday » : 125 délégués sont en jeu.Il est considéré comme un « swing state », ou « battleground state », un État qui vote tantôt démocrate tantôt républicain, et le comté de Macomb en est la parfaite illustration. Pour les sondeurs d’opinion, des personnes comme Greg sont un véritable casse-tête. Greg, un dessinateur industriel, vit près de Sherryl et, comme elle, il a voté pour Donald Trump en 2016. Mais il le regrette aujourd’hui : « J’ai voté pour lui, espérant que les choses allaient changer », explique-t-il. « Je n’ai pas aimé sa personnalité, telle qu'elle m'est apparue à travers la télévision. J’ai pensé que le mandat présidentiel le changerait mais ça n'a pas été le cas. Je ne souhaite plus qu’il représente les États-Unis. Et je ne souhaite plus qu’il me représente. »

Comme beaucoup de personnes dans la région, Greg a été touché par le déclin de l’industrie automobile. Dans les usines, des milliers d’emplois ont disparu au profit de nouveaux postes dans le secteur de la haute-technologie. « Après quelques années difficiles, ma situation est stable aujourd’hui », explique-t-il.

► Lire aussi : [Reportage] États-Unis: la renaissance de Detroit

Greg se considère comme un « républicain dans l’âme » mais cette année, son vote ira en faveur des démocrates. Il a décidé de participer à la primaire démocrate ce mardi 10 mars 2020. C’est une primaire ouverte, donc accessible à tous les électeurs enregistrés. Et il votera pour Joe Biden car il ne souhaite pas que les États-Unis deviennent « un pays socialiste sous un président Bernie Sanders ».

En 2016, le sénateur du Vermont a remporté les primaires dans le Michigan face à Hillary Clinton. Mais une nouvelle victoire, cette fois-ci contre Joe Biden est loin d’être acquis. Une habitante de Saint Clair Shores, une ville à côté de Warren, que nous avons rencontrée devant la bibliothèque municipale (et qui préfère ne pas donner son nom) nous dit d’avoir déjà voté par courrier… pour Joe Biden. « J’aimerais qu’il poursuive ce que Barack Oama a commencé. Pas forcément parce que je crois tout ce qu’il dit. » Et si c’est Bernie Sanders qui remporte l’investiture ? « Je le soutiendrai aussi même si je ne suis pas en faveur de la couverture universelle santé, qu’il propose ».

Une région devenue pro républicaine

Joe Biden ou Bernie Sanders, pour Jim, un ancien électricien qui vient de prendre sa retraite, c’est un choix difficile. Il vit également à Saint Claires Shores, dans un quartier qui a changé ces dernières années – sur le plan politique. « Tout ce quartier a été "bleu", donc très pro-démocrate. Cela fait plus de 25 ans que j’habite ici avec ma femme. Mais aujourd’hui, il est "rouge", ici tout le monde vote républicain ». Et cet ancien syndicaliste de s'interroger : « Et pourtant ce sont des gens qui travaillent, qui se lèvent tous les matins pour aller travailler, ce ne sont pas des milliardaires, je ne comprends pas pourquoi ils votent pour les républicains, comme s’ils étaient riches. »

► Lire aussi : Biden-Sanders: duel de septuagénaires pour l’investiture démocrate américaine

Jim pense déjà à l'élection présidentielle de novembre. Il estime qu'un second mandat Trump serait catastrophique pour le pays. « Il nous a fait beaucoup souffrir et même s’il part en novembre, certains dégâts sont irréparables ». Pour Jim, le pays est devenu plus divisé que jamais sous la présidence de Donald Trump. Ce retraité votera selon la devise que l’on entend beaucoup chez les sympathisants démocrates : « I vote blue no matter who ». Ce qu’on peut traduire par : « Je vote démocrate, peu importe pour qui. »


 ■ Le Michigan, un territoire à reconquérir en vue de la présidentielle

Cet État de la « rust belt » (la « ceinture de la rouille ») avait permis la victoire de Donald Trump. Les « blue collars », les ouvriers de la classe moyenne blanche, avaient alors tourné le dos aux démocrates. Alors pour certains, dans le parti, la victoire à la présidentielle du 3 novembre prochain passe nécessairement par la reconquête de cette région. Les explications de Célia Belin, politologue à la Brookings Institution.

Il y a une partie du parti démocrate qui cherche à reconquérir [les communautés blanches], mais il y a aussi toute une partie des stratèges qui considèrent que ces gens-là sont un peu perdus, et qu'il faut se concentrer sur la base électorale qui est, on le sait, les minorités, les jeunes et les femmes.

Célia Belin, politologue

 

 

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