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Haïti: la difficile application des mesures anti-Covid-19 

La forte densité de population à Port-au-Prince, capitale la plus peuplée de la Caraïbes, complique fortement l'application de toute mesure de distanciation sociale.
La forte densité de population à Port-au-Prince, capitale la plus peuplée de la Caraïbes, complique fortement l'application de toute mesure de distanciation sociale. CHANDAN KHANNA / AFP
5 mn

Promiscuité, manque de moyens : la population haïtienne peine à mettre en place les mesures préconisées par les autorités pour limiter la propagation du Covid-19. Gotson Pierre, directeur du réseau alternatif d’information Alterpresse, note aussi qu’une grande hostilité vise les personnes identifiées comme des cas suspects.

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Alterpresse rapporte le nouveau bilan annoncé lundi 23 mars en milieu d’après-midi par les autorités : officiellement, Haïti compte désormais sur son territoire 6 cas positifs au Covid-19. Le directeur général du ministère de la Santé indique aussi que 104 personnes ont été placées en quarantaine, dans trois départements du pays (Artibonite, Sud-Est et Ouest).

Pas plus de précision sur l’âge et le sexe des patients, ni sur leur lieu de résidence. « On a noté une grande hostilité en Haïti vis-à-vis des personnes identifiées comme des cas suspects », rappelle le directeur et fondateur d’Alterpresse, Gotson Pierre. Le journaliste rappelle la mésaventure de ce professeur d’université qui, présentant des symptômes semblables à ceux du Covid-19, a failli être lynché la semaine dernière. Interrogé par Alterpresse, Nelson Bellamy explique qu’il a finalement réussi à se mettre en sécurité à Port-au-Prince. Il s’étonne d’avoir entendu le directeur départemental de l’Ouest déclarer sur une station de radio qu’il avait été « pris en charge et que tout se passait bien pour lui », alors que cela n’était pas du tout le cas. L’universitaire juge au contraire que « les institutions de l’Etat l’ont abandonné ». « L’ignorance et la misère engendrent la peur et la violence : c’est une leçon de réalité, qui vit, désormais, dans mon corps et dans ma chair », écrit-il dans une lettre publiée par le média indépendant.

« Depuis, beaucoup de voix se sont élevées, note le fondateur d’Alterpresse, pour expliquer que cette hostilité n’allait pas aider à combattre le virus et appeler la population à se calmer ». « Il n’y a pas de raison de verser dans la barbarie », ajoute-t-il, tout en soulignant que les Haïtiens sentent l’incapacité de l’État à faire face à la situation.

Haïti bientôt en phase 2 ? 

« Le directeur général du ministère de la Santé a avoué de manière voilée qu’Haïti pouvait faire face à situation catastrophique. Le haut-fonctionnaire a appelé la population à faire preuve de compréhension et indique qu’étant donné la vitesse de propagation, Haïti devrait bientôt atteindre la phase 2 », relève Gotson Pierre, pour qui il s’agit d’un aveu d’impuissance.

Plusieurs structures de l’Etat appellent au respect des consignes, notamment de rester chez soi. « Difficile en Haïti », souligne le journaliste, où la plupart des gens « travaillent dans le secteur informel, vivent au jour le jour ». Il note aussi l’absence d’assurance publique et le problème représenté par la promiscuité dansla plupart des quartiers. Sur AlterRadio, le médecin Jean-Clauden Desgranges revient sur les faiblesses du système haïtien. Il explique, lui aussi, que face au manque de moyens de la population, il sera difficile d’appliquer les mesures que prône le gouvernement. Il remarque notamment qu’il n’existe pas d’hôpital fonctionnel et que seul 4% du budget de l’État est alloué à la santé.

Gotson Pierre, d’Alterpresse, note aussi qu’une cinquantaine de personnes ont été arrêtées depuis ce week-end, pour n’avoir pas respecté le couvre-feu, qui commence chaque soir à 20h. Dimanche, les églises qui ont ouvert leurs portes malgré l’interdiction ont été fermées et des pasteurs arrêtés. Mais le journaliste note que d’autres églises auraient « tenté de fonctionner en cachette ».

Enfin, relève Goston Pierre, l’organisme de droits humains Fondasyon Je Klere (Fjkl) exige que le gouvernement mobilise les ressources dans la transparence face au coronavirus. La fondation déplore que l’état d’urgence sanitaire ait été décrété « sans l’annonce de mesures d’accompagnement pour la population en détresse ». 

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