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Entretien

Coronavirus: en Haïti, le gouvernement promet la distribution de 3 millions de masques

Port-au-Prince, Haiti, le 12 avril 2020.
Port-au-Prince, Haiti, le 12 avril 2020. REUTERS/Jeanty Junior Augustin
5 mn

Alors qu’Haïti déplore désormais 40 personnes infectées et 3 morts, le gouvernement annonce la distribution de masques à la population dès ce mardi 14 avril. Les modalités de cette distribution restent encore à définir. Entretien avec Gotson Pierre, rédacteur en chef de l’agence haïtienne Alterpresse.

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RFI : Quels départements haïtiens suscitent ce mardi 14 avril le plus d’inquiétudes ?

Gotson Pierre : L’Ouest est un département où plusieurs cas ont été signalés, mais c’est dans le Nord-Est que les cas semblent se multiplier. Il y avait un ou deux cas confirmés jusqu’à ce week-end mais le dernier communiqué relève sept cas dans ce département. Deux des trois décès ont aussi été enregistrés dans le Nord-Est. L’enterrement de la première victime du Covid-19 dans cette zone a d’ailleurs été particulièrement difficile. Durant le week-end de Pâques, le maire et les autorités locales ont dû transporter le cadavre de localité en localité car, à chaque fois, la population s’opposait à l’inhumation. Le défunt a finalement été enterré dans le cimetière de Fort-Liberté, chef-lieu du département, « avec un protocole particulier », selon le maire. Ce protocole manque d’ailleurs toujours de précisions de la part des autorités.

Le confinement est-il respecté ?

Il y a un paradoxe : d’une part, une forme de banalisation de la maladie, d’autre part une peur bleue du Covid-19 lorsque les cas se rapprochent. Il y a encore des compétitions de football dans la rue et des raras (fêtes populaires en milieu rural) ont pu se tenir dans plusieurs localités le week-end dernier, malgré leur interdiction. Cela démontre la faiblesse de l’État. Les communiqués sortent mais leur application laisse à désirer. Même chose pour le couvre-feu, à partir de 20h : il n’est pas strict. Depuis un mois, certaines personnes se sont pourtant confinées volontairement et ont diminué leurs activités de manière drastique.

Le président Jovenel Moïse a annoncé lundi 13 avril une distribution de masques, dans un message à la nation. Comment va se dérouler cette distribution ?

La méthode précise de distribution n’a pas été annoncée. Selon le président haïtien, il s’agit de trois millions de masques, qui seront distribués de façon prioritaire dans les marchés dès ce mardi 14 avril. Si le port du masque n’est pas généralisé à l’ensemble de la population (estimée à plus de 11 millions d’habitants), il apparaît comme une mesure barrière importante devant l’impossibilité d’un confinement général. Jovenel Moïse a aussi évoqué la distribution de 5000 gallons d’alcool à 70° (environ 19 000 litres) et 13 000 blouses aux personnels médicaux, dans les centres hospitaliers. Le président en a profité pour demander à la population d’être plus responsable et d’avoir le souci de se protéger et de protéger les autres. Il a aussi annoncé la formation d’une cellule économique pour réfléchir à l’après-Covid19. En parallèle, le secteur privé continue de se manifester à travers des dons directs à des institutions de santé ou à la commission multisectorielle créée par Jovenel Moise. Ses dons sont estimés, à ce jour, à 1, 3 million de dollars.

Dans ce contexte de crise, un ingénieur agronome plaide à nouveau pour la relance de la production agricole. Quelles raisons avance-t-il ?

Le plaidoyer de Talot Bertrand vise à démontrer que notre faiblesse en matière de production agricole favorise notre dépendance vis-à-vis d’autres pays pour l’importation de produits alimentaires. Haïti doit pouvoir disposer de ses propres biens et voir la crise sanitaire comme une opportunité de relancer la production agricole, avec l’appui de l’Etat. Pour l’ingénieur agronome, il est aussi nécessaire de déterminer de quelle manière les agriculteurs peuvent observer la distanciation sociale et se protéger, car pour eux le confinement est impossible.

Un mot pour finir de ce drame qui a touché un édifice doublement centenaire et classé au patrimoine mondial de l’Unesco: la chapelle royale de Milot, dans le nord du pays. Cet incendie a suscité l’émoi de la population. Connait-on l’origine du sinistre ?

Pour le moment non. Les autorités ont annoncé qu’une enquête policière était en cours. C’est la première fois qu’un fait d’actualité attire à ce point l’attention des médias depuis le début de la crise du Covid-19. Cet incendie a secoué beaucoup de gens et cela a fait la une des quotidiens. Pour les signataires d’une lettre ouverte adressée aux autorités et publiée par Alterpresse, c’est « une catastrophe annoncée ». Des historiens, universitaires et entrepreneurs y déplorent que l’État n’ait pas pris ses responsabilités vis-à-vis d’un patrimoine aussi important. Ils rappellent que, dans le même parc national historique, le palais Sans Souci ne peut toujours pas bénéficier d’agents de police 24h sur 24 pour assurer la sécurité des lieux et que la Citadelle a été vandalisée dans la nuit du 11 au 12 avril. Ailleurs, le site de la bataille de Vertières, autre haut-lieu historique, devient un espace pour les revendeurs de voitures usagées et est utilisé comme atelier de soudure ; tandis que Breda, espace réservé à l’un des héros de l’indépendance d’Haïti, Toussaint Louverture, est occupé par les mauvaises herbes et les immondices. « Trop de dirigeants n’osent prendre des décisions sérieuses, mais qui leur paraitraient impopulaires, dans la gestion de la chose publique. Car l’objectif ultime, c’est toujours les prochaines joutes électorales », regrettent les signataires de cette lettre ouverte.

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