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Disparition de Luiz Alfredo Garcia-Roza, le «Simenon» brésilien

La mort de Luiz Alfredo Garcia-Roza annoncée sur la chaîne brésilienne SBT Jornalismo, le 17 avril 2020.
La mort de Luiz Alfredo Garcia-Roza annoncée sur la chaîne brésilienne SBT Jornalismo, le 17 avril 2020. SBT Jornalismo
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Il était l’un des auteurs contemporains brésiliens les plus connus, primé pour ses romans policiers. Ce natif de Rio avait, entre mer et collines de Copacabana, renouvelé le style du polar au Brésil.

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Le Silence de la pluie était le titre de son premier roman, celui qui avait révélé au grand public un nouvel écrivain de 60 ans. Et c’est dans le silence d’une journée d’automne carioca, dans une ville de Rio où la population vit confinée, que Luiz Alfredo Garcia-Roza s’est éteint à l’âge de 84 ans, après plusieurs mois d’hospitalisation. Ses obsèques, en ces temps de pandémie, ont eu lieu dans la plus stricte intimité.

Il laisse pourtant derrière lui des milliers d’orphelins. Ses lecteurs bien sûr, et surtout sa créature, le commissaire Espinosa. Professeur retraité de l’Université fédérale de Rio de Janeiro (UFRJ), où il aura enseigné 35 ans la philosophie et la psychanalyse, Luiz Alfredo Garcia-Roza publie son premier roman en 1996. Il y donne à son personnage emblématique le nom du fameux philosophe Spinoza, Espinosa en portugais.

Espinosa, enquêteur carioca

Dans les 11 romans où il apparaît, ce delegado est un personnage fascinant, comme le commissaire Maigret de Georges Simenon. Il travaille à Rio de Janeiro, au coeur de Copacabana, et aime rentrer chez lui à pied, en furetant dans un sebo, une boutique de livres d’occasions, avant de retrouver son appartement du petit quartier Peixoto, caché sur les hauteurs de la zone touristique, et sa belle Ines.

Son personnage n’a rien des stéréotypes de la classe moyenne carioca (habitant de Rio), mais ses enquêtes touchent les bas-fonds et la misère sociale d’une cité balnéaire idéalisée. L’écrivain, comme le professeur charismatique, avait su séduire ses lecteurs comme ses anciens élèves qui se pressaient à ses cours. On se bousculait presque pour acheter les nouvelles aventures de son commissaire.

« Espinosa est un enquêteur qui ne sait pas tout, il est comme son lecteur », explique un des anciens collègues de Garcia Roza, un professeur de littérature brésilienne lui aussi écrivain. « Et les deux cheminent ensemble, plein de doutes, d’hésitations, dans un formidable scénario psychanalytique. C’est une subtile et nouvelle technique narrative dans le roman policier », complète Godofredo de Oliveira Neto, en rappelant tous les travaux publiés par ce grand spécialiste de la psychanalyse.

Un écrivain comparé à Georges Simenon ou Raymond Chandler

Sans doute l’enquête la plus troublante est-elle Perseguido, paru en France sous le titre de L’étrange cas du Dr Nesse, ou bien Na multidão (« Dans la foule ») qui n’est pas encore traduit.

Seulement six des enquêtes d’Espinosa ont été traduites et publiées en France, par Actes Sud, à partir de 2004.

Luiz Alfredo Garcia-Roza avait été honoré du Prix Jabuti, le Goncourt brésilien, dès son premier roman. On le comparait au Belge Georges Simenon, ou à l’Américain Raymond Chandler, ses aînés dans la littérature du polar. Trois de ses ouvrages ont été portés avec succès à l’écran par des cinéastes brésiliens.

Pour son dernier roman, publié alors qu’il était déjà hospitalisé, cet homme toujours élégant et prévenant avait choisi un titre presque prémonitoire : A última mulher (« La dernière femme »). 

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