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Analyse

Les entreprises du pétrole de schiste à la peine aux États-Unis

Plusieurs entreprises pétrolières américaines pourraient ne pas survivre à la crise.
Plusieurs entreprises pétrolières américaines pourraient ne pas survivre à la crise. REUTERS/Jessica Lutz

Alors que le prix du Brent poursuit sa chute, lundi, le cours du pétrole WTI, standard américain, est tombé en territoire négatif pour la première fois de son histoire. Chute de la demande due au coronavirus, manque de capacités de stockage, et financiarisation à outrance du secteur expliquent cette plongée dont l’industrie pétrolière américaine n’a pas fini de ressentir les méfaits.

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Qu’il semble loin le temps où Donald Trump prédisait un « âge d’or » aux sociétés pétrolières. Lundi, la chute record du WTI, le prix de baril référence à la bourse de New York et son établissement désormais sous les 20 dollars annoncent des lendemains moroses. Le seuil de rentabilité du pétrole de schiste américain est d'environ 50 dollars le baril. La demande reste en berne et les solutions de stockage du brut ne sont pas assez nombreuses pour envisager de sitôt une remontée significative des cours.

Endettement massif

La fête se termine là où elle avait commencé, à Wall Street. Longtemps dopée par le crédit bon marché, l’industrie du pétrole de schiste a emprunté massivement pour financer l’exploration et l’exploitation des champs (par fracturation hydraulique), notoirement dispendieuses. À ses débuts, en 2008, les prix du baril tournaient autour de 150 dollars. Largement de quoi couvrir les coûts de production. Les investisseurs se laissaient facilement séduire même si les rendements n’étaient pas à la hauteur des attentes. Le réveil a été progressif.

Avec la chute des cours à partir de 2016, les revenus de ces entreprises ont commencé à fondre comme neige au soleil. Depuis cette date, des centaines se sont déclarées en faillite. La crise actuelle en annonce d’autres. Whiting Petroleum, avec son milliard de dollars de dettes à rembourser d’ici l’an prochain, est la première à avoir demandé à être placée sous la protection du chapitre 11 de la loi sur les faillites, le 2 avril dernier. La première d’une longue série ?

Chesapeake Energy, le troisième producteur indépendant du pays, se débat avec ses créanciers. Sa dette est estimée à 9 milliards de dollars. Moody’s estime que pour les secteurs de la production et de l’exploration (l’amont), les dettes arrivant à maturité en 2024 atteignent les 86 milliards de dollars.

Fermetures de puits

Pour faire face, plusieurs entreprises se sont résignées à réduire considérablement leurs dépenses d’investissement. Au Texas, Parsley Energy a réduit la voilure de plus de 40%. L’entreprise a même fermé certains puits, ce qui n’est pas une opération anodine tant elle est longue et coûteuse. Selon les experts de Rystad Energy, les niveaux d’investissement sont au plus bas depuis treize ans. « Nous redoutons des fermetures de puits en plus grand nombre dans les prochaines semaines, une façon radicale de rétablir le marché », explique Artem Abramov, analyste.

Les entreprises de services, celles qui fournissent outils et main d’œuvre aux compagnies, n’échapperont pas non plus aux secousses. Halliburton, Schlumberger et des centaines de plus petits représentants du secteur subissent les impacts de la chute des prix et le ralentissement des activités d’exploration et de production. Elles sont elles aussi très fortement endettées.

Trump veut un plan d'aide pour le secteur

L’impact pour les emplois est au cœur des débats en cette année électorale aux États-Unis. Je ne « laisserai jamais tomber notre grande industrie américaine du pétrole et du gaz », a promis Donald Trump qui a plaidé en faveur d’un plan d’aide spécifique pour sauver les petites et moyennes entreprises du secteur. L’opposition démocrate n’en veut pas sans contrepartie sur le climat.

Parmi les pistes envisagées par la Maison Blanche, il y a la mobilisation de toutes les réserves stratégiques afin de stocker le surplus de production, ou encore subventionner les entreprises pour le pétrole non extrait. Ces dernières ne peuvent attendre que se concrétisent les engagements de la Russie et de l’Arabie saoudite sur une réduction de la production.

Si rien ne se passe comme prévu, API, le lobby du secteur, préconise alors de laisser faire les lois du marché. Une fois la crise passée, les acteurs indépendants, fragilisés, seraient alors abandonnés avec leurs installations, à l’appétit des grands groupes. Soumis eux aussi aux effets de la crise, ils ont des capacités d’endettement telles qu’ils pourraient sortir gagnants de la future réorganisation du secteur.

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