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Série: paroles d'infirmiers

Mariam, infirmière à New York: «On nous a dit: "Venez et puis on verra comment s’organiser"»

Mariam, infirmière à New-York.
Mariam, infirmière à New-York. Arhives personnelles de Mariam
8 mn

Les infirmiers sont en première ligne face au coronavirus. De l'Europe en Amérique en passant par l'Afrique et le Moyen-Orient, RFI leur donne la parole. Pour le dernier volet de notre série, nous sommes avec Mariam*. Elle a décidé de devenir infirmière après un voyage humanitaire en Jordanie. Diplômée il y a près de deux ans, elle fait partie aujourd’hui de ces jeunes professionnels de la santé qui font leurs armes, en première ligne, au cœur de l’épicentre mondial de la pandémie de Covid-19 à New York.

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De notre correspondante à New York,

« Il y a des jours où je rentre chez moi après une garde de treize heures et je me mets à pleurer sans aucune raison. Il y a des jours où j’ai plus d’énergie que jamais ». Au téléphone, Mariam nous décrit sa vie depuis l’arrivée du coronavirus à New York : un tourbillon émotionnel rythmé par les longues heures passées à traiter des malades.

À 31 ans, Mariam est ce qu’on appelle une infirmière en pratique avancée. Son champ d’action est plus large que celui d’une infirmière classique. Après des études à l’université de Columbia, en 2018, elle rejoint une clinique de Manhattan où elle est chargée du suivi de patients ayant été victimes d’un AVC ou souffrant de maladies chroniques. « Je n’ai jamais été attirée par le travail à l’hôpital », explique-t-elle. « Je préfère avoir le temps de voir chaque patient et de les suivre sur le long terme. » Mais fin mars, quand New York devient la ville la plus touchée par le Covid-19, « les hôpitaux lancent un appel à tous les professionnels de santé, peu importe leur spécialité ou leur expérience », se souvient Mariam. « On nous a dit: "Venez et puis on verra comment s’organiser" », précise-t-elle. Durant deux jours, elle suit une formation pour apprendre les différents protocoles en place à l’hôpital auquel elle est affectée. « C’est un tout autre monde », explique-t-elle. Et d'ajouter : « Ausculter un patient, je sais faire, mais tout ce qu’il y a autour, contacter les autres équipes, coordonner les traitements… Il a fallu tout assimiler en peu de temps ».

« C’est de la folie »

Vu son expérience avec les victimes d’AVC, Mariam est envoyée au service neurologie, mais se retrouve très vite face à des patients atteints de Covid-19. « En fait, il y avait tellement de cas de coronavirus que petit à petit, il n’y avait plus que ça à l’hôpital », raconte-t-elle. En temps normal, le service neurologie gère une quinzaine de patients souffrant d’AVC chaque jour, mais avec le nouveau coronavirus, il faut désormais traiter une cinquantaine de patients. Surtout, les médecins se rendent compte que, contrairement à ce qui était établi, le virus attaque également le système nerveux. « C’est de la folie, même les neurologues les plus expérimentés se retrouvent face à des complications qu’ils n’avaient jamais vues avant », confie la jeune infirmière. Elle qui avoue « avoir du mal à supporter la souffrance des patients » se retrouve face à«  des cas plus critiques les uns que les autres ». « Tous les jours, je vois arriver des gens inconscients, désorientés. Certains ne savent plus qui ils sont, où ils se trouvent », décrit Mariam.

Elle se souvient de son premier patient atteint de Covid-19. « Je suis entrée dans la pièce et suis restée immobile plusieurs secondes, dit-elle avec une voix encore émue. J’avais mon masque, ma visière, ma tenue. Il était allongé là, relié à un respirateur artificiel. Je réfléchissais au fait qu’un virus aussi minuscule pouvait tous nous détruire si facilement. »

« Je ne pense pas avoir eu une vraie nuit de sommeil depuis des semaines »

À New York, plus de 170 000 personnes ont été atteintes de coronavirus. Face à la gravité de la situation, le gouverneur a signé un décret élargissant les responsabilités des infirmiers en pratique avancée. Pour soulager les médecins, ils peuvent désormais, eux aussi, signer les certificats de décès. Rien dans la formation de Mariam ne l’avait préparée à une telle situation, même si elle se décrit comme une personne qui s’adapte rapidement et sait se débrouiller. Spécialisée en médecine générale, elle ne s’était jamais imaginée s’occupant de patients en état critique ou en fin de vie. « Toute cette situation a créé beaucoup d’anxiété chez moi. Tous les jours, en allant au travail, je ne sais pas à quoi je vais être confrontée, lequel de mes patients va succomber ». Au téléphone, on sent la fatigue dans sa voix. « Je ne pense pas avoir eu une vraie nuit de sommeil depuis des semaines », confie Mariam avant d’ajouter qu’elle n’est pas la seule. Nombre de ses collègues lui racontent faire des cauchemars et souffrir d’insomnie. Être loin de sa famille lui pèse aussi. Originaire du Midwest, Mariam devait voir ses parents fin mai, elle a « préféré annuler le voyage par précaution ».

À tout ce stress s’ajoute la peur. « On entend parler de ces hôpitaux qui manquent de protections pour le personnel. » Elle précise que cela n’a pas été le cas dans l’hôpital dans lequel elle travaille. Aujourd’hui, le nombre de contaminations commence à baisser à New York. Une tendance qui « se fait sentir à l’hôpital où c’est moins la course ». Lorsqu’on lui demande si les choses sont plus faciles, Mariam hésite, puis répond : « Oui et non ». La difficulté, pour elle, reste la souffrance des patients dont beaucoup meurent loin de leurs familles. Malgré le stress et la fatigue, Mariam voit dans cette crise une opportunité d’apprentissage dans des conditions exceptionnelles. « Je travaille avec des médecins compétents qui, tous les jours font face à une nouvelle complication du virus. » À leurs côtés, elle « lit et étudie des cas et des comparatifs avec la Chine, l’Italie » et voit ces médecins « trouver des solutions et de nouvelles façons de traiter et soulager les malades ».

Une grande fierté

Mariam dit aussi être fière de participer à cette lutte contre le virus. « Dans 20 ans, quand on me demandera où j’étais durant la crise du Covid-19, je pourrais dire que j’étais à l’hôpital à New York pour sauver des gens. » Mais cette jeune infirmière refuse le mot « héros » utilisé par beaucoup. « On fait juste notre travail : faire notre possible pour sauver des vies. »

Au milieu de cette crise, un moment lui « fait particulièrement du bien » : chaque soir lorsque les New-Yorkais font du bruit en hommage aux professionnels de santé. « La première fois que je les ai entendus, je n’ai pas vraiment fait attention, confie-t-elle. Aujourd’hui, ça me rappelle qu’on a survécu un jour de plus et qu’on se rapproche de la fin de cette épidémie. »

*Les hôpitaux new-yorkais ayant appelé leur personnel à ne pas s’exprimer dans la presse, nous avons modifié quelques détails pour éviter à Mariam d’éventuelles sanctions.

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