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Haïti: les cas de Covid-19 ont doublé en six jours, selon les autorités

Le port du masque tend à se généraliser en Haïti.
Le port du masque tend à se généraliser en Haïti. REUTERS/Jeanty Junior Augustin
6 min

Haïti déplore désormais 31 décès liés au coronavirus, selon les chiffres officiels. Toutes les personnes présentant des symptômes de la maladie ne se font pas tester et les centres de traitements des patients Covid19 sont dépassés. Entretien avec Gotson Pierre, rédacteur en chef de l’agence haïtienne Alterpresse.

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RFI : Quel est le dernier bilan donné par les autorités haïtiennes ?

Gotson Pierre : Les autorités communiquent le chiffre de 1 063 cas confirmés au 24 mai. Elles font aussi part de 4 nouveaux décès, ce qui porte à 31 le nombre officiel des décès. Nous observons cependant que de nombreuses personnes font part de fièvres et de symptômes semblables au Covid-19.

Est-ce que ces personnes qui présentent des symptômes peuvent se faire tester ?

Les informations sur ce point ne sont pas précises. Il n’y a pas de communication sur l’origine des tests disponibles, même si l’on sait qu’ils sont administrés. Seuls deux lieux sont habilités à réaliser ces tests : le Laboratoire national de santé publique et le centre Gheskio-Imis. Mais il est impossible de se présenter sur place et de demander à se faire tester. Il faut obligatoirement passer par le système mis en place par le ministère de la Santé publique et de la Population d'Haïti (MSPP), qui envoie une délégation chez la personne concernée. C’est un système très lourd. Nous avons des témoignages de personnes qui appellent le numéro de téléphone mis en place par le ministère, mais personne ne répond. 

De plus, beaucoup de personnes qui présentent des signes de la maladie ont peur de se faire tester. Certains croient même qu’on peut leur « administrer » le Covid-19 à cette occasion. Nombreux sont ceux qui préfèrent prendre des tisanes amères ou aller chez le houngan, le prêtre vaudou, pour chercher du secours. Il y a tout de même un début de prise de conscience de l’existence de la maladie. Nous observons davantage de personnes porter des masques, il y a moins de monde dans les transports en commun, mais on ne peut pas dire que la distanciation sociale se concrétise et se généralise vraiment. 

Quel est, à ce jour, l’état des structures publiques de santé face au Covid-19 ?

Le principal centre de traitement de Covid-19 mis en place à Mirebalais se dit dépassé depuis une semaine. D’autres hôpitaux de la zone métropolitaine, notamment l’hôpital Saint-Luc, ont aussi lancé un SOS. Les hôpitaux sont loin d’être prêts car ils étaient déjà en crise avant l’arrivée de la pandémie. Aucun dispositif n’a été mis en place pour accueillir des patients Covid-19 à l’hôpital de l’université d’Etat d’Haïti, qui est le principal centre hospitalier du pays. Un chef de service de cet établissement de Port-au-Prince, la capitale haïtienne, souligne le manque de conscience des médecins de service et des médecins résidents qui ne se présentent pas au travail sous prétexte qu’il existe des risques de contamination. Pourtant, il soutient que le matériel de protection est disponible et a été distribué aux médecins. 

Nous avons aussi interrogé la coordinatrice de la cellule d’urgence coronavirus à Aquin, dans le département du Sud. La docteure Marie-Danielle Comeau explique que les structures de santé publique en province sont totalement démunies. Elle dénonce aussi la centralisation de la gestion de la pandémie à Port-au-Prince, par des personnes qui « parfois n’ont jamais mis les pieds dans la zone », et ne peuvent appréhender la réalité des provinces, notamment des zones rurales. 

Comment avez-vous adapté votre manière de travailler à AlterPresse ?

On apprend quotidiennement à faire « autrement ». Il y a deux sentiments : la volonté de servir, de continuer à informer les gens dans un moment de crise, mais aussi le devoir de protection de notre équipe. Nous avons fait une première semaine d’essai de travail à distance, un essai de rotation, pour diminuer le nombre de personnes présentes en même temps dans nos bureaux. En ce qui concerne la radio, nous allons annoncer à nos auditeurs ce mardi que nous allons abaisser nos normes techniques de production, pour pouvoir par exemple réaliser une partie de nos programmes via WhatsApp, pour que des membres de notre équipe puissent intervenir par téléphone sans venir au studio. Déjà, depuis mars, on ne recevait plus d’invité dans nos locaux. L’Association nationale des médias haïtiens (ANMH) et l’Association des médias indépendants d’Haïti (AMIH) ont écrit une note de sympathie destinée aux équipes des médias affectés par la maladie. Elles invitent les professionnels de l’information à se protéger et à continuer à mettre en œuvre ce service nécessaire. 

C’est dans ce contexte que les Etats-Unis doivent expulser ce mardi 78 ressortissants haïtiens. Plusieurs organisations s’y opposent ? 

Les associations américaines ont fait savoir que selon des informations en provenance des centres de détention, au moins neuf de ces personnes auraient été testées positives. Selon elles, il est contraire à l’éthique d’expulser des personnes identifiées comme malades. De plus, dans le contexte où la pandémie s’étend dans notre pays, cela n’est pas le moment d’envoyer des cas positifs supplémentaires en Haïti. Déjà au mois d’avril, les autorités haïtiennes avaient détecté trois cas positifs au Covid-19 dans un autre groupe de personnes expulsées.

De plus, il est prévu qu’Emmanuel « Toto » Constant se trouve sur la liste des personnes expulsées ce mardi. Il s’agit d’un ancien chef du FRAPH, un groupe paramilitaire créé après le coup d’Etat militaire de 1991. Il s’était réfugié aux Etats-Unis, où il a été arrêté et condamné. Il y a passé 12 ans en prison. Des organisations appellent à l’arrêter à son arrivée en Haïti, où il a été condamné par contumace. Mais on ne sait pas quelles dispositions seront prises et si la justice haïtienne est en mesure de gérer un tel dossier. 

L’un des gros titres d’Alterpresse, ce mardi 26 mai, c’est aussi la suspension par la FIFA d’Yves Jean-Bart, le président de la Fédération haïtienne de football. Il est accusé de viols et d’agressions sexuelles sur mineurs. Yves Jean-Bart parlait jusqu’ici d’une cabale contre lui. S’est-il exprimé après la décision de la Fifa ?

Il n’y a pas eu de réaction pour le moment, ni d’Yves Jean-Bart ni de ses avocats. Seule la Fédération haïtienne de football a annoncé qu’elle prendrait des dispositions en rapport avec ses statuts. Pour une fois, cette note n’a pas été signée par le président, mais par le secrétaire de la fédération. Les organisations de défense des droits humains n’ont pour le moment pas réagi, notamment le Réseau nationale de défense des droits humains (RNDDH) qui a réalisé une enquête indépendante. Cela fait grand bruit, surtout dans le milieu du football. La plupart des équipes étaient aux côtés du président de la fédération et avaient même signé une pétition pour lui signifier leur appui. Mais quand Yves Jean-Bart a avoué avoir eu un enfant d’une ancienne joueuse, cela a changé beaucoup de choses dans la perception que les gens ont de cette affaire. 

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