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Entretien

Haïti: «Il manque un porte-parole officiel de la lutte contre le Covid-19»

Des Haïtiens se regroupent devant un hôtel de Port-au-Prince désigné comme centre de quarantaine pour les malades du covid-19 (image illustration).
Des Haïtiens se regroupent devant un hôtel de Port-au-Prince désigné comme centre de quarantaine pour les malades du covid-19 (image illustration). REUTERS/Andres Martinez Casares
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34 morts et 146 nouvelles contaminations : c’est le dernier bilan communiqué par les autorités haïtiennes mercredi 27 mai. Alors que l’épidémie connait une accélération dans le pays, « la vraie bataille contre la Covid-19 doit commencer », écrit le journal haïtien Le Nouvelliste ce jeudi 28 mai. Entretien avec Frantz Duval, rédacteur en chef du quotidien.

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RFI : Les autorités donnent-elles des informations sur le profil des personnes décédées du Covid19 en Haïti ?

Frantz Duval : Ils ne sont pas âgés, contrairement à ce que l’on observe dans d’autres pays, car la population haïtienne est plutôt jeune. Une seule personne décédée avait 69 ans. Ce sont des personnes de tout âge, de toutes conditions, qui présentaient souvent des comorbidités. La perception de la maladie a beaucoup changé. Avant, les Haïtiens n’y croyaient pas. Aujourd’hui, ils savent ce qu’est le Covid-19 et se rendent dans les hôpitaux un peu plus tôt lorsqu’ils présentent des symptômes. Les centres qui organisent les tests de dépistage sont dépassés. Il y a beaucoup de retard dans la délivrance des résultats car le nombre de cas explose.

Parmi les comorbidités qui peuvent constituer un facteur aggravant du Covid-19, il y a l’insuffisance rénale. En une du Nouvelliste ce jeudi, on apprend que les centres de dialyse sont débordés. Pour quelle raison ?

Les centres de dialyse sont confrontés au même problème que les autres services hospitaliers : ils n’ont pas suffisamment d’équipements de protection. Il y a des précautions supplémentaires à prendre pour réaliser ce geste médical car ces patients peuvent aussi être vecteurs de la maladie. Tout le monde a un peu peur. Le processus devient plus long et certains malades refusent de se déplacer alors que ces dialyses leur sont indispensables. Les centres de dialyses ont toujours été les parents pauvres des services hospitaliers et aujourd’hui la situation est encore plus grave.

Comment le gouvernement communique-t-il face à l’accélération de l’épidémie en Haïti ?

Ce qui manque à Haïti, depuis le début de la crise sanitaire, c’est une voix autorisée et permanente pour parler de l’évolution de la maladie et donner des conseils à la population. Il y a bien des spots à la radio, des affiches placardées un peu partout. Mais il manque ce porte-parole officiel de la lutte contre le Covid-19. Aujourd’hui, dans son éditorial, Le Nouvelliste appelle à ce que l’on sorte de l’esquive et du silence. Il faut que quelqu’un prenne en main cette bataille. On dirait que les responsables se refilent la patate chaude, personne ne veut vraiment se mettre en avant. La ministre de la Santé par exemple, Marie Greta Roy Clement, a totalement disparu du paysage. On ne l’a pas vue apparaitre en public depuis des semaines pour parler du Covid-19. Elle fait le strict minimum.

Cité Soleil fait partie des zones touchées par le Covid-19 dans la région métropolitaine de Port-au-Prince. Cette commune renoue aussi avec la violence des gangs…

Cité Soleil, l’une des communes les plus peuplées d’Haïti, avait connu trois ans de calme. Mais en avril 2019, un chef de gang a été assassiné. La bataille a repris pour sa succession et pour le contrôle du territoire. Le Nouvelliste a rapporté les scènes atroces qui s’y sont déroulées dimanche, à Pont-Rouge. Le maire de Cité Soleil a expliqué à notre quotidien que trois gangs s’affrontent et que la police est totalement absente. La population se cache ou tente de se déplacer vers des quartiers plus tranquilles.

Un mot pour finir de cet autre titre à la une du Nouvelliste ce jeudi : la Fédération haïtienne de football a désigné un président provisoire suite à la suspension d’Yves Jean-Bart, accusé de viols et d’agressions sexuelles. Qui est son successeur ?

Il s’agit deJoseph Varieno Saint-Fleur. C’est le plus ancien vice-président en activité, comme le prévoient les statuts de la fédération. Il remplace Yves Jean-Bart, suspendu pendant 90 jours, en attendant les résultats de l’enquête. S’il ne peut pas revenir, un congrès sera organisé pour choisir un nouveau président.

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