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Entretien

Pourquoi les États-Unis déploient-ils des forces spéciales en Colombie?

Un producteur de coca travaille dans son champ. La Colombie est le premier producteur mondial de cocaïne.
Un producteur de coca travaille dans son champ. La Colombie est le premier producteur mondial de cocaïne. AFP/Luis Robayo

Ce mercredi, les États-Unis et la Colombie ont annoncé l’envoi de forces spéciales américaines en Colombie. Selon un communiqué conjoint, ces unités doivent conseiller des forces colombiennes dans des opérations de lutte contre le narcotrafic qui vise le régime socialiste de Nicolas Maduro. Washington accuse le président vénézuélien de collusion avec des barons de la drogue. Mais les contours de ce retour de forces américaines sur le sol colombien restent pour le moins flous. Entretien avec Frédéric Massé, spécialiste de la Colombie et co-directeur de Red CORAL, un réseau de surveillance du crime organisé en Amérique latine.

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RFI : Frédéric Massé, que sait-on de ce déploiement de forces spéciales américaines en Colombie ?

Frédéric Massé : L’annonce de ce déploiement a été faite mercredi, mais plusieurs questions restent en effet sans réponse. Combien de temps vont rester ces unités en Colombie ? Quel sera leur rôle exact ? Vont-elles participer aux opérations sur le terrain ? Que visent-elles exactement ? Donc pour le moment ce qu’on sait c’est qu’il s’agit d’une unité méconnue, en anglais SFAB ou « contingent d’assistance aux forces de sécurité ». C’est assez flou en fait. On peut penser qu’il y aura un certain nombre de conseillers militaires américains et a priori pas de forces spéciales de combat. Cette force devrait arriver en Colombie début juin pour quatre mois. On ne sait pas non plus si cette durée sera renouvelable ou pas. Cette force est donc destinée à appuyer des opérations anti-drogue en Colombie. Par conséquence elle sera déployée dans des régions très affectées par la violence, des cultures de coca et par le trafic de drogue. Parmi ces régions certaines se situent à la frontière avec le Venezuela mais pas seulement. A priori des conseillers militaires américains seront également déployés sur la côte pacifique colombienne ou encore dans les parcs naturels de Colombie où on constate une augmentation des cultures de coca.

Quel est l’objectif des États-Unis ?

Le contexte pour ce déploiement est assez particulier : on assiste depuis un mois à une escalade pas seulement verbale mais aussi militaire entre les États-Unis et le Venezuela. Début avril, l’administration Trump a annoncé un renforcement des opérations anti-drogue avec notamment le déploiement d’une flotte de guerre dans les Caraïbes pour empêcher l’envoi de drogues aux États-Unis depuis le Venezuela. Et puis, il y a quinze jours, on a eu une tentative de débarquement de mercenaires au Venezuela pour capturer le président Nicolas Maduro. Cette tentative a échoué. On l’a comparé à une « Baie des cochons bis ».

En même temps on constate ces dernières années une augmentation importante des surfaces de cultures de coca en Colombie. Le chiffre était multiplié par cinq en sept ans. Et depuis quelques années déjà une partie de la drogue produite en Colombie passe par le Venezuela où des cartels se sont formés, notamment le « cartel de los soles », appelé ainsi en référence à l’emblème du soleil qu’on retrouve sur les uniformes des Forces armées bolivariennes, dont on sait qu’un certain nombre de ses membres sont impliqués dans le narcotrafic. Et depuis le début de l’année, le gouvernement américain accuse officiellement plusieurs hauts dirigeants du régime vénézuélien de participer à des opérations de narcotrafic.

Dans tout ce contexte, les États-Unis veulent renforcer leur coopération de lutte anti-drogue avec la Colombie pour empêcher la drogue de passer par le Venezuela avant d’arriver aux États-Unis.

Mais une question reste là encore en suspend : en quoi cette unité spéciale américaine qui consisterait à aider les forces colombiennes dans leur lutte contre le narcotrafic pourrait viser les cartels présents au Venezuela ? Ce n’est pas très clair, parce que cette force devrait être présente en Colombie et n’opérera pas sur le sol vénézuélien. Servira-t-elle à préparer les opérations en territoire vénézuélien ? Servira-t-elle à renforcer la vigilance depuis le sol colombien ? On ne sait pas exactement.

La rhétorique américaine actuelle ressemble en tout cas étrangement à celle du Plan Colombie au début des années 2000 où les États-Unis ont envoyé des conseillers pour lutter contre le trafic de drogue et où le Plan Colombie a servi entre autres à lutter contre les groupes de guérilla sous couvert de lutte contre le narcotrafic.

Dans le cadre de cette offensive anti-drogue, quels sont les intérêts poursuivis par le gouvernement colombien du président conservateur Ivan Duque ?

Le gouvernement colombien veut évidemment poursuivre la lutte contre le trafic de drogue, puisque la situation s’est assez détériorée ces dernières années. Mais il y a aussi une réelle volonté de la part du gouvernement colombien de ne pas se fâcher avec ses alliés américains. Et dans la mesure que ces alliés américains considèrent que la lutte contre le narcotrafic n’a pas donné les résultats escomptés il faut renforcer cette lutte. Donc de la part des Colombiens il s’agit d’un côté de renforcer cette lutte et de l’autre de montrer leur bonne volonté aux Etats-Unis.

En ce qui concerne la relation de Bogota avec le Venezuela c’est un peu plus flou : l’opposition colombienne accuse le gouvernement d’Ivan Duque de faire le jeu des États-Unis et de vouloir renverser le régime de Nicolas Maduro. Et en effet il y a eu des efforts diplomatiques de la part de Bogota de trouver une solution négociée à la crise politique au Venezuela. L’opposition colombienne soupçonne aussi le gouvernement d’avoir joué un rôle dans la tentative de débarquement des mercenaires au Venezuela. Ce que les autorités colombiennes ont nié.

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