Accéder au contenu principal

Le coronavirus progresse en Haïti sur fond de crise politique

Le président haïtien Jovenel Moïse, le 7 mai 2020.
Le président haïtien Jovenel Moïse, le 7 mai 2020. Pierre Michel Jean / AFP
4 mn

Le dernier bilan de l'épidémie de Covid-19 en Haïti communiqué par les autorités fait état de 50 morts et 2 640 cas confirmés. La pandémie progresse sur fond de polémique à propos de la fin du mandat du président Jovenel Moïse. Entretien avec Frantz Duval, rédacteur en chef du journal haïtien Le Nouvelliste.

Publicité

RFI : Le coronavirus continue de progresser en Haïti. Il s’étend en particulier sur le Plateau central ?

Frantz Duval : Oui, car c’est l’une des principales portes d’accès au pays des personnes qui rentrent de République dominicaine. C’est un département qui garde des contacts et des échanges commerciaux avec le pays voisin, la frontière est invisible et les gens continuent de traverser comme s’il n’y avait pas de crise sanitaire ni de restrictions. Dans les hôpitaux de la région, on compte de plus en plus de malades et de décès. Comme les capacités de dépistage sont limitées, ceux qui meurent en présentant des symptômes semblables à ceux du coronavirus ne rentrent pas dans les statistiques officielles.

Les Haïtiens se rendent-ils plus tôt à l’hôpital lorsqu’ils présentent des symptômes ?

Dans la région métropolitaine, oui. Mais dans le reste du pays, ce n’est pas encore tout à fait le cas. La stigmatisation est très forte, les gens ne veulent pas qu’on les sache malades, qu’on les voie à l’hôpital. Cette semaine, le Dr Pape, co-président de la Commission multisectorielle de gestion de la pandémie, expliquait dans notre journal que l’un de ses confrères, un médecin réputé, refusait d’aller consulter alors que le taux d’oxygène dans son sang diminuait de façon dangereuse. 
C’est dans ce contexte que le Centre national de transfusion sanguine tire la sonnette d’alarme…

Il était déjà dans une situation difficile avant la pandémie. Les Haïtiens n’aiment pas donner leur sang sauf si l’un de leurs proches en a besoin. Cela constitue la seule opportunité de collecte. Avec le coronavirus, c’est encore plus compliqué car les gens ne veulent pas aller dans les centres hospitaliers. Pourtant, le Centre de transfusion sanguine a toujours les mêmes besoins : il y a toujours des accidentés de la route, des femmes qui accouchent par césarienne. Son directeur lance donc un SOS à la Une du Nouvelliste de ce jeudi matin. 

L’éditorial du jour est consacré à une polémique sur la date de fin de mandat du président haïtien Jovenel Moïse. Selon l’article 134.2 de la Constitution, le président de la République débute son quinquennat le 7 février suivant la date de son élection. Quelle est la raison de cette polémique ?

Cet article de la Constitution n’est pas clair et laisse place à plusieurs interprétations, notamment dans le cas où le président n’ait pas pu prendre ces fonctions à cette date. Le chef de l’Etat, Jovenel Moïse, a fait son décompte personnel : selon lui, son mandat s’arrête le 7 février 2022. Mais ses opposants estiment qu’il prendra fin un an plus tôt, le 7 février 2021. Le conseil électoral, qui avait pourtant organisé les élections, refuse de se prononcer sur cette question. Ce n’est pas le cas de l’Organisation des Etats américains (OEA), qui est allée dans le sens du président. Il faut dire que depuis que Jovenel Moïse, au sein de cette organisation, a voté en faveur du président par intérim Juan Guaido au Venezuela, il est devenu le chouchou de l’OEA qui lui apporte son soutien à chaque fois. Cette question de durée de mandat n’était pas un débat actif dans l’opinion quand l’OEA s’est prononcée, car les Haïtiens se préoccupent davantage du coronavirus. Mais tout le monde sait que cette question va devenir délicate et on attend que le Core Group (les principaux diplomates étrangers présents en Haïti) se prononce sur cet épineux dossier.

Et l’OEA n’aurait pas agi de sa seule initiative selon Le Nouvelliste ?

Dans la région, l’OEA est la caisse de résonnance des Etats-Unis. Elle est toujours sur la même ligne. 

Comment expliquer que les chefs d’Etats haïtiens recourent à des arbitrages extérieurs, notamment de l’OEA et de l’ONU ?

Cela vient de la faiblesse des institutions haïtiennes. L’année dernière, les négociations entre le gouvernement et l’opposition n’avaient rien donné. Aujourd’hui encore, c’est comme s’il y avait besoin d’un médiateur. C’est quelque chose de cyclique dans l’histoire politique du pays. L’ONU, l’OEA ou le Caricom (la Communauté caribéenne, ndlr) sont régulièrement appelés pour être juges dans une bataille de politique interne.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.