REPORTAGE

À Washington, une foule pacifique défile contre les violences policières aux États-Unis

Sur la 16e rue à Washington, rebaptisée «—Black Lives Matter Plaza—», le 6 juin 2020.
Sur la 16e rue à Washington, rebaptisée «—Black Lives Matter Plaza—», le 6 juin 2020. REUTERS/Jim Bourg

Plus de dix mille manifestants ont déferlé, samedi 6 juin, à Washington, dans une ambiance bon enfant pour dénoncer les brutalités policières et les injustices raciales. Une mobilisation sans précédent depuis le début du mouvement de protestation.

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Avec notre correspondante à Washington, Anne Corpet

Une marée humaine qui descend du Congrès vers la Maison Blanche, des cortèges qui affluent depuis le Lincoln Memorial, des milliers de personnes assises sur le Mall qui respectent huit minutes de silence à la mémoire de George Floyd, des policiers débonnaires qui saluent la foule. Plus de dix mille personnes ont défilé dans la capitale toute la journée samedi et une bonne partie de la soirée dans le calme, bien souvent en famille.

Pas moins de douze cortèges différents ont convergé depuis les monuments les plus importants de la capitale vers la Maison Blanche protégée par une longue enceinte fortifiée. Mais l’atmosphère était à la fête. Washington a célébré son unité derrière le slogan, à la célébration de l’unité derrière ce slogan « Black lives matter » (Les vies noires comptent).

« Je suis surpris de voir autant de personnes blanches »

Moktar Ba, Américain d’origine béninoise, est tout sourire devant la Maison Blanche. « C’est vraiment magnifique, je suis surpris de voir autant de personnes blanches, pas seulement ici mais dans les marches partout aux États-Unis, explique-t-il. J’ai grandi ici et je n’ai jamais vu autant de Blancs. D’habitude, ils ne disent rien ou ils tournent le dos et là on dirait que tout le monde a compris. »

« C’est vraiment une expérience extraordinaire de voir autant de gens se rassembler pour soutenir l’égalité pour tous, se réjouit également Joyce Stefield, une Afro-Américaine venue du Maryland voisin.  Parce que ce n’est pas qu’un problème américain, c’est un problème mondial. Partout les gens à la peau noire ou foncée sont systématiquement méprisés. Donc c’est une très belle chose de voir cela. »

« Nous n’arrêterons pas jusqu’à ce qu’on obtienne du changement »

Au coin de la 16e rue, rebaptisée « Black Lives Matter Plaza », des musiciens font danser la foule. Romolio James porte un tee shirt à l’effigie de George Floyd. « Nous n’arrêterons pas jusqu’à ce qu’on obtienne du changement. On va se battre pour le changement, jusqu’à ce qu’on obtienne ce que nous voulons », répète-t-il.

Joyce Stefield a elle espoir que ce mouvement change vraiment les choses. « Il y a eu des mouvements comme celui-ci il y a des années pour la défense des droits civiques, mais cette fois ça a l’air différent, parce qu’on voit tant de diversité parmi les gens qui manifestent. Des personnes de tous horizons sont sorties de chez elles pour nous soutenir, pour soutenir la vie des Noirs et je trouve ça formidable, souligne-t-elle. Il faudra plus que cela, mais c’est un beau premier pas et j’espère que cela apportera du changement dans la vie de tous les jours. Et que les gens qui sont venus ici vont appliquer cela dans leur pratique quotidienne : s’ils voient quelqu’un discriminé, qu’ils interviennent. Dans beaucoup de cas les gens de couleur n’ont personne au sommet pour les défendre. Donc j’espère que cela va aider les gens à changer d’état d’esprit et qu’ils seront plus vigilants. »

Signe de l’apaisement après les émeutes du début de la semaine, la police déployée pour surveiller la foule ne portait pas d’équipement de sécurité. Cette atmosphère bon enfant n’a pas empêché le président de tweeter « La loi et l’ordre » en lettres capitales en fin d’après-midi avant d’assurer plus tard dans la soirée que la mobilisation avait été beaucoup moins importante qu’annoncé.

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