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REPORTAGE

Obsèques de George Floyd: de l'émotion, mais la politique n'est jamais loin

Joe Biden a délivré un message enregistré sur bande vidéo lors des funérailles de George Floyd à l'église The Fountain of Praise, à Houston, ce mardi 9 juin.
Joe Biden a délivré un message enregistré sur bande vidéo lors des funérailles de George Floyd à l'église The Fountain of Praise, à Houston, ce mardi 9 juin. Godofredo A. Vasquez/Pool via REUTERS
Texte par : RFI Suivre
6 mn

C'est le point final de plusieurs jours de cérémonies en hommage à George Floyd. Ses obsèques ont eu lieu ce mardi 9 juin à Houston, la grande ville du Texas où a grandi cet Afro-Américain de 46 ans, devenu icône de la lutte contre le racisme et les violences policières après son décès il y a quinze jours lors de son interpellation à Minneapolis. Une cérémonie empreinte d'émotion, mais la politique n'est jamais loin. Reportage.

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Avec notre envoyé spécial à Houston, Thomas Harms

Dans la communauté afro-américaine, il n’y a pas de bonne cérémonie sans gospel. Alors, l’hommage à George Floyd commence par une série d’homélies en chanson.

Des propos plus politiques et le réquisitoire d’Al Green, l’élu démocrate qui représente le Texas à la Chambre des représentants, succèdent aux chants : « Son crime, c’est d’être né Noir. Car ce pays ne s’est toujours pas réconcilié avec nous. On a survécu à l’esclavagisme, mais on ne s’est toujours pas réconciliés. On a survécu à la ségrégation, mais on ne s’est pas réconciliés. Tous les jours, nous sommes discriminés, parce qu’on ne s’est pas réconciliés. Il est temps qu’au sommet de l’État, quelqu’un se dise que c’est son affaire de réconcilier les Noirs avec l’Amérique ».

« Justice »

Puis, quand le révérend et défenseur des droits civiques, Al Sharpton, s'exprime, la foule crie et applaudit : « Il y aura la justice pour George Floyd. L’histoire ne peut s’arrêter comme ça. Et alors que l’on t’enterre aujourd’hui, le mouvement ne pas pas mourrir jusqu’à ce qu’on ait obtenu justice. Va, repose-toi maintenant. Va rejoindre "mama" maintenant. On va se battre. On va se battre… »

L’émotion aussi des proches de George Floyd. Son frère, sa nièce qui le disent : « Maintenant qu’on en est là, il faut que les lois changent. Il ne peut pas être mort pour rien. »

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Joe Biden, candidat de la communauté noire, capitalise

Autre intervention remarquée, celle de Joe Biden, le candidat démocrate à la présidentielle, présent à Houston pour rendre visite à la famille de George Floyd. « L'heure de la justice raciale » est venue aux États-Unis, a-t-il déclaré dans une vidéo diffusée pendant la cérémonie des obsèques.

« Trop d’enfants noirs américains ont dû se poser la même question depuis des générations : pourquoi ? Pourquoi papa est parti ? », interroge Joe Biden dans son message vidéo. Le candidat démocrate est proche de la communauté noire. C’est grâce à elle qu’il a remporté les primaires. Et il sait faire preuve d’empathie. « Joe Biden est venu délivrer un message, humain d'abord, politique ensuite, analyse Célia Belin, chercheuse associée au Brooking Institute. Sa campagne est à un tournant. À cause de ce drame, le mouvement de la jeunesse progressiste est ressortie dans la rue, déclare sa rage contre les violences policières, mais dans le même temps, elle démontre aussi l'incompétence de l'administration Trump et suggère qu'un autre leadership aurait fait de meilleurs choix dans un moment de crise pareil. Et c'est cela que Joe Biden vient incarner pendant cet enterrement. » Le candidat démocrate entend donc bien porter les revendications des Afro-Américains.

En ce jour de funérailles de George Floyd, Donald Trump, lui, a préféré tweeter pour défendre la police. Il accuse les démocrates de vouloir démanteler les forces de l’ordre...

À lire aussi : Biden rend hommage à George Floyd pendant que Trump reçoit les responsables de la police

Enfin, après plus de quatre heures de messe, Houston a salué l'homme. Des funérailles uniques, presque nationales. Des centaines de personnes sont massées sur le bord des routes pour un dernier hommage à George Floyd, conduit à sa dernière demeure. Ils ne voulaient pas rater ce moment, comme ces femmes, accompagnées de leurs enfants. L’une est afro-américaine, l’autre, hispanique : « On peut transmettre nos condoléances à la famille de George Floyd ». « C’est le moins que l’on puisse faire, renchérit l'autre. Comme on n’a pas pu aller à l’église, on rend hommage en étant ici. On veut faire partie de l’Histoire, lui rendre hommage quand il passe devant nous ».

Toutes les communautés sont présentes

Sur les vingt-sept kilomètres qui séparent l’église du cimetière, de très nombreux groupes de personnes attendent, souvent avec leurs enfants, téléphone portable à la main pour immortaliser le moment. Le dernier kilomètre est bloqué à toute circulation automobile. Des grappes d’anonymes marchent pour aller se presser derrière les barrières. Des gens venus des quatre coins de Houston, issus de toutes les communautés.

La procession arrive, avec en tête le cercueil doré de George Floyd qui se trouve dans un carrosse, tirée par deux chevaux blancs. À son passage, tout le monde crie ou lève le poing. Comme Elizabeth : « J’ai le sentiment que c’est un moment historique pour un changement significatif. Et c’est important que la famille sache que des gens les soutiennent ».

Après deux jours d’hommages dans la ville qui l’a vu grandir, George Floyd repose maintenant aux côtés de sa mère.


♦ Long silence et genou à terre à Paris, en hommage à George Floyd

Au même moment que se déroulent les obsèques de George Floyd à Houston, des rassemblements ont eu lieu dans plusieurs villes de France. À Paris, quelque 2 400 personnes étaient réunies place de la République. Une façon de lui rendre hommage.

Ce n’est pas la marée humaine de la semaine dernière, mais tout de même il y a beaucoup de jeunes dans la foule, des Noirs, des Blancs venus saluer la mémoire de George Floyd. Tous ont été très marqués par les images de l’arrestation de l’homme de 46 ans.

Tous témoignent d’ailleurs de la même chose. Ce qu’il se passe aux États-Unis : les violences policières, le racisme, le contrôle au faciès selon la couleur de peau. Ils le vivent. Ils le voient au quotidien, ici en France.

La foule observe huit minutes de recueillement un genou posé sur le bitume de la place. Les pancartes « Je ne peux plus respirer » et « Plus jamais ça » tendues vers le ciel. Dans la foule, un frère et une sœur témoignent :

Il nous a raconté qu'il y avait des actes de torture, de passage à tabac pour les personnes qui étaient en situation irrégulière. Il a toujours lutté contre ces gestes de torture.

Priscilla et Romuald Fakenby, d'origine béninoise, se devaient d’être présents : leur père était un policier noir dans le nord de la France. Il leur a raconté le racisme quotidien

Puis, les prises de paroles s’enchaînent. La chanteuse Camélia Jordana passe sur l’estrade. C’est elle qui avait lancé une première alerte il y a quelques semaines sur un plateau de télévision, exprimant sa peur de la police.

Beaucoup d’hommes et de femmes politiques de gauche étaient également présents pour un rassemblement à la tonalité différente de celui de la semaine dernière. Le message, lui, reste pourtant le même : contre le racisme, contre les violences policières et pour l’égalité entre êtres humains.

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