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Entretien

Crises sanitaire et politique au Brésil: «Le pouvoir est dans une logique de fuite en avant»

Le président brésilien Jair Bolsonaro.
Le président brésilien Jair Bolsonaro. REUTERS/Adriano Machado
20 mn

Le Brésil, depuis l’élection de Jair Bolsonaro en janvier 2019, traverse une nouvelle période politique de son histoire. Ce pays, qui fut considéré autrefois comme le « champion des émergents », est confronté, au-delà de la crise sanitaire sévère du coronavirus, à des changements profonds de son modèle démocratique. Une société en mutation que commente l’historienne Maud Chirio.

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L’historienne Maud Chirio est une spécialiste du Brésil et de l’extrême droite militaire.

RFI : Maud Chirio, comment se porte le Brésil d’aujourd’hui avec la nouvelle équipe dirigeante ?

Maud Chirio : Le Brésil va mal. Le pouvoir d’extrême droite est dans une logique de fuite en avant à la fois dans la gestion – ou dans la non gestion – de l’épidémie et dans la dégradation du fonctionnement des institutions. Le président Jair Bolsonaro se retrouve dans une situation d’aggravation des crises institutionnelles qui précédaient la pandémie, tant à l’égard des assemblées (Congrès), de la Cour suprême, que d’un certain nombre de membres de son équipe gouvernementale ainsi que des autorités locales, gouverneurs et maires. Ces tensions, qui sont en fait apparues dès six mois après son investiture, l’ont conduit à être dans une situation où il se repose sur des piliers plus restreints qu’auparavant, à savoir une base populaire réduite, extrêmement fanatisée, toujours fidèle et une partie des états-majors militaires. Cette réduction de la base sociale et politique de l’exécutif mène à une fragilisation toujours plus grande du fonctionnement des institutions, voire à l’hypothèse évoquée depuis très longtemps, mais de plus en plus crédible, d’une rupture dans le fonctionnement des institutions. Car depuis quelques semaines, les menaces qui sont proférées, non seulement de la part du président mais – et c’est peut-être plus important – de la part des autorités militaires qui l’entourent à l’égard d’autres institutions et en particulier de la Cour suprême, sont désormais explicites. Ces menaces, qui profilent explicitement un changement institutionnel, sont entourées d’une façade de légalité mais sont absolument illégales et pourraient faire rentrer de plein pied le Brésil dans une logique franchement autoritaire.

Donc, d’un point de vue institutionnel et politique, la situation est extrêmement grave, je dirais même gravissime. Du point de vue de d’état de l’opinion, il existe une désagrégation de l’appui au président mais néanmoins environ 20% à 25% de l’électorat bolsonariste, qui est pour une partie d’entre eux dans une logique de résistance, voire d’acceptation d’actes violents, lui demeure fidèle.

Le président Jair Bolsonaro participe à un rassemblement de ses supporteurs, à Brasilia.
Le président Jair Bolsonaro participe à un rassemblement de ses supporteurs, à Brasilia. REUTERS/Ueslei Marcelino

Quel constat faites-vous sur le plan économique ?

La situation économique était dégradée et extrêmement fragile depuis plusieurs années, même s’il y avait quelques éléments qui pouvaient indiquer un retour de certains indicateurs dans le positif. À cela s’ajoute, quand bien même est-il très partiel, le confinement (dû à la pandémie de coronavirus) qui suscite un arrêt d’un très grand nombre d’activités économiques, d’autant plus que l’ensemble de l’Occident s’arrête. Le Brésil, comme tous les pays de la région et une bonne partie de l’Occident, voire du monde, est donc confronté à une dégradation extrêmement grande de ses indicateurs économiques. L’explosion du chômage jette dans l’absolue absence de ressources tout un tas de travailleurs qui sont en particulier des travailleurs informels et qui n’ont donc absolument aucun recours pour obtenir de quoi survivre. Le gouvernement, sous pression du Congrès, a mis en place une aide d’urgence qui est inégalement distribuée. C’est en partie pour cela que la popularité du gouvernement ne s’est pas davantage effondrée. Mais cette aide est supposée être temporaire, comme l’a répété de nombreuses fois l’exécutif. Toute une partie de la population est au bord de l’absence absolue de ressources pour se nourrir. On n’en est pas encore là mais on commence à s’approcher de cette limite. Donc, la situation sociale est extrêmement grave et la situation sanitaire est absolument catastrophique, même si on n’a pas les chiffres réels. Les chiffres diffusés sont probablement considérablement sous-estimés et déjà très inquiétants. Il n’y a pas de pic qui se profile rapidement et la courbe n’est pas en train de s’arrondir, car elle est encore exponentielle. On n’est pas simplement dans une phase de retard par rapport aux États-Unis, mais on est, avec une population un peu inférieure mais comparable, dans une logique où probablement le bilan risque d’être plus élevé qu’aux États-Unis.

Le président brésilien Jair Bolsonaro photographié à Brasilia, le 13 mai 2020.
Le président brésilien Jair Bolsonaro photographié à Brasilia, le 13 mai 2020. REUTERS/Adriano Machado

Comment expliquez-vous le retour à un régime nostalgique de la dictature ?

C’est une question qu’on pose depuis des années maintenant et bien sûr depuis l’élection de Jair Bolsonaro, même depuis la campagne, et en fait depuis la réémergence de la nouvelle droite à partir de la campagne pour la destitution de Dilma Rousseff. On est dans un revirement, un basculement de tout un tas de secteurs de l’opinion, des intellectuels et des acteurs politiques, dans une revalorisation absolument assumée de la période dictatoriale. Il y a plusieurs arguments, le principal étant la réhabilitation d’une logique complètement manichéenne de la lecture de la scène politique au niveau national et international, selon laquelle il existe un ennemi de l’ordre et de la tradition chrétienne occidentale qui est la gauche, la gauche communiste, la gauche subversive. Cette logique était à l’offensive de manière explicite dans les années 1960 et 1970 et elle l’est de nouveau actuellement sous d’autres formes. L’évolution des mœurs, la montée en puissance des institutions internationales, l’acceptation de l’orientation sexuelle différente, l’augmentation du rôle des femmes, l’augmentation de l’agnosticisme ou de l’athéisme… Tout cela, c’est la théorie du marxisme culturel mais qui est devenu un univers de pensée extrêmement large et qui considère que le combat politique a pour illustre passé les dictatures qui, en fait, étaient non pas des régimes dictatoriaux négatifs, mais des régimes démocratiques et héroïques, qui ont permis que l’essentiel de l’Amérique latine échappe à la situation du Venezuela ou de Cuba.

En tant qu’historienne, je suis complètement sortie de la sidération qui était la mienne il y a encore quatre ans, qui ne comprenait pas cette réhabilitation de la dictature et la résurgence d’un discours anti-communiste. Actuellement, le discours majoritaire est un discours anti-communiste qui considère que la condamnation des régimes militaires est une propagande de gauche et qu’il faut changer de logiciel. En France, on ne comprend toujours pas ce qui se passe en Amérique latine actuellement, ce qui se passe de façon vraiment visible au Brésil mais qui se déroule dans beaucoup d’autres endroits de l’Occident. Il faut comprendre qu’il y a toute une partie des secteurs politiques et de l’opinion qui ne pense pas du tout comme on imaginait le monde au début des années 2010. C’est un phénomène transnational, avec des éléments au Brésil qui l’ont favorisé, une transition très incomplète, pas de procès, une commission vérité tardive sans processus judiciaire, pas de pédagogie collective d’ampleur, etc… Le Brésil, c’est l’opposé de l’Argentine, les Brésiliens ont fait tout le contraire : ils ont négocié la transition avec les militaires, avec les élites qui avaient collaboré avec la dictature. Ils n’ont pas fait d’aggiornamento (de renouvellement) ni à l’intérieur de l’armée – ce qui explique aussi beaucoup pourquoi l’armée est à fond dans le processus bolsonariste – ni avec l’opinion en général. Donc, c’est une société particulièrement fertile pour que s’implantent les discours sur le marxisme culturel dans l’actualité et la valorisation du passé dictatorial. Tout cela est désormais bien assis sur des recherches, on connaît bien ce processus. Il n’est plus surprenant dans la lecture du Brésil. C’est avec cela qu’on décrypte Bolsonaro.

Des soutiens du président brésilien Jair Bolsonaro manifestent contre des institutions judiciaires à Sao Paulo, le 15 mars 2020.
Des soutiens du président brésilien Jair Bolsonaro manifestent contre des institutions judiciaires à Sao Paulo, le 15 mars 2020. REUTERS/Amanda Perobelli

La justice qui, avec l’affaire « lava jato », avait permis d’évincer des politiques et des leaders de gauche, peut-elle se retourner contre Bolsonaro ?

Non, elle n’est pas en train de se retourner contre Bolsonaro. La Cour suprême n’est pas le système judiciaire. Le système judiciaire demeure à nouveau ultraconservateur et plutôt fidèle à Bolsonaro, à l’exécutif, selon ce qu’on a comme remontée des tribunaux des États. Elle se fragmente probablement comme la bourgeoisie brésilienne : le fait que des gouverneurs de droite ou d’extrême droite, des maires de droite ou d’extrême droite actuellement soient en dissidence affirmée indique qu’une partie des élites abandonne Bolsonaro, parce qu’il est trop radical et pas suffisamment efficace économiquement pour défendre les intérêts de cette même bourgeoisie. Le judiciaire étant la traduction la plus pure des élites sociales et économiques brésiliennes, il se fragmente aussi probablement, mais il n’est pas en train de choisir l’État de droit.

Néanmoins, il est évident qu’actuellement la Cour suprême elle-même se fragmente, puisque les dernières affirmations d’un bras de fer entre la Cour suprême et l’exécutif sont l’initiative de certains des juges. Mais pas tous. Par exemple, le président de la Cour suprême (Dias Toffoli) a, lui, multiplié les signes d’acquiescement aux plus grandes outrances présidentielles récemment. On a plutôt un processus de fragmentation du pouvoir judiciaire, probable dans le cas de l’institution en général et à peu près certain dans le cas de la Cour suprême. Est-ce que cela va permettre à la Cour de véritablement exercer un contre-pouvoir ? Rien n’est moins sûr. D’abord, parce qu’elle est directement menacée par les militaires d’être fermée et que les menaces existent parce qu’elles ont bon espoir de fonctionner. J’aurais plutôt tendance à parier sur une mise sous le tapis d’un certain nombre d’accusations pour ne pas accroître la crise institutionnelle et surtout pour ne pas passer le rubicond d’un point de vue du fonctionnement des institutions. D’autre part, parce que cette partie de bras de fer est une manière aussi de sauver l’honneur et de sauver les meubles. C’est le cas de Celso de Mello, qui est le principal acteur de la rébellion de la Cour contre Bolsonaro : c’est un homme qui est au bord de la retraite, qui ne sera plus là dans quelques semaines et qui ne pourra donc pas mener cette opération à bien. Donc, rien n’est certain sur la capacité que vont avoir les différents pouvoirs de s’ériger contre l’exécutif. Est-ce que l’opération de rabibochage à l’égard du centre mou du Congrès va fonctionner ? Est-ce que la Cour suprême va finalement rentrer dans le rang ? Et après le pic pandémique, le pouvoir bolsonariste va-t-il redevenir ce pouvoir extrêmement provocateur, extrêmement loquace, extrêmement inquiétant mais qui n’est pas un pouvoir dictatorial ? Ou est-ce que la crise va déboucher sur une rupture institutionnelle ? C’est complètement impossible de le dire. Mais il est très visible, pour un observateur étranger, que cette immense démocratie en termes de population, de puissance économique, est en train de sortir définitivement des rails de l’État de droit. Tout cela dans le silence le plus général de l’Union européenne, des diplomaties bilatérales, obsédées par la pandémie. Ce qu’on voit se produire sur le Brésil actuellement, c’est le désastre épidémique, mais il se passe également autre chose de majeur : la nouvelle République brésilienne, née en 1988, agonisante depuis 2016, est en train de rendre l’âme véritablement et cela mériterait l’attention internationale.

Que faut-il voir dans le départ du juge Sergio Moro, le ministre de la justice qui a démissionné ?

Le bras de fer entre la Cour suprême et l’exécutif est une conséquence directe des accusations de Sergio Moro (l’ancien ministre de la justice a accusé Jair Bolsonaro d’ingérence dans le pouvoir judiciaire). Les accusations, dont une partie des parlementaires se sont emparés, ont été transmises à la Cour qui, elle-même, a donné suite. C’est pour cette raison qu’il y a des manifestations et des menaces pour fermer la Cour suprême, parce que Sergio Moro, n’étant plus au gouvernement, n’est plus une cible directe. Il l’a été au moment où il est sorti du gouvernement. Il a probablement accru le désamour d’une partie de la bourgeoisie avec Bolsonaro, mais actuellement il n’est plus en lice, il est parti ailleurs et il se prépare à revenir comme un possible candidat. À mon avis, cela ne traduit pas en tant que tel l’abandon par l’institution judiciaire du pouvoir, puisque Sergio Moro n’était plus un juge, mais un ministre qui représentait un équilibre ministériel. En revanche, cela montre l’isolement du pouvoir, de la présidence. La présidence Bolsonaro a émergé sur une alliance large, très solide qui réunissait la figure de Sergio Moro, l’essentiel des intérêts économiques, les militaires, tout un tas de mouvements d’extrême droite. Le départ de Moro (du gouvernement) est le signe de la fragilisation et de la réduction de l’assiette politique de Bolsonaro. Pour l’instant, cela ne suffit pas à l’hypothèse de son renversement. Par contre, cela accroît une crise qui va bien déboucher sur quelque chose : soit sur le grand jeu brésilien de l’attribution de postes – on va donner des postes à une partie des parlementaires, à des grands leaders partisans qui vont récupérer des ministères et qui vont donc contribuer à étouffer les tensions, soit, et c’est plutôt la logique de Bolsonaro dans toute son histoire politique, cela va accélérer la fuite en avant du pouvoir.

Le président brésilien Jair Bolsonaro est accusé d'ingérence dans les affaires judiciaires par son ancien ministre de la Justice Sergio Moro.
Le président brésilien Jair Bolsonaro est accusé d'ingérence dans les affaires judiciaires par son ancien ministre de la Justice Sergio Moro. EVARISTO SA, Sergio LIMA / AFP

Bolsonaro est quelqu’un qui ne va qu’à la rupture, toujours, dans toute son action publique depuis trente ans. Il ne modère jamais ses propos, il va toujours plus loin dans la radicalisation au prix de l’isolement. Donc, la question est de savoir si cette logique-là va déboucher, et je pense que c’est possible, sur une rupture institutionnelle. Ce sera, rassurez-vous, couvert d’un discours sur le fait qu’on applique l’article 142 de la Constitution, un article ambigu et extrêmement flou, imposé par les militaires au moment de la constituante de 1988, qui dit que les militaires peuvent intervenir à la demande d’un des pouvoirs, sans que l’on sache où, quand, ni selon quelle procédure. Ils peuvent toujours affirmer que c’est l’un des pouvoirs, à savoir l’exécutif, qui leur a demandé d’intervenir, mais on ne sait pas exactement pour quoi faire. Ce sera couvert d’une façade de légalité, mais ce sera un coup d’État militaire. Il y aura eu le coup d’État parlementaire en 2016 et il y aura, je ne l’espère pas, mais possiblement, le coup d’État militaire ou politico-militaire de 2020, c’est ce que je vois comme perspective très inquiétante.

La situation sanitaire avec la pandémie de coronavirus, particulièrement dramatique, peut-elle entraîner un changement politique ?

La situation sanitaire suscite un débordement qui cause un traumatisme collectif, un débordement des hôpitaux, mais aussi un débordement des transports des corps, cela se passe déjà dans les États les plus touchés particulièrement dans le nord du pays. Cette situation peut susciter en tant que telle une convulsion sociale. Si certaines villes sont submergées de cadavres, cela peut susciter des émeutes ou des processus qu’on n’a pas véritablement vus ailleurs dans le monde. Mais puisque le Brésil est sur une trajectoire sanitaire exceptionnelle et dans une situation sociale et économique très dégradée depuis plusieurs années, on peut le craindre. Ce que je crains surtout, ce sont des émeutes de la faim, c’est-à-dire que le confinement et le ralentissement économique dramatique mettent tout un tas de gens dans une situation de ne plus pouvoir se nourrir correctement, et c’est déjà le cas. On ne peut pas parler de famine pour l’instant, mais si on arrive à une situation de véritable disette, les gens possiblement ne resteront pas sans réagir. Rappelons que le Brésil est sorti de la carte de la faim de l’ONU dans les années 2010, donc extrêmement récemment. Dans certains endroits, la dénutrition existait au Brésil il y a encore 15 ans. Donc, ce que je crains, c’est non pas un lien direct « haute mortalité / changement politique », mais « crise sanitaire et alimentaire / émeute et répression extrêmement violente » justifiant un changement politique. C’est ce qu’on dit depuis le début du gouvernement. On dit que Bolsonaro va attendre qu’il se passe quelque chose, soit un mouvement social important, soit des émeutes, soit des révoltes dans les prisons, que cela lui servirait de prétexte pour un basculement autoritaire. Car son projet politique est vraiment de ne pas gouverner avec des pouvoirs alternatifs, des contre-pouvoirs. On a donc sur un plateau l’hypothèse d’une convulsion sociale qui n’a pas eu lieu, mais qui est possible.

Un manfestant anti-Bolsonaro à Sao Paulo, le 31 mai 2020.
Un manfestant anti-Bolsonaro à Sao Paulo, le 31 mai 2020. Nelson ALMEIDA / AFP

Est-ce qu’on peut imaginer un retour de la gauche, du Parti des travailleurs (PT) qui a demandé la destitution de Bolsonaro ?

Je pense que c’est extrêmement improbable. La gauche n’existe pas au niveau médiatique, au niveau politique. La gauche, bien malheureusement à mes yeux, est inexistante. Les tentatives de front antifasciste ou démocratique large, pour l’instant, sont des ébauches qui tombent à l’eau, qui sont étouffées avant même d’avoir commencé. Il n’y a pas de visibilité de la gauche, pas de discours, pas d’alternative. L’opposition pour l’instant à Bolsonaro, ce sont les gouverneurs des États et un certain nombre de figures renégates, dissidentes : Santos Cruz, un militaire qui avait démissionné, Sergio Moro, ces figures-là. Mais on n’a pas d’alternative qui soit idéologiquement loin du pouvoir. Les gouverneurs, ce sont tout de même des gens de droite ou d’extrême droite. Le gouverneur de Rio est un homme qui est complètement d’extrême droite. Il n’y a donc pas du tout d’alternative de gauche actuellement, ni même progressiste. Cela ne veut pas dire qu’elle ne va pas se construire, mais pour l’instant ce n’est pas le cas.

L’absence d’alternative progressiste et même de front un peu large d’opposition démocratique à Bolsonaro rend improbable un processus d’impeachment (de destitution) selon les règles. À la différence de ce qui s’est passé avec (l’ancienne présidente) Dilma Rousseff (en 2016), il y a pléthore de crimes de responsabilités à reprocher à Bolsonaro mais il n’y a pas le consensus institutionnel pour le destituer. Le travail qui est en train d’être réalisé en partie par les militaires, mais aussi par les équipes politiques de Bolsonaro de récupérer un certain nombre de voix du centre mou physiologique (du Congrès) qui se vend au plus offrant, est destiné à se prémunir contre l’hypothèse d’un impeachment. À mon avis, sa destitution est peu probable, puisque même si Bolsonaro est fragile politiquement au Congrès, ce n’est pas pour autant qu’il a une opposition disposée à se mettre d’accord sur un processus aussi long que l’impeachment. Par ailleurs, pour destituer, il faut avoir une opinion publique extrêmement solide et large pour appuyer ce processus, et pour l’instant il n’y a pas de majorité pour destituer Bolsonaro. Il est majoritairement impopulaire, mais il n’est pas rejeté par 80% ou 90% de la population au point de vouloir le destituer en pleine pandémie. Et pour le renverser, il faudrait que les militaires le veuillent. Dans ce cas, (son vice-président) le général Hamilton Mourão se retrouverait à la place de Bolsonaro. Mais pour l’instant, il n’y a absolument pas du tout de détachement des principales figures militaires du gouvernement du président. Ce qu’on avait cru possible à un moment, il y a quelques semaines encore, n’est pas encore en train de se dérouler. Donc, je ne pense pas que Bolsonaro retombe et j’espère qu’il ne va pas faire basculer le Brésil dans un régime autoritaire.

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